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Daniel Peraya : "Les initiatives pédagogiques restent trop peu diffusées et partagées"

Céline Authemayou
Publié le - Mis à jour le
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Daniel Peraya : "Les initiatives pédagogiques restent trop peu diffusées et partagées"
21 lauréats Peps ont été primés pour cette deuxième édition. // ©  Capture d'écran
Mooc pour les doctorants, outil 3D utilisé en Staps, soutien à la pédagogie en IUT… Les prix Peps ont été remis mardi 26 septembre 2017 à l’occasion des Jipes (Journée nationales de l’innovation pédagogique). Daniel Peraya, président du jury et professeur honoraire de l'université de Genève, revient sur les résultats.

Pour cette deuxième édition des prix Peps (Passion enseignement et pédagogie dans le supérieur), le jury international a examiné 171 dossiers. Que retenez-vous de ces candidatures ?

Les projets, de très grande qualité, touchent toutes les disciplines et tous les publics, de la formation initiale à la formation tout au long de la vie. Ce qui me frappe, c'est la passion qui ressort de tous les témoignages recueillis auprès de ces enseignants. Ce sont des professionnels enthousiastes, sans doute attachés à leur discipline, mais aussi et surtout à leur métier d'enseignant.

Sur ces 171 dossiers, 52 ont été retenus pour un examen final et 21 ont été primés. Comment valoriser le travail des autres dossiers, qui n'ont pas été retenus par le jury ?

Cette année, nous avons introduit une nouveauté par rapport à la première édition des prix Peps, en faisant un retour à chacun des 52 porteurs de projet. Il pouvait s'agir de les encourager à représenter le dossier l'an prochain ou de leur donner des indications pour le faire évoluer.

Il ne s'agit pas d'un vrai suivi de projet, mais c'est une façon de dire aux équipes enseignantes que nous avons pris le temps d'observer leur travail. C'est important, pour les porteurs de projet, de se sentir suivis et encouragés dans leur démarche.

De façon plus générale, au-delà de la reconnaissance par les pairs, les prix Peps ont pour avantage de donner une vision extrêmement claire de toutes les initiatives créatives et innovantes qui émergent dans les universités. C'est une bonne façon de les faire connaître et de les mettre à disposition de la communauté, car elles restent trop peu diffusées et partagées.

Vous qui travaillez en Suisse et en Belgique, au sein de l'université de Louvain, quelles sont les particularités de l'innovation pédagogique "à la française" ?

Si je me base sur les dossiers que j'ai pu observer, les projets d'innovation sont du même ordre qu'ailleurs. Aujourd'hui, il y a de grands poncifs, qui reviennent fréquemment, comme la classe inversée. De manière générale, des tendances se dégagent : on parle d'hybridation, de réorganisation d'un certain espace-temps, de la pédagogie active, de la pédagogie par projet... Quelles que soient leurs formes et leurs modalités, ces tendances sont guidées par l'idée que la connaissance s'acquiert par le partage et par l'interaction sociale.

Il faut ajouter à cela le rôle joué par un certain nombre de technologies, avec leur potentiel et leur capacité à accompagner des activités pédagogiques. Comme tous les pays ont globalement les mêmes technologies et les mêmes références, on retrouve en France, comme ailleurs, les mêmes pratiques pédagogiques.

En revanche, les différences viennent des contraintes institutionnelles et de la culture propre aux universités de chaque pays.

Il faudrait que des ingénieurs pédagogiques interviennent dans chaque projet d'enseignement.

Les prix récompensent des initiatives personnelles ou collectives, qui émanent, vous le dites, d'enseignants-chercheurs passionnés. Comment toucher tous les autres, qui ne partagent peut-être pas le même élan ?

Dans un monde idéal, tous les enseignants devraient se passionner pour la pédagogie et être capables de transmettre leur enthousiasme. Mais soyons honnêtes, je pense que cela est un peu de l'ordre du rêve... Toutefois, si des enseignants n'ont pas cette fibre, ils pourront peut-être l'acquérir dans un environnement d'équipe, au contact de collègues moteurs ? Voilà pourquoi le partage et la diffusion des initiatives sont essentiels.

Un partage et une diffusion portés notamment via les ingénieurs pédagogiques, au sein des établissements ?

En effet, de nouveaux métiers sont apparus, liés aux besoins de modification de la structure d'enseignement. Les ingénieurs pédagogiques, ou "médiatiseurs" au Québec, se consacraient plus spécifiquement à la formation à distance dans les années 1970, mais leurs fonctions se généralisent. Et pas seulement au sein des centres de ressources pédagogiques numériques. Il faudrait qu'ils interviennent dans chaque projet d'enseignement.

Cela permettrait de constituer des équipes plus homogènes au niveau des problématiques étudiées. Dans le domaine de l'innovation pédagogique, les chercheurs et les enseignants n'ont pas les mêmes questions que les ingénieurs pédagogiques. En matière de recherche par exemple, ils ne se parlent pas beaucoup...

Au-delà de la façon de travailler de chacun, qui peut être assez éloignée, la différence de statuts entre les académiques et les autres crée des rapports qui ne sont pas toujours très clairs.

Les appels à projet et autres appels à manifestation d'intérêt sont-ils des particularités françaises ?

Ce qui est certain, c'est que la France est un État centralisé : les grands projets de type Idefi, par exemple, ont par conséquent une répercussion nationale. En Suisse, où la compétence d'enseignement est portée par les cantons et non par l'État fédéral, les initiatives sont toutes autres. De plus, les enseignants ont un patron : leur université. Cela change beaucoup de choses au niveau de l'organisation...

Les prix Peps, du lycée au doctorat
Lancés en décembre 2015, les prix Peps ont pour vocation de reconnaître, soutenir et promouvoir les initiatives portées par les établissements dans le champ de la transformation pédagogique. Annoncés en juillet 2017, les deuxièmes prix ont été remis mardi 26 septembre 2017, à l'occasion des Jipes (Journées nationales de l'innovation pédagogique dans l'enseignement supérieur).

171 candidatures (contre 250 en 2016) ont été reçues, réparties entre quatre catégories : innovation pédagogique, soutien à la pédagogie, formation tout au long de la vie et recherche en pédagogie. Le jury international a distingué huit projets et décerné un prix spécial. Il a remis par ailleurs 12 certificats d'excellence.

Catégorie innovation pédagogique

- Université de Nantes, pour sa simulation de conseil européen
- Université Clermont-Auvergne, pour son projet happy, d'innovation pédagogique en pharmacie
- UPMC (site de Banyuls-sur-Mer), pour son E-marin'lab, espace d'enseignement en ligne dédiée à la biologie marine
- Association PhDOOC, pour son Mooc dédié au doctorat et à la poursuite de carrière

Catégorie soutien à la pédagogie
- IUT de Saint-Étienne, pour son projet "Innov'IUT : réfléchir et agir ensemble pour des pratiques pédagogiques renouvelées"
- Université de Bordeaux, filière langues pour son projet "Défi international"

Catégorie formation tout au long de la vie

- université Rennes 1, filière santé pour sa formation hybride à destination des élèves sages-femmes

Catégorie recherche en pédagogie

- université Lyon 1, filière santé, pour son projet "Anatomie 3D Lyon 1", qui produit depuis dix ans des ressources pédagogiques en trois dimensions pour les étudiants

Prix spécial du jury

- Lycée d'Altitude de Briançon, pour son projet "Horloges d'Altitude Patrimoine Innovation Pédagogie et Numérique".
Conférence EducPros sur la transformation digitale le 19 octobre
Jeudi 19 octobre 2017, la conférence EducPros sera consacrée à la transformation numérique de l'enseignement supérieur. Fablab, Mooc, design thinking, classes inversées… Tour d'horizon des nouvelles pratiques et partage d'expériences seront au programme de cette journée, organisée dans les locaux de l'ICP (Institut catholique de Paris).

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