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Éric Charbonnier, expert à la direction éducation de l’OCDE : “PISA : l’écart se creuse entre les très bons et les très mauvais élèves”

Propos recueillis par Virginie Bertereau
Publié le
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Éric Charbonnier, expert à la direction éducation de l’OCDE : “PISA : l’écart se creuse entre les très bons et les très mauvais élèves”
La France se situe dans la moyenne des pays de l’OCDE, selon les derniers résultats de l’enquête PISA publiés le 7 décembre 2010. Mais l’écart se creuse entre les très bons et les très mauvais élèves. Éric Charbonnier, expert à la direction éducation de l’OCDE, revient sur les enjeux éducatifs, politiques et sociaux de PISA.

Quel est le principal enseignement de l’enquête PISA pour la France ?
Le système apparaît de plus en plus dichotomique. L’écart se creuse entre les très bons et les très mauvais élèves. Les élèves moyens sont de moins en moins nombreux. En compréhension de l’écrit, la proportion de jeunes qui n’ont pas le niveau 2 est passée de 15 à 20 % entre 2000 et 2009. Les performances en maths ont également diminué de façon inquiétante depuis 2000. La France passe du groupe des pays forts à celui des pays dans la moyenne. Si elle était au-dessus de l’Allemagne, la Pologne et le Portugal il y a dix ans, elle est aujourd’hui au même niveau que ces pays. 

“Les performances en maths ont également diminué de façon inquiétante depuis 2000.”

L’écart se creuse également entre les filles et les garçons.
En France, les filles ont l’équivalent d’une année d’études (39 points) d’avance sur les garçons. Là encore, cet écart se creuse. Mais le phénomène est constaté partout. C’est un problème politique en Finlande où l’on enregistre une différence de 55 points. Les filles sont meilleures en lecture, les garçons en maths. On retrouve cette différence plus tard, dans le supérieur.

D’une manière générale, les pays nordiques, la Finlande mise à part, ne sont pas aussi performants qu’on le dit...
Non, et il ne faut pas chercher forcément à copier un modèle d’éducation. Les élèves ont peu d’heures de cours en Finlande, beaucoup aux Pays-Bas, et ces deux pays obtiennent de bons résultats. En revanche, tous ceux qui réussissent bien sont ceux qui luttent contre l’échec scolaire. Cela passe par un enseignement en petit groupe ou un discours adapté en Finlande, du soutien aux Pays-Bas. En France, on a choisi de faire redoubler les élèves. Ce n’est pas une bonne solution.

En France, le milieu socio-économique a un grand impact sur les performances…
En effet, les inégalités sociales sont fortes en France et influent beaucoup sur les résultats des élèves, contrairement à ce qui se passe en Corée. Malgré tout, la France reste dans la moyenne des pays de l’OCDE. Cela signifie que les élèves des milieux favorisés tirent l’ensemble vers le haut et permettent à la France de se maintenir. Ce qui n’est pas le cas en Autriche ou en République tchèque où même les élèves des milieux favorisés ne réussissent pas bien. Cela signifie également qu’il faut axer les efforts sur les aides aux élèves des milieux défavorisés.

“Les élèves des milieux favorisés tirent l’ensemble vers le haut et permettent à la France de se maintenir.”

Et qu’en est-il de l’ascenseur social ?
Un système éducatif qui fonctionne doit faire évoluer les performances des élèves issus de l’immigration de la seconde génération par rapport à ceux de la première génération. C’est le cas en Suède. En France, on constate un progrès entre les deux générations, mais il existe toujours un écart important entre les élèves immigrants et les élèves autochtones.

Qu’entendez-vous par la “préscolarisation”, qui favorise les performances ?
Les enfants sont scolarisés au moins une année à l’école maternelle. L’accès à l’éducation le plus tôt possible favorise les résultats à 15 ans. Mais on constate une différence selon les milieux socio-économiques. Les enfants de professeurs, par exemple, sont davantage préscolarisés que les enfants de familles défavorisées.

Quel est l’impact de l’enquête PISA dans les pays ?
L’impact est de plus en plus fort, PISA est un instrument plus politique. Nous en sommes au quatrième cycle. Nous sommes donc capables de voir ce qui a changé en dix ans et quels ont été les résultats des politiques dans les pays. Des réformes ont notamment été menées au Portugal, en Allemagne, en Pologne et en Suède. Les trois premiers États ont accentué les actions en faveur des élèves des milieux défavorisés pour diminuer les inégalités sociales. La Pologne a créé une sorte de collège unique qui a entraîné une révision des programmes scolaires. L’Allemagne a centré ses efforts sur le primaire et le préprimaire : l’apprentissage de la langue allemande a été programmé dès la maternelle, des cantines scolaires ont été créées pour permettre aux élèves de rester à l’école plus longtemps l’après-midi. Dans ces deux pays, les inégalités sociales ont diminué. Les performances en compréhension de l’écrit ont augmenté entre 2000 et 2009.

Et en Suède ?
La plus grande flexibilité dans la carte scolaire a aggravé les inégalités sociales entre 2000 et 2009. Ce qui ne signifie pas que toute politique d’absence de carte scolaire est vouée à l’échec. À Shanghai, par exemple, d’excellents professeurs et chefs d’établissement sont nommés dans les quartiers difficiles, ce qui attire les familles.

À votre avis, que va déclarer Luc Chatel, le ministre français de l’Éducation suite à la publication de l’enquête PISA ?
Le ministre programme une conférence de presse quinze minutes après celle de l’OCDE. Je prends cela comme un compliment. Cela signifie que nos travaux sont reconnus à leur juste valeur. Il reconnaîtra probablement que les résultats de la France ne sont pas excellents, mais que des réformes sont en cours pour changer cela…

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