F. Dardel : "Une fusion avec l'université Paris 13 n'est pas envisageable aujourd'hui"

Morgane Taquet
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Frédéric Dardel, président de l'université Paris-Descartes, dans son bureau
Frédéric Dardel, président de l'université Paris-Descartes, dans son bureau // ©  Virginie Bertereau
Après l'arrêt de l'Idex USPC en avril 2016, les quatre universités s'étaient engagées dans la voie de la fusion pour janvier 2019. Les négociations sur le périmètre de cette fusion se précisent, a priori sans Paris 13. Le point avec Frédéric Dardel, président de l'université Paris-Descartes.

Dans un mail adressé aux enseignants et aux personnels courant septembre, vous indiquiez ne pas souhaiter une fusion à quatre mais à trois, excluant l'université Paris 13. Pourquoi cette position ?

Cette position que je porte et que j'assume pleinement est d'abord celle des équipes de direction, des directeurs d'UFR de Paris 5. Il y a des raisons de fond, des questions d'opportunité et des raisons opérationnelles à cela. Sur le plan opérationnel, il n'est pas réaliste de fusionner à quatre en dix-huit mois (la réunion des universités de l'USPC est prévue au 1er janvier 2019).

Ce regroupement de Paris 3, Paris 5, Paris 7 et Paris 13 impliquerait beaucoup de recouvrements disciplinaires en chimie, en biologie, en psychologie, etc. Dans les précédentes fusions universitaires, jamais le problème ne s'est posé en ces termes : à Bordeaux ou à Grenoble, les fusions ont réuni ce qui existait auparavant en termes de champ disciplinaire.

À trois universités, la construction serait plus simple et plus rapide. Les universités Descartes et Diderot ont déjà des projets et des diplômes en commun depuis des années, nos équipes se connaissent, la culture du travail collaboratif est ancienne. Et, pour aboutir à une université omnidisciplinaire, nous avons besoin des lettres de Paris 3, pour rétablir l'équilibre.

Avec Paris 3, nous sommes dans la complémentarité. Avec Paris 13, nous nous connaissons moins, nos équipes sont moins associées. Autre aspect : nous sommes sur deux territoires distincts. Ce qui compliquerait encore davantage le processus de fusion, en termes de logistique, de mobilité des personnels, de procédures administratives, surtout dans un temps aussi court.

Avec Paris 3, nous sommes dans la complémentarité. Avec Paris 13, nous nous connaissons moins.

Vous évoquez une fusion "dans un temps court" afin de répondre aux demandes du jury, qui vous a retiré le label Idex il y a quelques mois ?

Il est vrai que la suppression de notre label nous a conduits dans une phase de sidération. Mais, aujourd'hui, l'enjeu majeur, c'est notre positionnement vis-à-vis de l'Idex. Nous savons qu'il reste des financements sur le PIA 1 et le PIA 2, notamment une partie du capital libéré par notre Idex. Dans ce contexte, le calendrier doit être resserré, car il existe une fenêtre de tir. Le CGI (Commissariat général à l'investissement) nous a dit clairement qu'il y avait une possibilité de repêchage si une dynamique se mettait en place rapidement, c'est-à-dire, selon moi, avant les élections.

Si nous ratons le train de ce PIA, nous n'avons aucun élément permettant de penser qu'il y aura des dotations en capital dans le PIA 3. Il n'est pas question pour nous de devenir une université de deuxième division.

Les médecins de Paris-Descartes sont-ils à l'origine de ce divorce ?

Nos composantes santé de Paris 5 et de Paris 13 ont un fonctionnement et une culture très différents. À Paris 5, les grands centres de recherche se sont construits dans la faculté de médecine, alors que Paris 13, qui a une faculté santé et non de médecine, a misé sur son bassin de population, sur sa mission sociale forte. J'approuve ce que disent mes collègues médecins : si nous fusionnons nos composantes, nous serons moyens partout, en recherche et sur la question de la responsabilité sociale.

C'est une position désagréable à porter, nous passons un peu pour les méchants, mais force est de constater que, quand on arrive dans le concret, il y a des choses qui coincent. Il vaut mieux les résoudre maintenant.

Cette position est-elle partagée par Paris 3 et Paris 7 ?

À Descartes, nous avons affiché notre position. Je ne peux pas parler pour mes collègues, mais disons qu'ils sont prêts à y aller à trois, plutôt que pas du tout.

C'est un projet à 3 + 1, il n'est pas question de mettre Paris 13 dehors.

Que proposez-vous à l'université Paris 13 ?

Nous leur proposons une convention d'association au sein de la Comue, comme ce qui se fait entre l'université de Strasbourg et l'UHA (université de Haute-Alsace) par exemple. Dans ce cadre, tout ce qui n'a pas besoin d'un ancrage territorial pour fonctionner pourrait être mis en commun : un label et des UE en commun, un portail unique pour l'orientation, un observatoire d'insertion professionnelle, le partage de plates-formes d'instrumentation scientifique, etc. Évidemment, les financements du PIA, gérés par la Comue, continueraient à bénéficier à Paris 13. C'est un projet à 3 + 1, il n'est pas question de mettre Paris 13 dehors.

Quels sont vos rapports avec le président de Paris 13, Jean-Pierre Astruc ?

Il n'y a aucune animosité, nous nous parlons, même si ce n'est pas le projet que Paris 13 voudrait voir mis en place. À défaut d'une fusion à quatre, le président de Paris 13 propose une intégration plus tardive de son université en 2021. Je ne peux pas m'engager sur un calendrier de fusion en deux temps, qui aurait un coût énorme, alors que nous serons encore en plein dans le chantier de la fusion de nos trois universités. Une fusion à quatre n'est, pour l'instant, pas envisageable.

L'université Paris 13 demande des garanties
Dans un communiqué adressé à sa communauté le 6 octobre, le président de Paris 13, Jean-Pierre Astruc, regrette la position de Paris-Descartes. "Cette solution (d'une convention d'association) ne semble acceptable qu'à la condition d'avoir de la part de la future université une échéance pour notre intégration et des garanties pendant la période transitoire."

Le président regrette notamment que "Frédéric Dardel minimise les atouts de Paris 13, notamment en matière de recherche. Au niveau scientifique, nous voyons la construction de cette nouvelle université avec nos partenaires comme un lieu d'échanges entre approches parfois différentes mais essentielles pour faire progresser la connaissance. La construction d'une université est un exercice complexe, mais c'est le travail quotidien des universitaires de se confronter à la complexité et nous n'avons pas peur de ce défi", écrit-il.

Quelques jours auparavant, le 3 octobre, Jean-Pierre Astruc indiquait à sa communauté que "l'université Paris 5 propos[ait] plutôt une intégration différée" de Paris 13, "mais qu'aucune proposition d'échéancier temporel pour [l']entrée dans la nouvelle université n'est proposée". Si la question est désormais tranchée Rue de l'École de médecine, les tractations sur ce périmètre pourraient donc encore se poursuivre.

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