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F. Debouck : "À Centrale Lyon, les jeunes sont très sensibles aux questions d’environnement"

Propos recueillis par Muriel Florin
Publié le
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F. Debouck : "À Centrale Lyon, les jeunes sont très sensibles aux questions d’environnement"
Selon son directeur, Centrale Lyon met en valeur les sujets liés à l'environnement dans les enseignements et dans les exemples utilisés en cours. // ©  Centrale Lyon
Rester généraliste et maintenir un haut niveau d’exigence tout en développant des doubles diplômes et des spécialités, c’est le pari de Centrale Lyon. Frank Debouck, son directeur, présente les nouveautés de cette rentrée, dont un "virage vert". Le directeur précise aussi la place de la grande école d’ingénieurs dans le projet de fusion sur le site Lyon-Saint-Etienne.

Les formations de Centrale Lyon sont-elles en train de se spécialiser ?

Centrale Lyon demeure avant tout une école d’ingénieurs généralistes. Mais cela n’empêche pas d’augmenter les parcours de formation, de les enrichir. En dix ans, nous avons énormément étoffé l’offre de masters et les spécialités, nous avons proposé des modules, des échanges de cours avec l’ENS ou le Collège des hautes études… Nous continuons, en mettant notamment en place deux nouveaux double diplômes. Celui d’ingénieur-médecin avec l’université Claude-Bernard Lyon 1, pour maîtriser les nombreuses techniques qui font désormais partie du monde médical, et celui d’ingénieur économètre en partenariat avec l’ENSAE Paris-Tech. Et nous ouvrirons encore de nouvelles perspectives en 2021 avec l’intégration de l’ENISE, comme école de spécialités.

S’agit-il de répondre à la demande des élèves, des employeurs, ou bien de proposer une offre plus concurrentielle ?

Il n’y a jamais eu un modèle unique de Centralien. Nos diplômés expriment différentes aspirations et ils s’insèrent aussi bien dans des grands groupes que dans des PME et PMI. Ils peuvent devenir entrepreneurs, chercheurs… Passer par une école généraliste demande un investissement important. Ceux qui sortent de Centrale ont la capacité de continuer à apprendre. Quel que soit le métier choisi, ils possèdent un socle technique et scientifique de haut niveau, qui leur permet d’aborder sereinement des secteurs qu’ils ne connaissent pas.

Je ne pense pas qu’on est un bon ingénieur en étant trop monopolisé par une discipline.

Je ne pense pas qu’on est un bon ingénieur en étant trop monopolisé par une discipline. Il faut ouvrir son esprit. Cela n’empêche pas d’aller au fond des choses. Nous nous situons sur cette ligne-là, davantage que face à une concurrence. Sur le site Lyon-Saint-Etienne, il y a 16 écoles d’ingénieurs, toutes inscrivent des élèves sans problèmes et leurs diplômés trouvent du travail. Cela correspond à la richesse des entreprises, lesquelles sont intéressées par différents profils.

Vous annoncez un "virage vert". Est-ce que les élèves le réclament ? En quoi consiste-t-il ?

Les jeunes sont très sensibles aux questions d’environnement. L’an dernier, des étudiants nous ont apostrophé sur la place qu’elles occupent dans leur cursus. En recensant ce qui pouvait être relié au développement durable, nous sommes arrivés à 60%. Aujourd’hui, nous n’allons pas modifier les programmes en les centrant sur les modes doux de transport ou en abandonnant l’étude du pétrole et du nucléaire, mais plutôt mettre en valeur cette problématique dans les enseignements et dans les exemples utilisés en cours.

Beaucoup de nos diplômés travaillent déjà sur la transition énergétique au sein de grands groupes.

Quand on étudie l’utilisation du big data, on peut par exemple parler de l’amélioration des pratiques en agriculture biologique, plutôt que de la vente de données… Nous prenons en compte les questions d’environnement. Beaucoup de nos diplômés travaillent déjà sur la transition énergétique au sein de grands groupes et les sujets que nous adressent les entreprises sont très souvent en lien avec cette thématique.

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Le nouveau bac et la maîtrise des soft skills peuvent-ils influencer vos formations ?

L’organisation au lycée aura sans doute des conséquences sur les classes préparatoires et le profil des élèves. Ils définiront leurs spécialités plus tôt et il y aura sans doute davantage de place pour l’informatique. Cela ne nous empêchera pas de maintenir un tronc commun long et exigeant. Sans doute à contre-courant d’autres écoles, en nous adressant à des élèves habitués à choisir de façon plus précoce… Nous ferons preuve de pédagogie ! Quant aux soft skills, ce ne sont pas ces compétences, mais bien les connaissances scientifiques qui font les bons ingénieurs. Il ne suffit pas d’être beau parleur et sympathique pour faire voler un avion ou démonter une centrale nucléaire !

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Quelle est la place de Centrale dans le projet de structuration du site mené par l’université de Lyon ?

Lyon possède tous les atouts d’une grande université mondiale. Faut-il structurer l’enseignement supérieur sur le site Lyon-Saint-Etienne? Faut-il travailler ensemble ? La réponse est oui. Nous sommes d’ailleurs impliqués dans de nombreux projets de site et nous comptons 16 mentions co-accréditées avec l’UdL sur 17 masters.

Un banc de poissons manœuvre plus facilement qu’un gros paquebot.

L’école reste sur la même ligne. En décembre 2016, j’avais indiqué que Centrale était soucieuse de conserver sa marque, reconnue au quotidien dans les entreprises, cela se traduit notamment par le nombre de contrats de recherche. À ce titre, nous sommes premiers, devant l’INSA, puis Lyon 1. Comme à Paris et à Nantes, et comme l’INSA, nous ne sommes pas prêts à remettre en cause cette marque. Nous tenons aussi à notre agilité, notre identité, à notre liberté dans la sélection des élèves, et la formation.

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Centrale ne figurera donc pas dans le pôle ingénierie ?

Nous n’avons pas été invités à participer à la construction de l’université cible, mais nous voyons bien qu’à 11 cela n’a pas marché. Les membres fondateurs sont passés à cinq, Maintenant, sans l’INSA, ils sont quatre. Il faut être raisonnable. Un banc de poissons manœuvre plus facilement qu’un gros paquebot. On peut être malins ensemble, travailler intelligemment avec ce pôle ingénierie, mais pas forcément en étant à l’intérieur, sans doute sera-t-il possible d’y être associé. Il n’y a pas qu’un seul modèle et le diplôme d’ingénieur reste un diplôme d’établissement.

Centrale Lyon en chiffres

– 1 468 étudiants dont 25% sont internationaux.
– 142 enseignants, 49 chercheurs CNRS et 135 personnels de recherche sous contrat.
– 145 intervenants extérieurs.
– 6 départements d’enseignement et de recherche.
– 45 millions d'euros de budget.


Propos recueillis par Muriel Florin | Publié le

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Frida la blonde.

Voilà une école bien sérieuse qui ne croit pas au pipeau des "soft skills".