Christian Lerminiaux (Cdefi) : "Il faut arrêter d'avoir le syndrome de la citadelle assiégée"

Delphine Dauvergne
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Christian Lerminiaux, président de la CDEFI
Christian Lerminiaux, président de la CDEFI
Même s'il quitte la direction de l'UTT le 31 août, Christian Lerminiaux pourrait rester à la tête de la Cdefi (Conférence des directeurs des écoles françaises d'ingénieurs). Rôle de la conférence, évolution des formations d'ingénieurs et place des écoles dans les regroupements universitaires... Le président fait le point sur les chantiers qui attendent les écoles d'ingénieurs en cette rentrée 2014.

Vous venez de quitter la direction de l’UTT (université de technologie de Troyes). Allez-vous de ce fait démissionner de la présidence de la Cdefi ?

En novembre 2014, une assemblée générale de la Cdefi votera pour un nouveau président si je n’ai pas trouvé de nouvelle direction d’école. Mais j’ai déjà eu des propositions, donc il est possible que je finisse mon mandat fin mai 2015. Il faudrait réfléchir à ne pas aligner le mandat de président de la Cdefi sur celui de directeur d'établissement, car dix ans à la tête d’une seule école c’est trop long.

Le rôle de la Cdefi a-t-il progressé depuis que vous la dirigez ?

Aujourd’hui, la Cdefi est un interlocuteur écouté et reconnu des pouvoirs publics. Nous avons maintenant un rôle institutionnel bien établi, avec des rendez-vous plus fréquents avec le ministère de l'Économie, mais aussi avec la secrétaire d’État de l'Enseignement supérieur et son cabinet. Une relation forte a été établie avec le ministère de l’Agriculture, le même type de dialogue doit aussi être mis en œuvre avec les autres ministères.

La Cdefi apparaît comme une organisation utile pour les écoles, qui s’en servent notamment pour les aider à régler des cas particuliers. Les directeurs ne sont pas obligés de cotiser pour être membres, mais on approche aujourd’hui des 90 % de membres cotisants. Une preuve de la reconnaissance de nos actions. Notre parole fait également référence au sein de la communauté, qui nous demande régulièrement notre position.

Les formations d’ingénieurs vont-elles continuer à évoluer ?

On nourrit une réflexion avec les écoles, pour proposer à la CTI (Commission des titres d'ingénieur) des changements dans son référentiel. Fin juillet 2014, nous lui avons fait remonter des propositions, sur le souhait des écoles d'assouplir la règle des trois années pour l'apprentissage, de travailler sur l'année de césure, de préciser les règles de quantification des critères ou encore d'intégrer les compétences informationnelles dans le référentiel.

Nous travaillons également sur l’évolution des formations dans les établissements technologiques, pour qu’il y ait une continuité de bac+3 à bac+8. La mise en place du doctorat, avec le label "Ingénierie pour l’entreprise", est d’ailleurs une réussite. On ressent également le besoin de développer un diplôme de licence, pour proposer un diplôme terminal à bac+3.

Les entreprises cherchent des profils de plus en plus spécialisés, les formations vont-elles devenir moins généralistes ?

Non, car il faut que l’approche par les compétences (rédactionnelles, expression, gestion de projet…) reste au cœur de la formation d’ingénieur. De plus en plus d’ingénieurs exercent une fonction de cadre dans un métier où l’aspect technologique est secondaire. Les compétences managériales sont essentielles à acquérir, le diplôme d’ingénieur doit rester généraliste, tout en permettant à ceux qui le veulent de se spécialiser.

Les frais d’inscription augmentent pour compenser les baisses de dotations, mais ce n’est pas une solution.

La Cdefi a-t-elle réussi à renforcer la soutenabilité financière des établissements et leur capacité de gestion ?

C’est un réel problème et nous n’avons pas fait beaucoup de progrès. Un grand nombre d’écoles ont pu passer aux compétences élargies, mais les contraintes budgétaires sont aujourd’hui lourdes. Pour financer les écoles, les trois acteurs possibles sont : l’État, les entreprises et les particuliers. Les frais d’inscription augmentent pour compenser les baisses de dotations, mais ce n’est pas une solution, il est urgent d’avoir une réflexion d’ensemble. Il faut notamment que l’État se fixe des objectifs dans le pourcentage du PIB qu’il veut consacrer à l’Enseignement supérieur et aux écoles d'ingénieurs.

La mise en place des Comue est-elle une bonne chose pour les écoles d’ingénieurs ?

C’est un dispositif positif. Aujourd’hui la plupart des écoles qui souhaitent être membres d’une Comue ont réussi. Il faut arrêter d’avoir le syndrome de la citadelle assiégée, même si une école d’ingénieurs est plus petite qu’une université, la Comue permet de disséminer les pratiques des écoles d’ingénieurs dans une structure plus large. Dans dix ans, les établissements membres des Comue ressembleront davantage à des écoles d’ingénieurs, dans leur fonctionnement. Les écoles ont toujours eu peur de se regrouper avec les universités à cause de leur différence d'efficacité, car une école est plus petite et donc plus dynamique.


Delphine Dauvergne | Publié le