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"Faux diplômes" à Lyon 2 : le président d'université s'estime trompé

Muriel Florin
Publié le
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Le campus Porte Alpes de l'université Lyon 2 - Tous droits réservés Serge Tanet - Université Lumière Lyon 2
Le campus Porte Alpes de l'université Lyon 2 - Tous droits réservés Serge Tanet - Université Lumière Lyon 2

Des diplômes de l'ICOM (Institut de la communication), composante de l'université de Lyon 2, ont été délivrés à 50 étudiants de l'I2M Sup de Co, une école de commerce de Pointe-à-Pitre. Alors qu'aucune convention ne relie l'établissement guadeloupéen et la fac lyonnaise. Le président de l'université Lumière Lyon 2, Jean-Luc Mayaud, s'exprime sur cette affaire délicate.

Comment avez-vous pu valider des diplômes d'étudiants qui officiellement n'ont pas suivi de formation à Lyon 2 ?

Jean-Luc Mayaud, président de l'université Lyon 2 - Tous droits réservés Serge Tanet - Université Lumière Lyon 2Les universités françaises accueillent des étudiants sur actes de candidature. Ces candidatures sont examinées par un jury d'admission. Ici, les dossiers sont arrivés à l'ICOM [Institut de la communication, l'une des composante de l'université, ndlr]. Le jury de l'ICOM a considéré que ces étudiants pouvaient être inscrits. Il a délivré une admission sur laquelle l'université se fonde pour procéder à l'inscription.

Ce jury était présidé par le directeur de l'ICOM, ce qui n'est pas louche. On ne pouvait pas non plus être étonné de la dispense d'assiduité. La distance est l'une des raisons valables pour lesquels un étudiant peut échapper au contrôle continu.

En ce qui concerne les diplômes, nous sommes au bout de la chaîne. Je ne suis pas là pour surveiller les étudiants… Les résultats nous parviennent sous forme de listing qui a auparavant été certifié et signé par le président du jury, en l'occurrence le directeur de l'ICOM. Bien sûr que ma signature est imprimée sur les diplômes. Mais je ne signe pas les 28.000 diplômes !

Peut-on parler de faille du système, ou plutôt considérer qu'il s'agit d'une situation exceptionnelle, du fait d'une personne qui n'a pas respecté les règles ? 

Comme les étudiants, nous avons été trompés : on leur a vendu une formation de Lyon 2 alors que c'était l'ICOM, sans aucune convention entre l'université et l'I2M Sup de Co. Cette convention ne pouvait être signée que par moi pour être valable. Or, l'ICOM avait demandé ce partenariat en 2011 mais il avait été retoqué sans équivoque par le CEVU (Conseil de la vie universitaire).

Les étudiants ne sont jamais venus à Lyon alors qu'il y a normalement obligation de passer les examens ici. Le directeur de l'ICOM est allé enseigner là-bas sans autorisation. Quelles que soient les raisons, que ce soit pour l'argent, la notoriété, ou une forme d'humanité à l'égard de territoires jugés délaissés, il s'agit d'une faute immense, irréparable.

Comme les étudiants, nous avons été trompés

Que comptez-vous mettre en place pour éviter que ce genre de situation se reproduise ?

Je suis profondément ébranlé par cette affaire. L'histoire fait que les universitaires ont un statut exceptionnel, qui peut donner lieu à des dérives. Certains peuvent se croire autorisés à faire tout et n'importe quoi. Ce produit de l'histoire est plus ou moins adapté aux contraintes de gestion.

Je vais désormais mettre en place des outils de contrôle au lieu de me satisfaire des procès-verbaux de jurys. D'ores et déjà, nous avons aussi passé au crible toutes les conventions – il y en a plusieurs centaines – que nous avons avec d'autres établissements. Enfin, je me réserve la possibilité de porter plainte au pénal pour faux et usage de faux, atteinte à l'image de Lyon 2 ou tout autre aspect selon le résultat précis de l'enquête interne.

L'affaire en bref
Un faux partenariat
En février 2013, l'université Lyon 2 est sollicitée par des étudiants de Pointe-à-Pitre, inquiets de ne pas recevoir leurs cartes d'étudiants. C'est ainsi qu'elle aurait découvert l'existence d'une formation labellisée Lyon 2 sur le site Internet de l'I2M Sup de Co, une école privée située en Guadeloupe, dont les frais d'inscription s'élèvent à 4.000€.

Or, il n'y a pas trace de convention entre Lyon 2 et l'I2M Sup de Co. Il s'avère aussi que le directeur de l'ICOM (Institut de la communication), l'une des 14 composantes de Lyon 2, est allé plusieurs fois en Guadeloupe.

Quelles conséquences pour les étudian
ts ?
Après quelques investigations, il s'avère que 50 étudiants antillais ont reçu un diplôme de Lyon 2 en 2012 (pour les niveaux L3, M1, M2) et que les inscriptions sont bien enregistrées à l'université, pour cette promotion comme pour les 50 de l'année en cours. Après discussions serrées entre Lyon 2 et l'I2M Sup de Co, les étudiants viendront passer leurs examens du 8 au 13 septembre 2013 à Lyon. L'école privée s'est engagée à payer leur déplacement.

Quelles seront les sanctions ?

Une enquête interne est en cours à Lyon 2. Les premiers résultats sont attendus la semaine du 8 juillet 2013, mais la commission disciplinaire statuera en septembre. Le président de Lyon 2 a aussi effectué un signalement au procureur, à Lyon et en Guadeloupe.

Le directeur de l'ICOM termine son mandat fin août. Simple blâme, suspension avec ou sans traitement, voire révocation, composent l'éventail des sanctions évoquées par Lyon 2.

Muriel Florin | Publié le

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Chashibersu.

Je trouve déplorable qu'on ne parle pas des étudiants qui se retrouvent lésés, sincèrement Lyon est censé être au fait de ce qu'il se passe en son sein et i2m aurait pu pensé a la validité de l'accord émis par ICOM. Beaucoup de questions pour lesquelles ces étudiants resteront sans réponse. La Guadeloupe est la France, ne l'oublions pas ! Le sujet principal devrait être autre !!! Letudiant devrait se positionner sur sa cible, et pas essayer de savoir qui a tort ou raison entre les instances que sont Lyon, ICOM et I2M puisqu'elles se renverront forcément la balle ! Faire repasser 16 matières (1er et 2nd semestres) en 4 jours ! Pourtant ces examens ont déjà été passé durant l'année. La mise en place d une session de rattrapage est elle prévue si ces étudiants se ratent? Pourquoi ne pas vouloir prendre en compte le travail effectué, ou du moins le vérifier? Pourquoi ne pas déplacer un jury de 10 personnes en Guadeloupe plutôt que 56 étudiants a Lyon?

Thesaurus.

Et au risque de passer pour un imbécile un peu naif ... Pourquoi ça pose problème aujourd'hui et pas hier ? Qu'y a t'il de problématique à donner des cours en FRANCE, en Guadeloupe ici ? il y a peut être un bout de papier pas signé, mais il y a eu des cours, des examens apparemment, et tout ce qui fait qu'une formation a bien eu lieu. Je me dis que si le soit disant faux partenariat s'était fait avec Maubeuge ou Vierzon, on aurait crié moins fort au scandale...

Dji Helleu.

Il n'est pas du tout saugrenu d'établir des conventions avec des établissements d'outre-mer, dans la mesure où ces formations ne sont pas dispensées dans les universités locales (dans le cas d'I2M, l'UAG). Il n'est pas plus saugrenu de faire confiance à des enseignants locaux qui ont les capacités suffisantes (nous "utilisons" bien des vacataires, des PAST) Par contre, et dans tous les cas, tout doit être contrôlé (et de manière serrée) par l'université qui délivre les diplômes (sélections à l'inscription, contrôles, continus et/ou terminaux). De plus, des conventions de procédures et des conventions financières doivent être signées, puis validées par les différents conseils de l'université. Tout ceci apparaît essentiel pour la valeur du diplôme. Il y a le mêmes type de convention avec les universités étrangères (Maghreb, Chine )C'est la même procédure de convention qui doit être établie avec ces universités étrangères.

LE DUC.

Un conseil aux étudiants victimes de cette arnaque: portez plainte pour publicité mensongère. J'ai indiqué la voie à suivre dans mon guide Diplômes et formations : guide juridique et pratique. Editions du Puits fleuri Yves LE DUC

Sirius.

Il est facile d'ironiser : M. le Président a perdu le contrôle de ses facultés... Mais cet épisode montre le manque de rigueur des procédures internes à certaines universités dans l'attribution des diplômes. Lire que "On ne pouvait pas non plus être étonné de la dispense d'assiduité. La distance est l'une des raisons valables pour lesquels un étudiant peut échapper au contrôle continu" est stupéfiant. Ainsi un "étudiant" absent lors de la candidature, absent aux cours, absent aux examens peut recevoir un diplôme ! Ce Président doit porter plainte contre l'enseignant-chercheur auteur de cette construction illégale, démettre le directeur de la composante en question (L'ICOM), et démissionner.

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