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Frédérique Vidal : "L'important est de tenir compte du caractère exceptionnel de la crise"

Pauline Bluteau
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Frédérique Vidal : "L'important est de tenir compte du caractère exceptionnel de la crise"
Frédérique Vidal, ministre de l'Enseignement supérieur, revient en détails sur l'impact de la crise sanitaire sur l'enseignement supérieur. // ©  Gilles Rolle/REA
La ministre de l’Enseignement supérieur revient sur la crise sanitaire et ses impacts dans le supérieur. Examens, concours, rentrée scolaire, précarité, recherche... Frédérique Vidal nous donne quelques précisions sur l'organisation des semaines et des mois à venir.

Concrètement, comment va se dérouler la fin de l’année pour les étudiants ?

Comme l’a dit le président de la République, il n’y aura pas de reprise des enseignements en présentiel. L’année va se terminer par des cours à distance qui vont être organisés par les établissements.

Même si les écoles et les universités sont libres d’organiser les examens comme elles le souhaitent, les formes d’évaluation choisies sont soit des remises de rapport, soit du contrôle continu, soit des examens en ligne, avec bien sûr, des modalités très différentes en fonction des disciplines et des effectifs. L’important est de diversifier les formes d’évaluation et de tenir compte du caractère exceptionnel de la crise que nous traversons.

Mais "évaluer autrement" ne signifie pas "moins bien évaluer". C’est la qualité du diplôme national qui est ici en jeu : si la crise sanitaire contraint à des adaptations, elle ne doit certainement pas conduire un établissement à ne plus transmettre de connaissances et de compétences à ses étudiants ou à ne plus les évaluer. En décider autrement serait la négation même de ce que constitue l’enseignement supérieur en France et les équipes pédagogiques qui le portent.

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Vous avez également redéfini les modalités des concours post-CPGE…

Nous avons mis en place un comité de pilotage interministériel puisque des écoles dépendent de plusieurs ministères, même si toutes ont un lien avec l’enseignement supérieur. Les concours se tiendront entre le 20 juin et le 7 août. Nous demandons aux écoles de s’organiser de manière à ce que les résultats définitifs soient communiqués aux candidats au plus tard le 8 août, pour un début des procédures d'appel à partir du 12 août au plus tard, afin de préserver les dates de la rentrée de septembre.

Les concours se tiendront entre le 20 juin et le 7 août (…) dans le respect le plus strict des règles sanitaires.

Les concours se tiendront dans le respect le plus strict des règles sanitaires. Globalement, les écoles se sont entendues pour, dans leur immense majorité, ne faire que des écrits. Il en va de leur responsabilité à l’égard des exigences sanitaires. Il en va aussi de la prise en compte d’étudiants qui doivent encore attendre plus de deux mois avant de passer leur concours et qui révisent aujourd’hui dans des conditions très inégales.

C’est la raison pour laquelle je leur ai fortement déconseillé de recourir aux formes classiques de concours. Il y aura quelques exceptions, notamment pour les écoles militaires qui ont des contraintes particulières pour tester les aptitudes des candidats. Mais presque toutes les écoles ont compris qu’à situation exceptionnelle, il convenait d’apporter une réponse exceptionnelle. Et je souhaitais sincèrement les remercier d’avoir ainsi adapté leur concours.

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Les futurs bacheliers s’inquiètent de leur entrée dans le supérieur, y aura-t-il des remises à niveau ?

Il ne faut pas qu’ils s’inquiètent, les établissements savent très bien la situation dans laquelle les lycéens et notamment les bacheliers ont terminé leur année. Dans leur immense majorité, les connaissances des lycéens mobilisées à leur entrée dans le supérieur sont celles qu’ils ont acquises durant l’ensemble de leur scolarité au lycée et pas uniquement pendant le dernier trimestre.

Quoi qu’il en soit, les établissements s’adapteront. Des dispositifs existent déjà et sont mis en place dans les établissements : soit en envoyant des programmes à réviser avant la rentrée, soit en présentiel sur la première semaine ou les 15 premiers jours de la rentrée.

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Même si les conditions d’apprentissage sont extrêmement difficiles, il y a eu une continuité pédagogique qui a été mise en place par l’Éducation nationale. Les lycéens comme les professeurs se sont attachés à maintenir ce lien pédagogique même s’il a été dégradé par les circonstances. Donc il n’y aura pas de modification des dates de rentrée de manière à ne pas perturber l’année.

En plus d’assurer la continuité pédagogique, les établissements doivent aussi aider leurs étudiants le plus en difficulté. Une nouvelle aide nationale pourrait-elle être annoncée ?

Effectivement, le président de la République nous a demandé de travailler sur la question de la précarité étudiante. Nous avons pris un certain nombre de mesures pour faire face à la situation. Dans ce contexte exceptionnel, les étudiants boursiers conserveront leur droit à bourses même s’ils n’ont pas pu se rendre en cours dans les mêmes conditions qu’ils le font habituellement, ou valider leur stage, compte tenu des circonstances. Les résidences universitaires continuent également d’accueillir les étudiants qui n’ont pas pu rejoindre leur domicile familial, ils les accompagnent psychologiquement et les aident notamment via la distribution de chèques alimentaires. Les établissements aussi contactent leurs étudiants et ont mis en place des aides pour leur permettre de rester connectés à travers des prêts d’ordinateurs ou des clés 4G. Nous allons encore amplifier ce soutien.

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Il faut rappeler que ces aides sont accessibles à tous les étudiants qui en font la demande, pas uniquement aux étudiants boursiers. Les CROUS et les établissements travaillent de façon conjointe pour accorder ces aides nécessaires aux étudiants, notamment par des bons d’achat pour les produits de première nécessité.

De notre côté, nous accompagnons les établissements autant que de besoin mais la décision qui a été prise, avec leur accord, c’est de dire que ce sont eux qui sont le plus à même de donner aux étudiants ce dont ils ont le plus besoin.

Nous veillerons à ce que les universités puissent continuer à mener l'accompagnement des étudiants.

Les situations des étudiants sont très différentes en fonction des universités donc je préfère garantir que les établissements et les CROUS puissent répondre aux demandes des étudiants pour ne pas qu’un seul soit laissé de côté.

De plus, chaque fois que les universités arriveront au bout de leurs financements pour aider leurs étudiants, nous veillerons à ce qu’elles puissent continuer à mener cet accompagnement. Dès le départ, on a eu un engagement très fort des CROUS et des établissements, pour contacter les étudiants, on leur a demandé de se manifester, des statistiques sont tenues par les établissements, c’est vraiment très important.

Côté recherche, y a-t-il des éléments tangibles qui émergent ?

La recherche est totalement mobilisée à trois niveaux :
– Le premier élément est la recherche interventionnelle immédiate : à la fois dans le cadre des essais cliniques lancés en France et au regard des essais cliniques mondiaux mais également au niveau des innovations technologiques qui se développent et qui ne sont pas forcément biologiques au sens strict du terme.
– Il y a également un effort important sur la vaccination avec plusieurs équipes qui ont déposé des protocoles, cela s’organise à l’échelle de l’Europe.
– Enfin, des chercheurs travaillent aussi sur l’épidémie, sur l’histoire naturelle du virus, sur l’immunité induite par l’infection…

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Sans oublier l’apport essentiel des sciences humaines et sociales sur la prise en charge sociologique de l’impact du confinement, pendant et après : comment on aide les concitoyens et notre pays à prendre les meilleures décisions pour la santé physique, mentale et économique de notre pays.

Quant au rythme auquel nous avançons : les chercheurs se fondent sur les connaissances déjà acquises sur d’autres virus mais celui-ci est totalement nouveau. Donc nous avançons extrêmement vite parce que les chercheurs sont très mobilisés mais ‘extrêmement vite’ dans la recherche ne correspond pas forcément au temps souhaité par nos concitoyens dans une situation si compliquée. On sait déjà énormément de choses sur ce virus, il faut qu’on en sache encore plus pour prendre les meilleures décisions possibles.


Pauline Bluteau | Publié le

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