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Henri Lachmann (ex-patron de Schneider Electric) met l’apprentissage en "Prime Time"

Propos recueillis par Marie-Madeleine Sève
Publié le
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Henri Lachmann.
Henri Lachmann.
Atteindre 500 000 apprentis en 2009 et doubler leur effectif dans les établissements du supérieur (hors BTS) tel est l’objectif de l’Etat. Pour Educpros, Henri Lachmann, ex-patron de Schneider Electric et chargé de promouvoir l’alternance, analyse les freins au succès d’une cause qu’il estime d’urgence nationale.  

L’alternance est-elle adaptée au supérieur ?

Bien sûr. Ce mode de formation qui allie du  concret et de la théorie est valable à tous les  niveaux. Il n’y a qu’en France où l’on parle en  termes de diplôme et non pas en termes de  métier. On sacralise le « bac+ ». J’aime à rappeler que la médecine a un système d’internat  et d’externat. Cela ne s’appelle pas apprentissage, mais c’est la même chose. Les gestes s’apprennent dans les hôpitaux, pas dans les  amphis ! Dans un cursus universitaire, l’alternance est préférable à un stage. J’ajoute, et je ne sais pas si c’est positivement discriminant, qu’elle est souvent bien adaptée aux jeunes  issus de la diversité. Et il me semblerait bon de  créer des CFA dans des quartiers, car les jeunes  préfèrent souvent y rester ! 

Vous réclamez que « l’argent de l’apprentissage  aille exclusivement à l’apprentissage ». Une  mesure qui choque les écoles qui en bénéficient ! 

Aujourd’hui, un tiers des sommes ne vont pas  directement à l’apprentissage. La collecte est  opaque. Tout le monde en profite. Les universités qui adoptent la formule le font pour de  mauvaises raisons financières. Cela complique  et freine le système. Les grandes écoles, telles  que HEC ou encore l’ESSEC, n’ont qu’à négocier avec leur tutelle, en l’occurrence les CCI,  pour obtenir une compensation. Je me félicite  que la part de la taxe affectée à l’apprentissage  ait augmenté. Mais il faut aller plus loin. Les  entreprises de plus de 250 salariés sont déjà  tenues par la loi de porter à 2 % en 2007 et  3%  en 2008 le nombre d’apprentis dans leurs effectifs. Celles qui ne le feront pas paieront une  surtaxe. Cette dernière doit soutenir les CFA.   

Comment inciter davantage d’entreprises à se convertir à l’alternance ?

Je leur répète qu’il ne s’agit pas de préembauche,  mais de formation. Chez Schneider Electric,  nous avons 800 apprentis. Nous en gardons de  10 à 15 %, et on aide les autres à trouver un job.  Il faut des exemples : trente-quatre entreprises  du CAC 40 ont signé la charte de l’apprentissage les obligeant à en accueillir davantage. L’alternance y a crû de 36 % en un an, soit 10 000  apprentis supplémentaires. C’est plus que je  ne l’espérais. Elles sont des locomotives de par  leur capacité d’attractivité, de formation et d’accompagnement. Le problème des entreprises est  de dégager du temps aux tuteurs qui suivent  l’apprenti. Certaines estiment que ce n’est pas  leur rôle de former les jeunes, mais celui de  l’Éducation nationale. Je leur explique qu’une  société moderne doit offrir une voie alternative de formation. Quant aux élèves, du collège  ou du supérieur, il faut leur dire que cette voie  n’est pas un ascenseur, mais un escalier : on la  suit pour deux ou trois ans, le temps du contrat,  et on peut revenir dans un cursus classique.  Dans un continuum, du CAP à l’ingénieur.  

Avez-vous le sentiment d’une réelle avancée ?

Oui, les esprits bougent. Et pour les ébranler  davantage, je propose de faire une émission  de télévision en prime time dédiée à l’apprentissage, qui interpellerait les entreprises, les  acteurs du système éducatif et le grand public  dont les familles. Elle pourrait inclure des « promesses de formation ». Les entrepreneurs proposeraient en direct des contrats d’apprentissage aux  jeunes, qu’ils confirmeraient par la suite.  


Propos recueillis par Marie-Madeleine Sève | Publié le

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