J. Teillard : "En dépit de la crise sanitaire, les formations et les candidats ont répondu présent sur Parcoursup"

Pauline Bluteau
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J. Teillard : "En dépit de la crise sanitaire, les formations et les candidats ont répondu présent sur Parcoursup"
Malgré la crise sanitaire, la troisième saison de Parcoursup s'est déroulée sans encombre majeur. // ©  Nicolas Tavernier/REA
La crise sanitaire n’aura pas eu raison de l’organisation de Parcoursup. La plateforme a su maintenir son calendrier coûte que coûte et les résultats semblent plutôt satisfaisants. Pour Jérôme Teillard, responsable de Parcoursup auprès du MESRI, cette troisième session s’est déroulée sans encombre grâce à un mot d’ordre : anticipation.

Déjà trois ans que Parcoursup a remplacé APB. Chaque année, la plateforme comptabilise toujours plus de formations et de candidats. Est-ce bon signe ?

 // © Photo fournie par le témoin

Ce que l’on constate surtout, c’est que nous achevons le cycle engagé par la loi ORE qui visait à offrir une meilleure visibilité des formations du supérieur sur une seule plateforme. C’est le cas en 2020. De nouvelles formations sont disponibles, fruits d’autres réformes, je pense notamment à celle de l'accès aux études de santé. Cet élargissement du panel de l’offre de formations se traduit aussi par une augmentation du nombre de candidats, en particulier les lycéens en série professionnelle.

Nous avons aussi remarqué qu’en dépit de la crise sanitaire, la mobilisation des formations, des proviseurs et des professeurs principaux a permis une plus forte confirmation des vœux en 2020. Cela signifie que nous avons su accompagner localement des candidats qui pouvaient être en difficulté. Nous nous sommes adaptés pour permettre à 5.000 candidats supplémentaires de confirmer leurs vœux après la fin de la phase d’inscription, entre le 2 et 7 avril. On ne voulait pénaliser personne, notamment les candidats d’Outre-mer ou ceux en situation de handicap. Finalement, aucun candidat ne s’est trouvé empêché de confirmer ses aspirations.

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Le fonctionnement purement technique de Parcoursup semble désormais au point, y a-t-il d’autres axes d’amélioration à prévoir ?

Tous les systèmes doivent s’améliorer en permanence. Nous restons donc à l’écoute des usagers, que ce soient les candidats, les professeurs ou les parents d’élève. Chaque année, de nouveaux processus ont besoin d’être clarifiés et cela est dû notamment aux nouvelles formations qui arrivent sur la plateforme. C’était le cas cette année avec l’introduction des L.AS et des PASS, ce sera aussi le cas l’année prochaine avec la réforme du bac et le lancement des BUT (bachelor universitaire de technologie). Donc oui, il y a des attentes, en termes de transparence, de compréhension ou de réformes, et c'est pourquoi nous devons améliorer la qualité de notre service en permanence.

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Cette année, les candidats en reprise d’études ont été accompagnés grâce au dispositif Parcours+. À l’inverse, les étudiants en réorientation peinent à trouver des formations, comment l’expliquez-vous ?

Notre souhait est avant tout de répondre du mieux possible à un profil particulier. Nous nous sommes rendu compte de l'attractivité de la plateforme Parcoursup pour des publics en reprise d'études. Ces candidats exprimaient une forte demande pour les formations tout au long de la vie, des formations qui avaient peu de visibilité.

Nous devons améliorer la qualité de notre service en permanence.

Aujourd’hui, Parcours+ a permis de répondre à 43.000 candidats dont deux tiers sont en activité professionnelle ou en demande d'emploi. L'outil est encore perfectible d’autant que le Covid-19 nous a freinés dans le travail avec les partenaires mais il y a des besoins et Parcoursup parvient à attirer un public important. Nous devons aiguiller ces candidats sur des solutions adaptées à leurs besoins, comme l’alternance ou des formations qu’ils n’avaient pas identifiées jusqu’à présent.

Pour les candidats en réorientation, un travail de coopération a également été approfondi entre les académies et les services universitaires d'orientation pour les accompagner tout au long de la procédure. Il faut bien analyser les formations visées par ces candidats. Il s’agit souvent de formations très sélectives. Au contraire, certaines formations préfèrent accueillir un public plus mature, notamment dans le domaine sanitaire et social. Tout dépend du profil de la formation. Il ne faut pas ignorer certains effets d’optique : cette année, beaucoup d’étudiants en PACES se sont inscrits sur Parcoursup pour formuler des vœux de précaution, or, certains d’entre eux valideront leur année.

Finalement, le problème va au-delà de Parcoursup : il faut travailler sur l’orientation et développer des passerelles. Il faut aller encore plus loin pour permettre à ces candidats d’aller jusqu’au bout de leur projet. Pour tous les publics nous avons des marges d’amélioration et c'est pour cela que nous avons chaque année une démarche d'écoute des usagers. Le tout est d’éviter qu’il y ait des inégalités entre les candidats.

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Les parcours "oui si" souffrent toujours d’une mauvaise image auprès des candidats alors qu’en parallèle, ils se multiplient, avez-vous prévu d’y travailler ?

Nous restons convaincus du caractère fondamental de ce dispositif. Les étudiants réussissent mieux leur année et poursuivent leur cursus plus facilement. C’est peut-être le terme "oui si" qui peut induire en erreur. Nous avons créé des tutoriels vidéos afin d’expliquer ce que le dispositif apporte concrètement aux étudiants. On en fera le bilan pour travailler sur cette perception. Ce sera fondamental pour la suite.

Le tout est d’éviter qu’il y ait des inégalités entre les candidats.

D’ailleurs, avec la crise, beaucoup de nouveaux étudiants auront sans doute besoin d’accompagnement à la rentrée. Y compris pour ceux qui n’ont pas obtenu de "oui si". Cela va également s’amplifier avec la réforme du bac, le dispositif sera peut-être une solution. Si le changement d’image ne se fait pas assez vite, on écoutera les professionnels et les candidats pour savoir ce qu’il faut améliorer pour que ce soit un outil au service de la réussite.

Vous aviez également mené une politique en faveur de la mobilité et de l’apprentissage sur Parcoursup, pensez-vous que la crise sanitaire aura des impacts sur les choix des candidats ?

Le 2 avril dernier, nous avions constaté que la demande de mobilité restait forte et c’est une bonne chose. Nous avons en effet une politique volontariste en ce sens, ce qui a permis, entre autres, de créer une sectorisation unique en Île-de-France en 2019. Avec la crise, le plus difficile ce sont les mobilités à l’étranger et celles des étudiants ultramarins. La situation va peut-être conduire certains à rester en Outre-mer compte tenu des conditions sanitaires et économiques. Nous suivons la situation avec les recteurs.

Les formations en apprentissage restent tout autant une priorité : il faut soutenir cette voie de formation, nous souhaitons accueillir plus de candidats et plus de formations sur Parcoursup. L’année a été perturbée avec le Covid-19 mais le travail de tous, avec les académies et le ministère du Travail, est de trouver des solutions pour accompagner ces jeunes et anticiper leurs difficultés.

Dans l'ensemble, même si le calendrier de Parcoursup n’a pas été modifié, la crise sanitaire a tout de même obligé les formations et les candidats à s’adapter…

Cette période intense de concertation et de travail a commencé le 12 mars (date de l'annonce de la fermeture des établissements scolaires et universitaires, NDLR) où on voyait se dessiner les évolutions. Dès le départ, le choix de maintenir le calendrier Parcoursup s’est imposé. Pour les formations, Parcoursup fait partie de la colonne vertébrale de l’année de terminale. Maintenir son calendrier garantissait aussi une rentrée en septembre. Après l’annulation des épreuves écrites et orales des concours post-bac, nous avons tenu à bien informer les candidats individuellement sur le nouveau processus de sélection. Au total, 2.000 formations ont été touchées.

Dès le départ, le choix de maintenir le calendrier Parcoursup s’est imposé.

En revanche, pour une grande partie des candidats, à savoir les lycéens, ce qui change surtout, c’est qu’il n’y a plus d'épreuves écrites du bac. Et donc moins d’appréhension sur la date des résultats. Leur horizon pour la rentrée prochaine s’est rapproché. L’année dernière à la même date, les lycéens étaient en pleine révision pour leur épreuve de philo, cette année, ils pensent davantage à leur avenir. Il faut tenir compte de ce nouveau calendrier car il y a une nouvelle réalité.

Nous avons donc décidé d’avancer l’ouverture de la phase complémentaire au 16 juin pour aider les familles à s’organiser le plus tôt possible. Moins il y a d’attente et mieux c’est. Ces évolutions sont à l’image de ce qu’on fait depuis mars : s’adapter à une année qui ne ressemble à aucune autre, tout en maintenant l’essentiel du calendrier. On continuera de s’adapter dès lors que cela sera nécessaire.

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