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Emmanuel Ethis, recteur de Nice : "Mon expérience de président d’université m’est utile"

Camille Stromboni
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Emmanuel Ethis, recteur de l'académie de Nice depuis 2015.
Emmanuel Ethis, recteur de l'académie de Nice depuis 2015. // ©  Camille Stromboni
Après huit ans à la tête de l’université d’Avignon, Emmanuel Ethis a été nommé recteur de Nice à l'été 2015. Une mission dans laquelle il poursuit autrement son action en faveur de la culture, tout en accompagnant les universités de l'académie dans leurs choix de regroupement.

Vous avez pris la tête de l’académie de Nice à l’été 2015. Quelle est sa particularité ?

Nice est singulière dans le sens où elle est toujours perçue, depuis Paris en tout cas, comme favorisée. Or, c’est un territoire aux réalités sociales plus complexes, avec des inégalités très fortes. Il existe une vraie fracture entre l’extrême richesse et l’extrême pauvreté. Ce qui peut parfois compliquer l’idée de culture commune. Le rôle de l’école est évidemment fondamental et nous avons la chance d’avoir une offre de très bonne qualité, bien répartie sur le territoire, de la maternelle à l’université.

Nous sommes également une académie qui possède un grand potentiel de développement dans les secteurs du tourisme, de l’hôtellerie, de la restauration. Un campus des métiers se construit actuellement. Avec une problématique particulière : celle des saisonniers. De nombreux jeunes arrêtent l’école pendant la saison, et l'absentéisme monte dès le mois d’avril. Notre priorité est de lutter contre ce type de décrochage.

Pour cela, nous travaillons sur la valorisation des études vers ces métiers dans lesquels les jeunes travaillent souvent sans qualification. Et ce à tous les niveaux : bac professionnel, BTS, licence pro…

Passer de président d’université à recteur, ça fait un choc ?

C’est génial ! Je continue de travailler sur les questions qui me passionnent, l’éducation et l’enseignement supérieur, dans la région Paca. Les discussions avec les collégiens et les lycéens me permettent de mieux comprendre comment ils se projettent dans le supérieur.

Je suis totalement en phase avec la volonté d’élever le niveau de qualification du plus grand nombre, portée par la Stranes (Stratégie nationale de l’enseignement supérieur). Cela se prépare dès le lycée, et même au collège.

Et mon expérience de président d’université m’est bien sûr utile pour accompagner les établissements, en tant que chancelier, en charge du contrôle de gestion et de légalité.

Si la liberté est au cœur du statut d’universitaire, le représentant de l’État que vous êtes désormais a-t-il encore des marges de manœuvre ?

Tout à fait. Nous mettons en œuvre la politique éducative de l’État bien sûr, mais nous avons aussi un rôle d’adaptation de cette politique à notre territoire. Et nous représentons notre territoire auprès de l’État, avec un dialogue de gestion proche de celui qu’on peut avoir en tant que président d’université. C’est en tout cas une très belle mission.

Votre "fibre culturelle" a-t-elle toujours le loisir de s’exprimer ?

Je reste président du Haut Conseil pour l’éducation artistique et la culture. Et Nice est une académie pilote sur ce volet culturel. Elle possède notamment un patrimoine immense en cinéma, avec le festival de Cannes. Les écoles, les enseignants, les chefs d’établissement sont très sensibles à ces questions, les structures culturelles sont tournées vers la jeunesse, de nombreuses opérations ont lieu avec les lycées.

Nous essayons toujours de développer des outils permettant de construire au mieux des parcours artistiques dans le milieu scolaire. Nous travaillons par exemple à la mise en place d’un prix sur le festival de Cannes, pour encourager les jeunes à revisiter ce patrimoine. J’espère que nous l’appellerons "Jean Zay" : ce dernier a fondé le festival de Cannes, pour ouvrir le cinéma à d’autres valeurs que celles de la Mostra de Venise où passaient des films nazis et il était justement issu… de l’Éducation nationale.

Université de Nice - SophiaTech - Avril 2013 ©C.Stromboni

Les deux universités de l’académie - Nice et Toulon - appartiennent à deux regroupements d’établissements différents. Cela ne rend-il pas la situation compliquée ?

Les universités sont autonomes, le rectorat est là pour les accompagner et les soutenir dans leurs questionnements territoriaux et leurs choix. Notre configuration est en effet originale, avec trois universités associées (Aix-Marseille, Avignon et Toulon), issues de deux académies (Nice et Marseille), ainsi qu’une Comue (communauté d’universités et établissements) sur une académie avec une université (Nice).

C’est adapté à la singularité du territoire. Nice a mis en place une Comue inédite, avec une seule université mais aussi des organismes de recherche très présents. Toulon a choisi l’association avec le site d’Aix-Marseille, cela répond à une autre logique territoriale.

Nous travaillons quoi qu’il en soit beaucoup à l’échelle de la région Paca, il n’y a pas de frontière entre nos deux académies.

Le projet niçois Université Côte d’Azur, challenger dans la nouvelle compétition des Idex, a décroché le label de l’Initiative d’excellence du premier coup en janvier 2016. Une belle surprise ?

Notre région a ainsi remporté deux Idex [avec Marseille] et j’en suis évidemment ravi ! Le projet niçois est profondément original. Cet Idex est une chance pour Nice qui pourra aller plus loin dans la constitution d’un véritable territoire universitaire et de recherche.

Najat Vallaud-Belkacem souhaite que désormais les quotas de bacheliers technologiques et professionnels en DUT et BTS soient fixés par le recteur, par arrêté. Les IUT ont déjà fait part de leur opposition à cette mesure. Comment allez-vous procéder dans l’académie de Nice ? Existait-il jusqu’ici de véritables quotas chiffrés ?

Nous menons une véritable politique pour encourager les bacheliers professionnels et technologiques à poursuivre des études dans les filières dans lesquelles ils auront une vraie chance de réussite, c'est le cas en BTS et pour l'IUT.

Jusqu'à maintenant, nous avons travaillé sur des objectifs par filière, puis par lycée. Depuis deux ans, nous progressons, nous sommes désormais proches de l'objectif cible de 30%. Nous sommes en train de les réévaluer par filière pour la prochaine année scolaire, afin de parvenir à ce chiffre global de 30%.

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