Gaëlle Decroix (European project manager au CEA) : «L'European project manager répond à des besoins bien identifiés, mais la profession n’est pas encore clairement reconnue»

Frédérique Letourneux
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Gaëlle Decroix (European project manager au CEA) : «L'European project manager répond à des besoins bien identifiés, mais la profession n’est pas encore clairement reconnue»
Ces dernières années, une nouvelle fonction est apparue dans les universités et les organismes de recherche français, celle d’European project manager. Son rôle : aider les équipes de scientifiques au sein des laboratoires à répondre aux appels d’offres européens, comme le VIIème PCRD, et gérer l’exécution du projet. Un métier aux contours encore flous et qui reste à inventer, comme nous l’explique Gaëlle Decroix, European project manager (EPM) au département Sciences du vivant du CEA et coordinatrice du Club des EPM.

Dans quel contexte le métier d’European project manager est-il apparu ?
Dans le cadre du Ve PCRD (programme-cadre de recherche et de développement 1998-2002), l’Union européenne finançait plutôt des projets de taille moyenne composés d’une dizaine de partenaires. Les projets étaient directement gérés par le responsable du laboratoire. Mais avec le VIe PCRD (2002-2006) et plus encore avec le VIIe (2007-2013), priorité a été donnée aux gros projets intégrés nécessitant un important travail de coordination. Résultat, aujourd'hui, en moyenne, 7 à 10% de la contribution de l'UE sont désormais spécifiquement dédiés au management du projet. Les organismes de recherche et les universités ont donc été contraints progressivement de créer des postes spécifiques pour en assurer le suivi de A à Z. Car, si dans la phase « amont » du projet, il est possible d’avoir recours à un cabinet extérieur, c’est plus difficile de continuer à le faire durant les quatre ans de vie d’un projet.

Comment les organismes de recherche et les universités se sont-ils organisés pour répondre aux exigences de la Commission européenne ?
Dans la plupart des cas, on a vu apparaître des postes dits de « valorisation », de « contractualisation », de « gestion des partenariats »… sans qu’il soit toujours fait directement référence à la dénomination de « European project manager ». Car, si le besoin est bien identifié, la profession n’est pas encore clairement reconnue. Et pourtant, le mouvement est bien en marche. Il existe ainsi maintenant des formations spécifiques, comme le master Projet européen de l’université de Cergy-Pontoise. En fonction des organismes de recherche, on observe des différences notables. Dans le cas de l’INRA ou de l’INSERM, ce travail d’expertise et de management est assuré par des filiales (INRA transfert, et INSERM Transfert ). En revanche, le CNRS et le CEA emploient directement des EPM sous contrat à durée déterminée. Dans les universités, des cellules Europe se constituent également, même si elles restent dans l’ensemble moins structurées.

Avec la contractualisation accrue du financement, la recherche ne risque-t-elle pas d’évoluer ?
Il est vrai qu’aujourd’hui les universités sont en train de vivre un profond bouleversement de mentalité. Cette nouvelle organisation par projets – impulsée par l’ANR [Agence nationale de la recherche]– est fondamentalement différente de l’organisation hiérarchique qui prévalait jusqu’à présent. On peut donc penser que les établissements vont pouvoir pérenniser des cellules autonomes composées de deux ou trois personnes chargées de gérer un portefeuille de projets. Quel que soit le cadre de la contractualisation, les accords de consortium ou les budgets prévisionnels peuvent se décliner. Le caractère européen du projet ne sera alors qu’une spécificité parmi d’autres.

Un Club pour les cellules Europe Créé en septembre 2004 sur l’initiative personnelle de quelques European project managers (CEA, Armines et Pasteur), le Club des EPM est tout à fait informel. Chaque membre s’y exprime en son nom propre et non comme collaborateur de tel ou tel organisme. « L’objectif est d’échanger nos expériences et de capitaliser les bonnes pratiques », explique Gaëlle Decroix, l’un des membres fondateurs. Désormais, la liste de diffusion comprend 70 membres (CEA, INRA, CNRS, Armines, INSERM, GET, universités, École polytechnique, Pasteur, UTC…) et les réunions se tiennent tous les deux mois. Contact : gaelle.decroix@cea.fr.




Frédérique Letourneux | Publié le

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