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François Cansell : "Les fonds de roulement ne doivent pas devenir la base des discussions budgétaires"

Propos recueillis par Céline Authemayou
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François Cansell, président de la Cdefi
François Cansell, président de la Cdefi // ©  Bordeaux INP

Élu le 13 février 2015 à la présidence de la Cdefi (Conférence des directeurs des écoles françaises d'ingénieurs), François Cansell prend la tête de l’organisme en pleine polémique autour des fonds de roulement. Le directeur de Bordeaux INP hérite de plusieurs dossiers sensibles – celui des droits d’inscription des écoles notamment – qu’il entend gérer de façon collégiale. Son mandat de deux ans est placé sous le signe du travail en équipe. François Cansell revient, avec Armel de La Bourdonnaye, vice-président de la Cdefi, sur les défis de sa présidence.

Dans votre profession de foi, la promotion à l'international du modèle français des écoles d'ingénieurs était le premier point cité. Pour quelle raison ?

François Cansell : Force est de constater que notre modèle d'école d'ingénieurs est performant. Il contribue au développement économique, éducatif et social de la France. Nous devons en faire la promotion, dans notre pays comme à l'international. Sur ce point, nous allons travailler à une reconnaissance plus forte du diplôme.

Armel de La Bourdonnaye : Dans le domaine des sciences et techniques, le diplôme d'ingénieur est le diplôme leader en France. Si nous voulons que la France se positionne dans les échanges internationaux, il faut que le diplôme soit compris.

François Cansell : Cela passe entre autres par la volonté de devenir membre associé de l'Enaee [European Network for Accreditation of Engineering Education, organisme qui habilite les organismes d'accréditation nationaux, à l'image de la CTI, Commission des titres d'ingénieur, NDLR].

L'autre axe que vous souhaitez développer durant votre mandat concerne la recherche. Avec la volonté de renforcer le lien entre études d'ingénieur et doctorat.

Armel de La Bourdonnaye : Aujourd'hui, la plupart des établissements ont bien compris qu'il n'y a pas de bonne formation sans recherche. Nous devons continuer de conforter l'autonomie des écoles dans ce domaine, puisque cela joue sur l'autonomie des formations. Notre mission en tant que conférence est que les études doctorales soient reconnues par les entreprises. C'est tout l'objectif de notre label "Compétences pour l'entreprise", qui continue de se développer. De manière plus globale, la Cdefi doit renforcer sa représentation dans les alliances de recherche. Il est important d'avoir une action de lobbying pour renforcer les chances de succès dans les appels d'offres nationaux et européens notamment.

Qui dit appel d'offres dit source de financement. C'est l'un des sujets sensibles à l'heure actuelle : quel financement pour les écoles ?

François Cansell : Aujourd'hui, nous nous sommes engagés dans des discussions avec l'État sur ce sujet et sur le modèle économique des écoles d'ingénieurs, quel que soit leur statut. Car toutes sont impactées par les décisions successives intervenues ces derniers mois : nouvelle loi sur l'apprentissage, diminution des contrats de plan État-Région... Sur la question des droits d'inscription, nous en arrivons à une situation assez surréaliste, puisqu'une école sous tutelle du ministère de l'Enseignement supérieur, en l'occurrence Centrale Paris, a vu ses droits augmenter fortement. Tout cela devient inéquitable...

Nous allons entrer en campagne auprès des parlementaires pour obtenir des garanties au sujet de la loi de finances pour 2016.

Surréaliste, inéquitable... Ces mots ont aussi été employés pour parler de la question des fonds de roulement. Où en sont les discussions ?

François Cansell : Les échanges avec le ministère se poursuivent mais nous allons entrer en campagne auprès des parlementaires pour obtenir des garanties au sujet de la loi de finances pour 2016, afin que les fonds de roulement ne deviennent pas la base des discussions autour du prochain budget. Ces prélèvements – si prélèvements il y a – ne doivent pas devenir récurrents.

Je pense que le ministère a compris notre message : le cabinet va recevoir les écoles pour discuter avec elles du sujet. Nous avons été entendus sur la méthode, qui est à revoir. Il n'empêche, il reste toujours 100 millions d'euros à trouver... Alors que l'enseignement supérieur est présenté comme un objet à choyer, on vient ponctionner dans les fonds de roulement des établissements qui fonctionnent le mieux. Cette situation est inacceptable. Imaginez : des équipes de direction ont travaillé pour reconstruire ces fonds de roulement, au prix de sacrifices importants. Aujourd'hui, ce travail est complètement décrédibilisé.

Plusieurs écoles se sont rapprochées seules du ministère pour plaider leur cause. Est-ce pour vous une bonne solution ou cela risque-t-il de brouiller le message de la Cdefi ?

François Cansell : Nous avons demandé aux écoles de se rapprocher du cabinet ou de leur rectorat, pour discuter de leur propre cas, en fonction de leur propre situation. Le rôle de la Cdefi est de se battre pour la diminution, voire la suppression des fonds prélevés. Pour cela, nous avons créé un groupe de travail, qui gérera plus particulièrement ce dossier complexe. Il est composé du bureau, de Laurent Carraro (directeur d'Arts et Métiers ParisTech), de Christian Lerminiaux (administrateur provisoire de Chimie ParisTech), d'Olivier Simonin (directeur de Toulouse INP) et de Frank Debouck (directeur de Centrale Lyon).

Vous semblez accorder une grande importance au travail d'équipe...

François Cansell : En effet, c'est une réelle volonté de ma part : travailler ensemble. Si nous voulons accroître les capacités d'influence de la Cdefi, il faut que chacun puisse communiquer au nom de l'organisme. C'est pourquoi chaque vice-président aura en charge des dossiers précis : l'international pour Élisabeth Crépon, la recherche pour Armel de La Bourdonnaye et le chantier de la maison des ingénieurs pour Jean-Marie Chesneaux. Nous entendons ainsi gagner en réactivité.

Cdefi, le nouveau bureau élu le 13 février 2015
– Président : François Cansell (Bordeaux INP)
– Vice-présidents : Élisabeth Crépon (Ensta ParisTech), Armel de La Bourdonnaye (École des ponts ParisTech), Jean-Marie Chesneaux (Polytech UPMC)

Propos recueillis par Céline Authemayou | Publié le

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