Christian Darantière, directeur délégué de l’AFIJ : "Certains universitaires considèrent encore que seule la valeur du diplôme suffit"

Propos recueillis par Séverine Tavennec
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A l’heure où les universités renforcent leur mission d’insertion professionnelle avec la généralisation de leur BAIP (Bureau d’aide à l’insertion professionnelle), Christian Darantière, directeur délégué de l’AFIJ * fait le point sur l’emploi des jeunes diplômés face à la crise et sur les mentalités qui évoluent parfois lentement dans le monde universitaire.

L’AFIJ vient de publier une enquête sur les diplômés en 2008 inscrits dans votre association. Elle révèle que 62 % d’entre eux sont sans emploi. Un chiffre alarmant…
Cette situation risque de s’amplifier face à cette inconnue qu’est la durée de la crise. Une étude de l’APEC prévoyait récemment un retour à un emploi cadre correct en 2013 : tout cela n’est donc pas très encourageant pour les jeunes diplômés qui arrivent sur le marché du travail. Ils sont de plus en plus nombreux à accepter des emplois d’attente en totale inadéquation avec leur projet professionnel. Certains se contentent de cela et n’envisagent même pas de poursuivre d’autres démarches de recherche d’emploi : une situation préoccupante où le jeune diplômé va se retrouver déqualifié humainement et socialement. Une situation qui risque de le suivre pendant toute sa carrière.

Vous diffusez des offres d’emplois sur votre site. Ont-elles beaucoup baissé depuis quelques mois ?
Force est de constater que les entreprises ne publient plus d’offres d’emploi ou très peu : sur notre site, elles ont en effet chuté de 60 à 70 %. Les sociétés utilisent d’autres canaux pour recruter et notamment le réseau. Les candidatures qui arrivent sur les bureaux des recruteurs ont donc subi un certain nombre de filtres. Les jeunes qui n’ont pas accès à ces réseaux et notamment ceux issus des quartiers défavorisés, ne peuvent donc pas en bénéficier.     

Vous intervenez dans une quarantaine d’universités. Quelles sont vos actions sur place ?
Nous avons établi des conventions avec les universités et nous travaillons en fait à la carte. Nous proposons notamment des ateliers de rédaction de CV et de lettres de motivation mais nous mettons aussi en place des interfaces entre jeunes diplômés et recruteurs. Nous pouvons également proposer des formations spécifiques pour la recherche d’un emploi grâce aux nouvelles technologies… En cette période de crise, les diplômés des universités intéressent encore trop peu les entreprises. Nous aimerions que les universités nous répondent de façon massive pour accompagner une majorité d’étudiants. Si certaines d’entre elles aident leurs étudiants volontaires et motivés à trouver un emploi, c’est une autre histoire de le faire pour l’ensemble des étudiants…

Aujourd’hui, les universités ont une mission d’insertion professionnelle qui va donner lieu à la généralisation des BAIP à la rentrée 2009. Elles font appel à des partenaires extérieurs dont l’AFIJ pour développer ou initier des projets. Avez-vous vu les mentalités évoluer ?
De nombreuses universités ont pu rapidement rendre leurs schémas directeurs expliquant la politique à mettre en œuvre en matière d’insertion, car elles avaient déjà mis en place des structures. Elles ont donc tout simplement renommé BAIP des pôles existants. Mais certains universitaires restent encore sur des schémas dépassés et considèrent que la valeur du diplôme suffit à elle seule à convaincre les recruteurs. Ils ont une vision erronée de l’entourage extérieur : hors du service public, point de salut ! Ainsi, jusqu’ici, une partie des universités ne menaient pas d’action coordonnée pour préparer leurs étudiants au marché du travail. Quelques-unes ont été approchées par des cabinets privés qui proposent des prestations coûteuses qui ne répondent pas toujours aux besoins des étudiants. Le budget des universités ne peut bien sûr pas suivre et la majorité des responsables universitaires ne sont pas encore prêts à faire appel à ces prestataires pour une question de principe. Le partenariat que l’AFIJ propose à l’ensemble des universités peut les aider à mener à bien cette mission d’insertion professionnelle sans exploser leur budget !

* Créée il y a quinze ans à l’initiative des organisations, syndicats et mutuelles étudiantes, l’AFIJ (Association pour faciliter l’insertion professionnelle des jeunes diplômés) assure l’interface entre les jeunes diplômés et les recruteurs. L’association compte plus de 50 antennes en France.  Son action est soutenue et financée par les pouvoirs publics. Elle propose ses services gratuitement aux étudiants et aux jeunes diplômés.


Propos recueillis par Séverine Tavennec | Publié le

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