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Éric Charbonnier (expert à l’OCDE) : « Améliorer la qualité du personnel enseignant est plus efficace que toucher à la taille des classes »

Propos recueillis par Virginie Bertereau
Publié le
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Eric Charbonnier
Eric Charbonnier

L’OCDE (Organisation de coopération et de développement économiques) publie, mardi 13 septembre 2011, la nouvelle édition de son rapport « Regards sur l’éducation ». Le document montre que le budget éducation de la France progresse moins en moyenne que celui des autres pays développés, que le taux de scolarisation stagne, que le diplôme reste un rempart contre le chômage, que l’Hexagone attire toujours les étudiants étrangers ou encore que le salaire des professeurs a baissé entre 2005 et 2009. Interview d’Éric Charbonnier, analyste des politiques éducatives à l’OCDE .




Quels enseignements faut-il tirer de ce « Regards sur l’éducation 2011 » pour la France ?
Il y a une bonne et une mauvaise nouvelle. La bonne nouvelle, c’est que le niveau de l’éducation a nettement augmenté ces dernières décennies en France. Le pays a rattrapé son retard. 84 % des adultes de 25 à 34 ans ont aujourd’hui un niveau bac, CAP ou BEP (81 % pour la moyenne des pays de l’OCDE), alors qu’ils ne sont que 55 % dans la tranche des 55-64 ans à être dans ce cas (71 % dans l’OCDE). La mauvaise nouvelle : on constate depuis 1995 un ralentissement des progrès du taux de scolarisation et de l’investissement financier dans l’enseignement primaire et secondaire. La France a augmenté de 7 % son budget éducation entre 2000 et 2008, contre 34 % en moyenne dans l’OCDE, pour une évolution d’effectifs comparable. Beaucoup de pays en ont fait une priorité, pas la France.

Faut-il relier ces constats au manque de résultats des élèves français dans les enquêtes PISA ?
On ne peut pas dire qu’il existe une corrélation directe entre l’investissement financier et les résultats des élèves car, d’un pays à l’autre, l’investissement ne porte pas sur les mêmes mesures. Certains réduisent la taille des classes. D’autres augmentent le salaire des enseignants.

En revanche, les enquêtes PISA montrent que les inégalités sociales en France jouent un grand rôle dans les performances moyennes des Français. Cela donne des pistes pour améliorer notre système éducatif… Citons l’exemple de Shanghai où les meilleurs professeurs et chefs d’établissement sont placés dans les établissements difficiles.

Justement, réduire la taille des classes ou augmenter les enseignants : qu’est-ce qui est le plus efficace ?
Selon les études de l’OCDE, les politiques qui visent à améliorer la qualité du personnel enseignant – cela passe par une augmentation des salaires pour attirer davantage et augmenter le niveau, mais aussi par la formation, les méthodes pédagogiques, etc. – sont plus efficaces que celles qui touchent à la taille des classes. Ce qui ne veut pas dire que les politiques sur la taille des classes sont vouées à l’échec… Si une réforme va dans ce sens en France, il faut surtout l’envisager dans les établissements difficiles.

Luc Chatel, le ministre de l’Éducation nationale, ne cesse de répéter que le budget moyen par élève a déjà augmenté de 80 % par rapport à 1980 et que le salaire des enseignants débutants a été revalorisé en 2010. Qu’en pensez-vous ?
Sur le salaire des enseignants, nos chiffres datent de 2009. On n’a donc pas pris en compte les nouvelles mesures. Notez toutefois qu’entre 2005 et 2009, on a relevé une baisse de 5 % du salaire statutaire – hors primes, hors heures supplémentaires, que les professeurs ne connaissent pas au départ – des enseignants. Donc, je ne suis pas sûr que tout va changer en 2010-2011. Sur l’investissement, la hausse est une réalité, mais le ministre compare les données d’il y a près de quarante ans à celles d’aujourd’hui. De notre côté, nous avons également regardé l’évolution à plus court terme.

Finalement, la France se trompe-t-elle de voie, fait-elle tout à l’envers ?
Non, la France ne fait pas tout ce qu’il ne faut pas faire. Elle a tout de même rattrapé son retard concernant son niveau d’éducation. Mais cette progression va-t-elle continuer ? La stagnation qui touche le primaire et le secondaire va-t-elle atteindre le supérieur ? Il faut que l’État investisse. Un étudiant rapporte deux fois plus à l’État français qu’il ne lui coûte. Mais c’est trois fois plus en moyenne dans l’OCDE.


Propos recueillis par Virginie Bertereau | Publié le

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