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Dominique Jégo, directeur du pôle universitaire chez Bouygues Construction

Propos recueillis par Camille Stromboni
Publié le
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Dominique Jégo, directeur du pôle universitaire chez Bouygues Construction
De la loi LRU à l’Opération Campus, les réformes initiées par Valérie Pécresse donnent aux entreprises un rôle croissant auprès des universités. Dominique Jégo, directeur du pôle universitaire chez Bouygues Construction (France-Europe), ancien secrétaire général de l’université Aix-Marseille 3, revient pour Educpros sur cette évolution des relations université-entreprise et décrit la stratégie de Bouygues.

Avec ses projets de rénovation et de construction universitaires, l’Opération Campus constitue une véritable aubaine pour Bouygues Construction…

DJ. C’est évidemment une opération qui intéresse Bouygues Construction au premier plan, mais c’est d’abord une chance pour les universités ! La volonté de créer un pôle universitaire est antérieure au lancement de l’Opération Campus. Il participe certes à une démarche commerciale en amont, mais il permet surtout de mettre notre compétence au service des établissements.

Mon rôle est par exemple d’expliquer aux acteurs que les temps de l’université et de l’entreprise ne sont pas les mêmes. L’un est bien plus lent que l’autre. Les projets Campus n’en sont encore qu’aux études préalables. Les acteurs de l’opération eux-mêmes ne savent pas encore combien de PPP (partenariats publics-privés) ils vont réaliser.

Sur ces montages de projets, que beaucoup, dans le milieu universitaire, connaissent mal, Bouygues Construction dispose d’une véritable expertise. Nous avons par exemple déjà réalisé des montages en PPP pour des hôpitaux. Mais aussi dans l’enseignement supérieur : en Angleterre où la même procédure existe. Au King’s College de Londres, nous avons un recul d’environ dix ans. Ce recul peut être utile aux universités.

Pour Bouygues, quel est l’intérêt d’avoir mis en place une structure comme le pôle universitaire ?

DJ. Le pôle universitaire constitue une interface entre des milieux qui ne s’étaient jamais vraiment rencontrés : l’entreprise et l’université, et de manière plus globale : l’enseignement supérieur et la recherche.

Le groupe souhaite être identifié comme un partenaire des universités, ce qu’il est d’ailleurs déjà. Nous avons, par exemple, soutenu les rencontres universités-entreprises. Il s’agit de rendez-vous intéressants et importants pour l’enseignement supérieur et la recherche, et qui nous permettent de mieux connaître le secteur universitaire.

Quel est le cœur de votre activité ?

DJ. Notre champ d’action est pluriel. Il ne faut pas avoir une représentation simpliste des relations université-entreprise, réduites à un volet financier. Nous échangeons surtout sur notre métier, notre expertise et nos compétences.

Au sein de Bouygues Construction, j’explique le fonctionnement et les procédures utilisées dans l’enseignement supérieur et la recherche aux collaborateurs du groupe afin d’inscrire des partenariats dans la durée. Aux responsables d’établissement, je présente la globalité des activités de Bouygues Construction, qui peuvent nous amener à travailler sur des projets immobiliers suivant différents types de montages.

Ces rencontres doivent également aboutir à des collaborations telles que l’accueil de stagiaires, la mise en place de tutorat, ou encore présenter les « Défis compagnons », challenge pour des lycéens des filières professionnelles qui doivent réaliser un ouvrage de génie civil en deux jours, et qui sont récompensés par un prix.

Nous menons une politique de versement de la taxe d’apprentissage pour soutenir les filières qui sont proches des métiers du groupe. Nous sommes en lien avec les laboratoires de recherche sur des thématiques qui nous intéressent. Nous participons à des groupes de travail avec les directeurs d’IUT sur l’adéquation des formations et des métiers. Il s’agit vraiment d’une palette très large.

Au quotidien, je prends contact avec les présidents d’université, de PRES, les directeurs d’établissement et de CROUS, les responsables d’opérations, etc. Après, il y a évidemment une réflexion qui s’opère. Nous ne pouvons pas signer des conventions avec les 80 universités. Il faut que cela soit « gagnant-gagnant », que ce soit cohérent.

Le milieu universitaire n’est-il pas réticent à ouvrir sa porte à l’entreprise ?

DJ. Les deux milieux ne sont pas aussi éloignés qu’on pourrait le penser. Globalement, l’accueil est plutôt favorable. Il est vrai que, parfois, certains responsables préféreront commencer à dialoguer avec moi, étant donné ma carrière passée dans l’enseignement supérieur [ancien secrétaire général de l’université Paul-Cézanne-Aix-Marseille 3]. Que la relation avec l’entreprise se passe avec quelqu’un à l’interface des deux mondes.

Ceux avec lesquels les discussions sont les plus avancées, ce sont les responsables d’institutions déjà autonomes, par exemple les CROUS ou les organismes de recherche, qui ont déjà été maîtres d’ouvrage dans leurs projets immobiliers.

La loi LRU, qui incite les universités à se tourner vers l’entreprise, a-t-elle changé les règles du jeu ?

DJ. Cela a changé très vite. Lorsqu’on entend aujourd’hui un président affirmer : « Je gère mon université comme un chef d’entreprise » (1), c’était impensable il y a trois ans à peine. Nous sommes de plus en plus sollicités par les présidents d’université. Ils sont très demandeurs. Ils sont dans une accélération des responsabilités qu’ils n’avaient jamais eues.

Quant aux relations universités-entreprises, cela remet chacun sur un pied d’égalité. Nous sortons ainsi peu à peu des schémas antérieurs, du sacro-saint lieu universitaire enfermé sur lui-même, ou encore de l’image très négative de l’entreprise, à la française.

Comprenez-vous cette inquiétude de voir entrer l’entreprise à l’université ?

DJ. Les relations universités-entreprises ne sont pas nouvelles, même si cela évolue. Il existe par exemple un cadre légal qui institue la présence de personnalités extérieures dans les conseils d’administration des établissements.

Tous les étudiants n’ont pas vocation à devenir enseignants, beaucoup travailleront dans le monde de l’entreprise. L’important, c’est que chacun sache jouer pleinement son rôle et profiter des richesses de l’autre.

Lorsque nous parrainons par exemple la première promotion de l’ENEPS  (École nationale de l’enseignement professionnel supérieur) de l’université Joseph-Fourier (2), nous n’intervenons pas sur le fond de la formation. Chacun à sa place.


(1) Philippe Dubelcco, président de l’université Clermont-Ferrand 1, affirmait le 11 septembre 2009 dans une interview donnée au Figaro : « Une université se gère désormais en partie comme une entreprise. » Ce qui a ouvert le débat sur la Toile avec de nombreuses réactions, notamment celle de Philippe de Lara, blogueur d’Educpros.

(2) GFC Construction, filiale du groupe intervenant sur le grand quart sud-est de la France, a signé, début septembre 2009, une convention avec l’université Joseph-Fourier (Grenoble). L’entreprise parraine la première promotion de l’ENEPS. Outre un soutien financier, le partenariat concerne également les stages des étudiants et le tutorat avec un référent professionnel.


Propos recueillis par Camille Stromboni | Publié le

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