D. Varaschin : "L’université doit avoir une place de premier plan"

Amélie Petitdemange
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D. Varaschin : "L’université doit avoir une place de premier plan"
Les universités doivent avoir une place primordiale dans l'après-crise selon l'Auref. // ©  EducPros
Dans une tribune publiée en mai, l’Alliance des universités de recherche et de formation (Auref) appelle à repenser la place et l’organisation des universités et de la recherche en France. Denis Varaschin, président de l’Auref, livre des pistes de reconstruction.
Denis Varaschin, président de l'université Savoie Mont-Blanc // © université Savoie Mont-Blanc

Dans une tribune publiée en mai, l’Auref souligne le rôle joué par les établissements dans la crise sanitaire en tant que “leviers de la mobilisation qui aura permis aux services publics du pays de faire face”. Elle veut tirer des leçons de cette crise pour changer le visage de l’enseignement supérieur.

“L’État ne devra pas oublier, une fois encore, ses universités dans la politique de reconstruction qui s’annonce. C’est avec une jeunesse bien formée et une société plus avertie que se relèveront les défis à venir qui seront sanitaires, climatiques et technologiques tout autant que citoyens, éthiques et politiques”, plaide Denis Varaschin, président de l’Auref.

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Quelle est la genèse de cette tribune ?

Nous avions rédigé une autre tribune relative à la Loi de programmation pluriannuelle de la recherche qui mettait en avant des questionnements, notamment quant au financement via l’ANR (Agence nationale de la recherche). Répondre à un appel à projets demande du temps et des moyens, or les dotations des établissements varient beaucoup. Ce n’est pas équitable de faire reposer les crédits sur la capacité à décrocher des appels à projets.

Nous avions proposé cette tribune au Monde, qui l’a acceptée, mais à cause du coronavirus elle n’a jamais été publiée. Une fois la sortie de crise apparue, le 11 mai, nous avons rédigé cette nouvelle tribune.

Cette crise a conduit à repenser l’avenir et mettre en place les restructurations nécessaires. De nombreux chefs d’établissements pensent que c’est le moment d’avoir plus de moyens. Les établissements d’enseignement supérieur et de recherche n’avaient pas les moyens de faire face convenablement à la crise. Nous nous étonnons par exemple des moyens mis sur les concours des écoles, quand les examens en université ont été oubliés.

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Vous appelez dans cette tribune à une réévaluation de la place de l’université. Quelle place revendiquez-vous ?

L’université doit avoir une place de premier plan. Cette crise a montré le défaut de connaissance et le défaut d’écoute des institutions, ce qui nous a amenés à un retard dans la gestion de la crise.

Les établissements d’enseignement supérieur et de recherche n’avaient pas les moyens de faire face convenablement à la crise.

Nous ne pouvons pas revenir sur cette crise, mais nous pouvons éviter les prochaines. La recherche et la formation sont fondamentales. Par exemple, des recherches avaient été menées sur le coronavirus mais ont été arrêtées faute de moyens.

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Comment tirer profit de cette crise pour réinventer l’enseignement supérieur ?

L’enseignement supérieur devrait reposer sur un nouveau triptyque. D’une part, l’humanisme, avec une vision plus participative et moins pyramidale de l’université. Il faut prendre en compte l’ensemble du monde universitaire, plutôt que d’opposer une dizaine de grandes universités de recherche aux autres universités. Notre tribune vise à rassembler les universités plutôt qu’à les diviser.

Ensuite, l’autonomie dont les universités ont fait preuve pendant la crise. Elles ont montré qu’elles savaient se mobiliser, de la mise en place de la continuité pédagogique jusqu'aux aides fournies aux Ehpads. Elles ont aussi gagné en efficacité et en fluidité, avec le renforcement des visioconférences et du vote à distance par exemple. Il ne faut surtout pas revenir en arrière.

Enfin, une approche par territoires. Nous prônons les contrats entre les universités et les régions. La crise a montré que des écosystèmes qui mêlent enseignement supérieur, recherche, élus locaux et chefs d’entreprise sont fructueux.

L'Auref signe une nouvelle tribune le 4 juin qui vise cette fois à mettre en évidence un dysfonctionnement dans le fonctionnement du Mesri. Les 29 présidents d'université signataires estiment notamment que le ministère "doit enfin comprendre que rien dans l’enseignement supérieur et la recherche ne peut se faire sans les universités, leurs présidents et leurs instances, encore moins contre".

L’Auref formule trois demandes au ministère de l'Enseignement supérieur :
• diffuser rapidement un cadre clair pour la rentrée universitaire à venir ;
• mener à bien les arbitrages nécessaires à l’obtention des moyens financiers indispensables pour assurer cette rentrée dans des conditions acceptables ;
• être dans une totale et loyale relation avec les présidents des universités publiques.


Amélie Petitdemange | Publié le

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