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Frank Bournois (CEFDG) : "Il est urgent de poursuivre la protection de l’appellation 'grade Master'"

Propos recueillis par Cécile Peltier
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Frank Bournois // DR
Frank Bournois // DR // ©  Photo fournie par le témoin

Bientôt un nouveau visage à la tête de la CEFDG. Frank Bournois, président de la Commission d'évaluation des formations et diplômes de gestion depuis 2010, n'envisage pas de second mandat, le sien prenant fin en septembre 2013. Quel bilan tire-t-il de son action ? Quels défis pour son successeur ? Entretien.

Vous avez annoncé votre décision de ne pas vous représenter à la tête de la CEFDG. Pourquoi cette décision ?

D'abord, on n'est pas "candidat" à la présidence de la CEFDG, et encore moins à sa succession. Par ailleurs, je pense que les mandats doivent tourner. J'ai eu quatre ans pour apporter les impulsions nécessaires à l'évolution du système et je pars avec le sentiment du devoir accompli. Il est temps de laisser la place.

C'est un travail passionnant, mais aussi extrêmement lourd qui demande une énergie folle. La commission a beau être épaulée remarquablement par la mission des écoles supérieures et de l'enseignement supérieur privé du ministère, elle n'a pas de budget et ses 16 membres sont tous bénévoles !

Quels sont vos projets pour la suite ?

Pour éviter que mon successeur ne connaisse comme moi à mon arrivée une période de blocage de six mois, j'ai décidé de parler dès maintenant de mon départ. Mais il est encore un peu tôt pour parler de l'avenir. Disons que je suis ouvert à toutes les opportunités.

Je vais me consacrer davantage à mes activités de recherche et d'expertise relatives aux comités de direction des entreprises. J'ai aussi un projet de recherche sur le management à la française à travers l'expérience des non-Français qui travaillent en France ou à l'étranger.

Connaissez-vous le nom de votre successeur ?

Non. Les ministres de l'Industrie et de l'Enseignement supérieur renouvelleront en septembre 2013 certains des membres de la commission et désigneront le président qui doit être impérativement un professeur des universités, et j'imagine de gestion. Leur candidat devra avoir aussi une bonne connaissance des règles d'évaluation, d'accréditation et du monde des écoles et de la gestion. Cela restreint le choix à une dizaine de personnes...

Alors que sonne l'heure de la fin, quel bilan tirez-vous de votre mandat ?

Toutes les formations relevant de la CEFDG ont progressé ces dernières années, même si cela leur a fortement coûté. Elles ont notamment fourni un effort important en matière de recrutement d'enseignants-chercheurs. Je m'étais engagé à faire progresser la transparence du secteur des écoles de commerce garantissant la lisibilité de ce que sont un visa et un grade de master.

Le site www.cefdg.fr, lancé fin 2011 avec le ministère de l'Enseignement supérieur, répond à cette préoccupation. Il présente toutes les formations visées et une synthèse des avis publiées par la commission.

Les synthèses mises en ligne restent toutefois très succinctes...

Oui, mais je rappelle qu'à mon arrivée aucune information n'était disponible concernant les formations en gestion. Face à la CTI (Commission des titres d'ingénieur) qui mettait en ligne ses rapports complets, j'ai pensé que la publication d'une information synthétique constituait une première étape, permettant d'informer le public sans entrer de manière excessive dans l'intimité des écoles.


Il faudrait un observatoire de l'évolution des diplômés, en partenariat avec le Cereq


En août 2010, vous promettiez de publier sur ce site des données-clés sur les établissements visés comme "les effectifs, le nombre de professeurs docteurs et habilités à diriger des recherches, la part des cours assurés par des enseignants permanents...". Ces informations ne sont toujours pas disponibles...

Ces indicateurs seront disponibles en ligne à partir de la fin de l'année 2013. Mais je ne peux pas engager mon successeur sur le fait qu'ils seront in extenso sur le site de la CEFDG. Il lui appartiendra de choisir ceux qui pourront y figurer.

Il a fallu plus de temps que prévu pour réunir et consolider les informations nécessaires à cette publication. Dès la fin 2011, la CEFDG avait produit une liste d'une trentaine d'indicateurs pertinents pour l'évaluation des formations. Après une phase test sur une trentaine d'établissements en 2012, nous nous sommes aperçus qu'il y avait des incohérences entre les données que nous restituaient les écoles et celles qu'elles communiquaient au MESR pour d'autres enquêtes. Ces incohérences étaient liées à des erreurs d'interprétation. Un groupe de travail, composé de représentants des écoles chargés de traiter les enquêtes, a permis de lever ces ambiguïtés.

Nous avons défini 51 indicateurs clairs qui seront systématiquement demandés à toutes les écoles qui demandent un renouvellement de leur visa ou qui effectuent une nouvelle demande : les effectifs étudiants totaux de l'établissement dont apprentis ; le nombre d'enseignants et de chercheurs permanents (contrats de 4 ans) et plus de l'école (dont docteurs, dont HDR, dont PHD) ; le pourcentage des heures enseignées par ces derniers ; le nombre de bénéficiaires de bourses internationales... Avec chaque fois des déclinaisons très précises de ce qui rentre en ligne de compte ou pas.

C'est-à-dire ?

Il s'agit essentiellement de précisions. Par exemple, la définition d'un article de recherche n'était pas très claire. Sont désormais comptés comme articles, les papiers écrits ou coécrits par un professeur permanent titulaire d'un doctorat et publiés dans une revue figurant dans la liste Fnege ou Aeres. Le standard minimum pour obtenir l'accréditation (grade) est d'au moins 0,5 article par an et par enseignant-chercheur.

De même, la notion de "site" d'une école de commerce était jusqu'ici ambiguë. Nous précisons dorénavant que le "site" d'une école est un campus implanté en France ou à l'étranger, mais en aucun cas une école autonome faisant l'objet d'un partenariat de double-diplôme. Cette liste d'indicateurs est d'abord un document de travail pour la commission qui, lui, permet un traitement et un suivi équitables des établissements.

Il me paraît important d'engager une réflexion sur la possibilité d'accorder un grade licence aux bachelors présentant des garanties de qualité élevée


Sur quels dossiers n'avez-vous pas réussi à avancer ?

Outre le contrôle qualité des formations, la CEFDG est censée mettre en cohérence les formations avec les besoins en emploi. Il y aurait tout un travail à faire pour voir ce que deviennent les diplômés des écoles de commerce et comment les formations évoluent au regard des besoins des entreprises, mais il ne peut pas être mené par une commission de 16 personnes bénévoles qui se réussissent 15 fois par an. Il faudrait un observatoire de l'évolution des diplômés, en partenariat avec le Cereq.

Quels autres challenges attendent la commission ?

Il est urgent de poursuivre la protection de l'appellation "grade Master", dont certains établissements, se prévalent par ailleurs de la certification de l'Etat avec une utilisation imprécise. A côté de l'accréditation exigeante du ministère de l'Enseignement supérieur et de la Recherche accordée à 80 formations issues d'une quarantaine d'établissements, il existe une certification de la formation professionnelle (RNCP) du ministère accordée à un très grand nombre de formations, dont certaines n'ont même pas de corps professoral !

Devant la multiplication des formations au niveau bachelor, il me paraît par ailleurs important d'engager une réflexion sur la possibilité d'accorder un grade licence aux bachelors présentant des garanties de qualité élevée.

Les fusions sont en vogue actuellement chez les écoles de commerce. Comment la commission va-t-elle s'y prendre pour évaluer ces nouveaux établissements ?

C'est en effet une stratégie d'écoles de plus en plus nombreuses qui souhaitent mettre en place des synergies. Ce n'est pas nouveau (ESCP-Europe, Skema) mais le rythme s'accélère. La CEFDG se réunira le 18 avril 2013 pour auditionner FBS (France business school) et, de la même manière KEDGE (Euromed-BEM) sera amenée à passer en commission afin d'évaluer les réalisations et les nouvelles orientations pédagogiques de ces formations qui se rapprochent.

Il s'agit d'évaluer les synergies entre les sites, la manière dont les étudiants circulent d'un campus à l'autre, la qualité du corps professoral global et des points majeurs comme le recrutement, la sélectivité.


Propos recueillis par Cécile Peltier | Publié le

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