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Dominique Resch (professeur en lycée professionnel) : « Plus les élèves ont des parcours compliqués, plus le défi est important pour le prof »

Propos recueillis par Juliette Galeazzi
Publié le
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Dominique Resch
Dominique Resch
Professeur de français, d'histoire-géographie et d'éducation civique depuis vingt ans, Dominique Resch aime son métier et ses élèves. Dans son dernier livre, Mots de tête, il raconte avec humour son quotidien dans un lycée professionnel des quartiers nord de Marseille. Sans angélisme, il casse les clichés véhiculés sur ses élèves et raconte comment il fait pour « parler de Molière en partant de l’OM ».

Votre poste ressemble à celui que personne n'aimerait avoir. Pourtant, vous tirez de votre expérience un livre drôle et truffé d'anecdotes. Quel message voulez-vous faire passer ?

On associe très souvent les quartiers nord de Marseille aux problèmes, et mes élèves en ont ras le bol d'être pris pour des délinquants qui ne veulent rien faire de leur vie. Par ce livre, je veux essayer de montrer qu'ils sont de futurs électroniciens, maçons, mécanos. Ils ont de l'humour et de l'esprit. En classe, on fait de la philo, on interprète Cyrano de Bergerac et on va au cinéma. Bref, on sort, on rigole, on travaille. Plus les élèves ont des parcours compliqués, plus le défi est important pour le prof, plus il a de travail pour communiquer avec eux.

Votre quotidien n'est effectivement pas de tout repos. La lutte pour capter l'attention commence dès le matin. À 8 heures, écrivez-vous, je me sens plus radio-réveil que prof…

La difficulté avec des élèves qui n'ont pas forcément envie de travailler, c'est d’abord d’entrer dans leurs discussions et leurs centres d'intérêt pour les amener sur des terrains où ils ne veulent pas aller. Parler de Molière en partant de l'OM, ce n'est pas évident, mais c'est possible. À chaque fois, c'est une nouvelle aventure.

Parfois, on vous voit douter. Comme ce jour où un certain Jérémy se tire involontairement une balle de revolver dans la cuisse. La violence, c'est aussi une de vos réalités, non ?

Je ne fais pas d'angélisme. Il existe des difficultés, mais ce coup de feu ou les voitures qui brûlent de temps à autre devant le lycée ne sont pas les principales. Les vrais problèmes, c'est le trafic de drogues, le manque de respect, la politique… Face à la récente polémique sur l'enseignement de la théorie du genre, je me suis étonné que des gens raisonnables demandent que des sujets aussi importants que l'orientation sexuelle ne soient pas abordés. Ce problème existe, les préjugés aussi. J'ai moi-même été confronté à un élève qui disait sans arrêt ne pas être un « pédé ». L'expression est très vulgaire et son utilisation montre bien qu'il faut parler de l'homosexualité. Il y a des gens compétents qui font les programmes scolaires, ce n'est pas à la politique de s'immiscer là-dedans.

Vos élèves s'interrogent sur leur accent, sur leur comportement par rapport aux supporters du PSG qui, eux non plus, n'aiment pas perdre… Sont-ils en quête d'identité ?

Oui, ils sont paumés. Le but, dans ce cadre-là, est de leur montrer qu'au-delà de la frontière des quartiers nord, existe un monde dans lequel il y a différents accents et qu’il se passe un tas de choses auxquelles ils peuvent participer. Quand nous sommes allés au Festival de Cannes, le printemps passé, c'était très symbolique. Comme c'était loin, certains m'ont demandé s'ils devaient vraiment s'y rendre. Alors que c'était une belle opportunité qu'on leur offrait, ils avaient l'impression que ce n'était pas pour eux !

Une forme d'autocensure ?

Oui, mais c'est une autocensure qu'il faut casser en allant au combat, en organisant des sorties, en allant au théâtre, en leur montrant que ça peut leur apporter du plaisir. Souvent, ils sont stigmatisés comme des jeunes à problèmes et sont mal accueillis comme dans ce camping d'Antibes où, en voyant débarquer quinze gamins bruyants et un peu trop bronzés, le gérant nous a suggéré d'aller plutôt chez le voisin. De telles réactions sont insupportables !

Mots de tête, Dominique Resch, éditions Autrement, août 2011, 14 €.


Propos recueillis par Juliette Galeazzi | Publié le

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