Guy Cathelineau (université Rennes 1) : "La fusion peut être un outil mais pas une baguette magique"

Propos recueillis par Camille Stromboni
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Guy Cathelineau - Université Rennes 1
Guy Cathelineau - Université Rennes 1
Où en est la Bretagne ? Guy Cathelineau, président de l'université Rennes 1, ancien président du PRES breton, fait le point sur la situation post-IDEX d'une région oubliée du Grand emprunt. Avec un projet en tête : la structuration du site rennais.

La création de l'ENS Bretagne constitue-t-elle une "première mesure de réequilibrage" pour la Bretagne - délaissée par les dispositifs tels l'Opé Campus ou les Investissements d'avenir - comme l'a affirmé la ministre Geneviève Fioraso ?

Le projet d'ENS est depuis très longtemps dans les tiroirs et c'est tout à fait légitime qu'il aboutisse, nous en sommes très heureux. Il s'agit surtout d'un symbole fort, une forme de reconnaissance de l'enseignement supérieur et de la recherche de l'Ouest. Ce plein exercice de l'ENS va aussi nous permettre d'aller plus loin dans nos actions partagées.


Vous travaillez actuellement sur la structuration du site rennais …

Comme je m'y suis engagé dans mon projet pour Rennes 1, nous voulons nous structurer pour faire de Rennes un site fort, de standard international. Nous sommes deux universités et 17 écoles à avoir engagé la réflexion, qui est dans sa première phase : un diagnostic des forces et des faiblesses, et une définition des objectifs commun. Un cabinet nous aide à penser cette structuration. A l'issue de cette démarche, probablement d'ici l'été 2013, il s'agira de fixer les actions communes et les outils pour y parvenir.


La fusion entre les universités Rennes 1 et Rennes 2 est-elle toujours d'actualité ?

La fusion pourra être un outil de notre structuration à venir, mais pas forcément. Ce n'est pas une baguette magique. Nous verrons ce qui nous permettra d'être le plus efficace ensemble. La loi nous donnera peut-être d'ici là de nouveaux outils pour y parvenir. Tous les établissements n'iront pas forcément non plus à la même vitesse, ou dans les mêmes degrés d'intégration.


Cette volonté de structuration s'inscrit dans une période de contraintes budgétaires…

Le climat est en effet tendu, avec de fortes inquiétudes à ce sujet. Et nos enseignants-chercheurs et personnels administratifs sont d'abord préoccupés par la question des moyens dont ils ont besoin pour assurer nos missions. Rennes 1 fait partie des universités qui ont eu deux déficits consécutifs, mais l'équilibre devrait être assuré pour l'exercice 2012. Nous avons par ailleurs déjà mis en place les mesures d'économies nécessaires.

Notre structuration ne peut se limiter à une volonté des présidents et directeurs : l'adhésion des personnels est indispensable

Mais cela incite d'autant plus à travailler ensemble. J'ai l'impression que c'est aussi une question de maturité : le sentiment des membres de la communauté est de plus en plus qu'il faut se rapprocher, ce qui n'était pas forcément le cas il y a quatre-cinq ans.


Cette réflexion sur les rapprochements n'a-t-elle pas déjà eu lieu avec le projet d'IDEX ?

Les IDEX nous ont certes éclairés, mais pas sur tous les champs de compétences. Il s'agissait principalement d'avancer sur le terrain de la recherche, surtout sur les sciences dures. Désormais, nous préparons une approche globale, sans laisser personne sur le bord de la route.

Il est surtout important d'avancer avec nos bases, ce qui prend du temps. Notre structuration ne peut se limiter à une volonté des présidents et directeurs : l'adhésion des personnels est indispensable. Il ne faut donc pas se précipiter, et permettre à tous de s'approprier la question.


Ce choix de se concentrer sur l'échelle rennaise est-il une conséquence de l'échec de l'IDEX, qui se situait à l'échelle bretonne ?

Nos 19 établissements rennais, c'est 52.000 étudiants et 4.000 enseignants-chercheurs. Soit une masse critique pertinente, avec des filières d'excellence. Mais surtout la structuration du site rennais n'est absolument pas antinomique avec le réseau, au contraire.

En Bretagne nous avons une très forte culture du travail en réseau, et le PRES a tout son rôle à jouer là-dessus. Mais il faut aussi des sites structurés. Notre chance, c'est qu'on peut faire les deux !


Que reste-t-il du projet d'IDEX, qui unissait l'UEB (université européenne de Bretagne) et l'UNAM (université Nantes Angers Le Mans) ?

Il reste d'abord des liens créés entre les équipes. Et nous espérons bien les cultiver, par exemple avec Nantes. Le travail collaboratif dans certains secteurs comme la chimie se poursuit. Egalement des labex, IRT et SATT. Mais évidemment, nous ne sommes plus sur la même dynamique, il faut continuer à avancer autrement.

Une nouvelle ENS de plein exercice à Rennes

Geneviève Fioraso a annoncé, le 12 octobre 2012, la transformation de l'antenne rennaise de l'ENS Cachan en une ENS de Bretagne de plein exercice, adossée aux universités Rennes 1 et Rennes 2.

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