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Hervé Crès (candidat à la direction de Sciences po) : "Je veux être considéré comme un candidat comme les autres"

Olivier Monod
Publié le
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Hervé Crès - candidat à la direction de Sciences po Paris
Hervé Crès - candidat à la direction de Sciences po Paris

Hervé Crès est de nouveau candidat à la direction de Sciences po Paris. Directeur de l'école doctorale, ancien administrateur provisoire de l'institut, il a été désigné par les conseils dirigeants de l'école à l'automne 2012 pour succéder à Richard Descoings, mais le ministère de l'Enseignement supérieur a refusé de valider sa nomination. Il pense néanmoins conserver toutes ses chances. Entretien.

Pourquoi vous représentez-vous à la direction de Sciences po ?

Cela fait plus de quatre ans que je travaille à Sciences po. Et cela m’inspire. J’ai une vision de ce que doit être Sciences Po et un projet pour y parvenir. Je pense que mon parcours, mon expérience, mon profil constituent une alternative crédible pour mener cela à bien.

Avec Richard Descoings, en 2009, nous avons lancé une nouvelle phase de développement de Sciences po. Nous sommes au milieu du gué. Cela fait consensus au sein des conseils dirigeants de Sciences po qu’il faut continuer sur cette voie. C'est ce que je propose.

Le ministère de l'Enseignement supérieur a déjà refusé une première fois votre nomination. N'êtes-vous pas inquiet de sa réaction si les conseils dirigeants de l'IEP proposent de nouveau votre nom à l'issue de la procédure ?

La première procédure de succession et la procédure d'audit de la Cour se sont empoisonnées l’une l’autre. Il y a eu une mauvaise interaction.

A l’époque de ma nomination, le ministère a considéré que "les conditions n’étaient pas réunies pour procéder à la nomination d’un directeur". Ce n’était donc pas une question de personne. Jean Gaeremynck, administrateur provisoire, a lui-même indiqué que rien ne s’opposait à une nouvelle candidature de ma part, j’en ai bien pris acte. Il s’agit d’une démarche personnelle et indépendante.

J’avance en toute transparence avec ma motivation et mon projet. Je veux être considéré comme un candidat comme les autres.

Suite à son rapport, la Cour des comptes a demandé des poursuites qui pourraient vous concerner…

J’ai la conviction absolue qu’il n’y a aucune raison d’impliquer ma direction [études et scolarité] dans les irrégularités relevées par la Cour.

Et quand bien même ce serait le cas, il s’agit de procédures mises en place bien avant mon arrivée à Sciences po. Par ailleurs, mon projet contient un certain nombre de propositions de réforme qui sont de nature à faire en sorte que les dysfonctionnements constatés par la Cour des Comptes ne puissent pas se reproduire.

Sciences po Paris - IEP - Cours amphi Boutmy - Octobre 2012 - ©Camille Stromboni

Les relations, compliquées, entre les dirigeants de Sciences po et le ministère vous semblent-elle désormais apaisées ?

J’étais administrateur provisoire et je me suis tenu à distance de cela, dans l’intérêt de Sciences po.

L’intervention du ministère [en novembre 2012] a permis d’ouvrir une période durant laquelle un administrateur provisoire est venu pacifier l’atmosphère. Et je veux saluer le travail remarquable de Jean Gaeremynck, dans cet état d’esprit d’apaisement.

Le climat en interne à l'IEP paraît lui aussi tendu. Une partie des personnels a demandé, à plusieurs reprises, la démission des deux dirigeants de l'institut, Michel Pébereau et Jean-Claude Casanova…

Nous avions pris la mesure de ce climat interne dans un rapport sur la qualité de vie au travail qui date de 2011. Et entre la crise des rémunérations [décembre 2011] et aujourd’hui, il s’est passé plus d’un an très difficile. Il y a eu le drame de la disparition de Richard Descoings, le rapport de la Cour, le processus de succession.

Bien sûr que cela n’a pas été facile, mais l’institution a continué de bien fonctionner. Cela aurait pu être bien pire. Nous avons découvert que le navire pouvait traverser cette tempête sans dévier de sa route. Mieux : jamais Sciences po n’a attiré autant de candidats qu’aujourd’hui ! Je tire mon chapeau aux personnels.

Si on me demandait de courir un marathon pour faire valoir mon projet pour Sciences po, je le ferais.

Vous étiez présenté comme le favori de ces deux dirigeants lors de la première procédure de recrutement. Les avez-vous consultés cette fois-ci ?

Non, absolument pas. Ni cette fois, ni la première fois. Ce n’était un mystère pour personne que j’étais candidat à la succession de Richard Descoings, ce n’était pas un mystère pour Richard Descoings lui-même. Je travaillais très bien avec lui et je restais à ma place, mais il était clair que si un jour le poste s’ouvrait, je serais candidat, pour accomplir le projet.

Vous aviez peu communiqué lors de la première procédure. Vous avez cette fois-ci mis en ligne un blog dévoilant votre projet. Pourquoi ce changement d’attitude ?

J’étais administrateur provisoire lors de la première procédure et j’avais décidé de ne pas faire campagne afin de me concentrer sur cette tâche. On a reproché à la première procédure de manquer de transparence, j’en prends acte. Cette seconde procédure est l’occasion pour moi de parler de mon projet, sur le fond. Je l’ai donc mis en ligne sur un blog et je suis prêt à le défendre publiquement. Si on me demandait de courir un marathon pour faire valoir mon projet pour Sciences po, je le ferais.

Pensez-vous que la sélection des candidats s'opèrera d'abord sur leur projet ou sur leur profil ?

Les deux ! Il faut à la fois un projet solide pour Sciences po et une personnalité capable de conduire ce projet. Mais quand on voit dans les critères de sélection qu'il faut bien connaitre les évolutions récentes de l'IEP, on peut imaginer que le profil recherché n'est pas celui de quelqu’un qui voudra revenir en arrière, ni faire la révolution.

Christine Musselin veut "limiter les effets de réseau" sur la vie de Sciences po
Recalée lors de la première procédure de sélection, Christine Musselin se représente avec un projet "qui tient compte du rapport de la Cour des comptes mais porte la même vision pour l’avenir de Sciences po".

Pour l’instant, la directrice du CSO (centre de sociologie des organisations) n’a pas changé de méthode. "Je n’ai pas fait le tour des membres des conseils pour défendre ma candidature. Le comité s’est fixé des règles qui ont été publiées. Il y a une procédure, il faut la respecter et tenter dès maintenant de limiter les effets de réseau sur la vie de Sciences po", explique la chercheuse, qui juge cette nouvelle procédure "plus claire".

Ceci dit, elle regrette l’absence de communication de l’établissement sur le calendrier, qu’il s’agisse des réunions du comité, des auditions ou de la tenue des conseils d’administration et de direction qui prendront la décision en mars.

- L'interview de Christine Musselin lors de sa première candidature à la direction de Sciences po
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- L'interview de Jean-Michel Blanquer, candidat à la direction de Sciences po, sur lexpress.fr

Olivier Monod | Publié le

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Hervé.

La revendication d'Hervé Crès d'être considéré "comme un candidat comme les autres" est absurde. Pourquoi ? Il a été l'adjoint de Richard Descoings, dont la gestion a été dénoncée par la Cour des Comptes, et a bénéficié de ses largesses, Il a aussi été le candidat soutenu officiellement par J-C Casanova et M. Pébereau, mais que la ministre a refusé de nommer. Il n'a donc rien d'un candidat "comme les autres". On voit mal la ministre (et le Président de la République) se dédire pour le nommer maintenant. Il faut vraiment être un économiste-mathématicien dénué de tout "sens politique" pour ne pas comprendre que sa candidature est indécente et vouée à l'échec.