Christine Musselin (directrice du CSO/CNRS) : "Les enseignants-chercheurs ne sont évalués que lorsqu’ils demandent un changement de grade"

Propos recueillis par Maëlle Flot
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Christine Musselin (directrice du CSO/CNRS) : "Les enseignants-chercheurs ne sont évalués que lorsqu’ils demandent un changement de grade"
Les modifications du décret de 1984 sur le statut des enseignants-chercheurs suscitent un mouvement de protestation dans la communauté universitaire. Les universités pourront désormais moduler le temps de service entre enseignement, recherche et tâches administratives. Une petite révolution analysée par Christine Musselin, directrice du CSO, auteur de plusieurs ouvrages sur les universitaires.

Comprenez-vous les inquiétudes que suscite la modulation de services ?
La modulation de services soulève la question de la relation entre enseignement et recherche, mais aussi celle de l’impact des futures évaluations. Il faut veiller à ce que l’enseignement ne soit pas perçu comme une punition pour ceux qui sont considérés comme moins performants en recherche. Au sein de la Commission Schwartz, nous avions déjà débattu de ce point : l’enseignement ne doit pas être présenté comme une sanction, et surtout l’investissement dans la formation doit être autant reconnu que celui dans la recherche. Beaucoup d’interrogations portent également sur la délégation de la régulation des carrières aux établissements et sur les risques d’un pouvoir « discrétionnaire » du président et de son entourage, oubliant souvent que la régulation centralisée est loin de protéger des effets de clientèle ou de réseau.

La régulation des carrières par les établissements est-elle la norme à l’étranger ?
De plus en plus d’universités gèrent leurs personnels et leurs postes. Aux États-Unis, la négociation individuelle fait partie de la culture universitaire depuis de nombreuses années. Si le poste avec « tenure » offre une véritable sécurité d’emploi, cela va de pair avec une évaluation et une négociation salariale annuelles. Au Royaume-Uni, la modulation de services s’effectue en grande partie en fonction des résultats des évaluations issues du RAE. L’Allemagne a elle aussi évolué avec l’introduction en 2001 de « salaires au mérite » pour les professeurs. Le statut de fonctionnaire existe toujours outre-Rhin, mais les établissements mettent à leur disposition des conditions de travail soumises à une renégociation. En France, les enseignants n’étaient évalués que lorsqu’ils demandaient un changement de grade.

Les comités de sélection modifient-ils la façon dont sont recrutés les enseignants-chercheurs ?
C’est le pari qui est fait et les universités se sont focalisées sur la mise en place de ces comités. En revanche, très peu ont réfléchi aux améliorations à apporter aux procédures de recrutement. Il est vrai que ni la circulaire, ni le décret ne les incitaient à changer. J’ai présidé un comité de sélection et j’ai pu vivre en direct un certain nombre de problèmes techniques et administratifs rattachés à sa création : vers quelles personnalités extérieures se tourner, comment trouver une date garantissant la présence d’au moins 50 % d’entre elles, comment financer leurs déplacements, etc. Leur présence pourrait certes contribuer à lutter contre le localisme, mais c’est d’abord en enrichissant nos procédures que les recrutements s’amélioreront.

La revalorisation des carrières annoncée cet automne suffira-t-elle à encourager les vocations ?
Ces mesures sont importantes, mais je ne pense pas qu’elles suffiront à transformer la vision que les jeunes ont de la recherche. Ce n’est pas seulement une question de salaire ; les conditions de travail, l’environnement professionnel jouent autant, voire davantage. Avec toujours moins de postes ouverts, aujourd’hui, il faut être plus que passionné pour être doctorant.


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