Anne-Lucie Wack : "En 2017, les candidats doivent s'emparer des questions de l'enseignement supérieur"

Cécile Peltier
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Anne-Lucie Wack : "En 2017, les candidats doivent s'emparer des questions de l'enseignement supérieur"
Anne-Lucie Wack, présidente de la CGE, souhaite fonder les réflexions du colloque du 12 mai 2016 sur les attentes de la société. // ©  Christian Jacquet
Peu entendue par les candidats lors l'élection présidentielle en 2012, la Conférence des grandes écoles espère y parvenir en 2017. À l'occasion du colloque "L'enseignement supérieur, pour qui ? Pour quoi ? Comment ?" organisé ce jeudi 12 mai 2016 à Paris, sa présidente, Anne-Lucie Wack, revient sur les grands défis de l'enseignement supérieur, ainsi que sur son programme de campagne.

La CGE avait formulé des propositions pour l'élection présidentielle de 2012. Qu'est-ce qui a changé depuis ?

En 2012, nos propositions avaient malheureusement été très peu relayées, l'enseignement supérieur et la recherche étant globalement absents des programmes des candidats. Cette fois, l'objectif est qu'ils s'en emparent.

Ce qui a changé depuis 2012, c'est l'accélération des grandes transitions comme le numérique, mais aussi les nouvelles aspirations de la jeunesse, qui en tant que "digital natives", fonctionne en réseaux sociaux, avec une forte appétence pour l'économie sociale et solidaire ou l'engagement environnemental, comme le montre le dernier sondage Ipsos-BCG-CGE...Il faut que les grandes écoles soient en mesure de les accompagner sur ces grandes questions.

Le troisième changement est d'ordre social. La Stranes (Stratégie nationale de l'enseignement supérieur) a fixé des objectifs importants en matière de formation tout au long de la vie ou de diversité sociale. Si l'on veut que 60 % d'une classe d'âge accède à l'enseignement supérieur, il va falloir se retrousser les manches.

Quels messages souhaitez-vous faire passer en 2017, et de quelle manière allez-vous procéder pour vous faire entendre ?

Nous travaillons sur des propositions que nous dévoilerons le 27 septembre. Nous avons ciblé trois questions prioritaires. 

L'ouverture sociale d'abord. On observe une sous-représentation des jeunes issus de milieux modestes dans l'enseignement supérieur, notamment à bac + 5. La Stranes entend diviser par deux cet écart. Nous avons une idée de la manière d'y parvenir en jouant sur l'ensemble de la chaîne éducative.

L'efficience de notre enseignement supérieur passera par une meilleure articulation des acteurs de l'ESR, en bonne intelligence avec les entreprises.

Le deuxième grand chantier est celui de l'efficience de notre système d'enseignement supérieur, qui dépend à la fois de l'agilité des établissements – une condition remplie par les grandes écoles –, mais également de leur diversité. Pour nous cela passera par une meilleure articulation des différents acteurs de l'ESR, en bonne intelligence avec les entreprises.

Enfin, il faut s'attaquer à la question du modèle économique. Nous donnerons des pistes sur la manière de trouver le bon équilibre entre subventions publiques, frais de scolarité et contribution des entreprises.

Quelle va être votre méthode ?

Par rapport à 2012, nous avons décidé d'ouvrir largement la réflexion et nous fonder sur les attentes de la société. C'était l'objectif du sondage publié mi-mars. C'est l'objectif du colloque d'aujourd'hui, mais aussi des discussions que nous menons avec la CDEFI, la CPU, l'Adiut, les professeurs de prépa, les entreprises, les étudiants...

Nous allons aussi faire un effort pour être plus concret et assortir certaines propositions d'un exemple d'expérimentation
, comme le programme d'ouverture sociale sur lequel nous planchons actuellement.

Quelle forme va prendre ce programme ?

L'ouverture sociale est un axe de travail prioritaire de la CGE depuis plusieurs années. Elle a mis en place le GOS (groupe ouverture sociale) en 2005, publié un livre blanc en 2010, et, depuis  2013, le baromètre sur l'ouverture sociale des grandes écoles avec l'association Passeport Avenir. Nos écoles se sont largement engagées dans les Cordées de la réussite (150 écoles mobilisées qui accompagnent plus de 80.000 étudiants et scolaires par an), ainsi que dans les programmes d'entreprise. Ces initiatives ont permis de faire la preuve du concept. Maintenant, il faut changer d'échelle.

Par exemple, le programme "Passeport Avenir puissance 10" que nous sommes en train de bâtir avec l'association éponyme, doit permettre de passer d'un flux annuel de 4.000 jeunes accompagnés par cette association à 40.000 ou 60.000 jeunes d'ici à trois ans, en allant les chercher dès la 3e.

Le programme "Passeport Avenir puissance 10" doit accompagner 40.000 à 60.000 jeunes d'ici à trois ans.

Ce programme est fondé sur l’accompagnement par des tuteurs en entreprises. Nous allons avoir besoin de 4.000 tuteurs par an contre 1.400 aujourd'hui, et de 30 millions d'euros. Une somme raisonnable, au regard l'impact social d'un tel programme...

L'ouverture sociale nécessite un investissement financier et humain, et la mobilisation de toutes les énergies. Pour cela, nous nous rapprochons des ministères, des entreprises ou des fondations, comme Agir contre l'exclusion, ou d'autres acteurs reconnus dans l'ouverture sociale, comme Télémaque ou Frateli.

Comment se portent les relations entre grandes écoles et universités ?

Le clivage entre grandes écoles et universités est dépassé et les collaborations sont nombreuses, qu'il s'agisse de recherche, d'entrepreneuriat, d'international, de vie étudiante. Certains de nos étudiants sont déjà passés par l'université.

Aujourd'hui, l'essentiel du travail se fait au sein des regroupements et dynamiques de site : Comue, Idex et Isite. Au moment de la création des Comue, la CGE s'est interrogée sur ces gros ensembles, coûteux en temps passé à leur construction. Aujourd'hui, on voit que certaines fonctionnent bien et nous pensons que les écoles doivent y avoir une place pleine et entière.

Il semblerait que la collaboration n'aille pas toujours de soi...

L'intégration des grandes écoles est très variable d'un site à l'autre, que ces écoles soient publiques ou privées. À Nice ou à Cergy, on trouve des écoles de management privées très bien associées à la Comue et ailleurs, des écoles publiques plus à l'écart.

Nous essayons d'établir un premier bilan et de voir quelle est la valeur ajoutée de ces regroupements quand les écoles y sont bien intégrées.

La CPU a récemment appelé le ministère à réglementer l'utilisation du terme "Bachelor" qui ferait de l'ombre à la licence. Comment réagissez-vous à cette démarche ? Et du côté écoles de management, où en est-on du travail sur le grade de licence ?

C'est un bon exemple de sujet sur lequel nous devons travailler ensemble dans le cadre des Comue, pour répondre à cette demande importante des entreprises en cadres intermédiaires. Nous l'avons proposé à la CPU, et c'est toujours en discussion.

Nous devons réussir à concevoir une formation assez généraliste pour former des cadres capables d'évoluer, mais aussi suffisamment professionnalisante pour une insertion professionnelle immédiate. Aujourd'hui, le BTS et le DUT ne répondent pas complètement à ce besoin, la licence pro est très spécialisée et la licence généraliste n'est pas conçue pour une insertion professionnelle immédiate...

Concernant le grade de licence dans les écoles de management, la CEFDG (Commission d'évaluation des formations et diplômes de gestion) y travaille toujours. Mais la question est plus générale : pour permettre aux étudiants d'avoir une formation de qualité, des équivalences reconnues internationalement, et de poursuivre leurs études, il est important que cette formation puisse être validée par un système clair d'accréditation, pourquoi pas par une agence indépendante.

Financièrement, comment se portent les grandes écoles ?

Il y a des différences entre  écoles privées et écoles publiques, entre celles qui ont un patrimoine immobilier et celles qui n'en ont pas, etc. Globalement c'est un système sous tension, du fait de l'augmentation des effectifs et des charges et de la baisse des ressources.

Entre 2007 et 2014,dans les filières CPGE-CGE les effectifs ont augmenté de 37%, ce qui traduit une vraie demande des familles. Dans le même temps, les ressources – taxe d'apprentissage, notamment – ont baissé quand les charges, elles, augmentaient. 

Des efforts ont déjà été faits pour rationaliser les dépenses, mais il faut continuer. Le numérique, par exemple, change le modèle économique et peut être utilisé pour l'autoformation sur les prérequis, ou toucher des publics étrangers à distance.

C'est un système sous tension, parce que nous avons besoin de libérer des marges de manœuvre pour investir dans le numérique, nous développer à l'international ou mener des expérimentations pédagogiques...

Un colloque pour faire émerger les "attentes de la société"
"L'enseignement supérieur, pour qui ? Pour quoi ? Comment ?" C'est l'intitulé de la journée d'échanges organisée ce jeudi 12 mai 2016 par la CGE dans les locaux de l'ISC. Les discussions porteront sur la mixité sociale, les conditions de l'efficience du système français et le financement des études et de l'enseignement supérieur en général.

Retrouvez ici le programme complet

Cécile Peltier | Publié le

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GHERARDI jacques.

Des réflexions et une analyse pertinentes, étonnantes, SVP des actes et des résultats,un langage qui ne peut se limiter à la CGE... A suivre, il faut approfondir, réaliser, prouver d'URGENCE