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Jacques Ginestié (Espé) : "Imaginer que toutes les Espé de France vont avoir le même fonctionnement est totalement illusoire"

Isabelle Dautresme
Publié le
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L'Espé d'Aix-Marseille © AMU
L'Espé d'Aix-Marseille © AMU

Mises en place dans l’urgence, les Espé (Ecoles supérieures du professorat et de l’éducation) présentent, depuis le début du mois d’avril 2014, leurs premiers candidats aux nouveaux concours de recrutement des enseignants. L’occasion pour Jacques Ginestié, président du réseau national des Espé et directeur de celle d’Aix-Marseille, de dresser un premier bilan.

Jacques Ginestié- président du réseau national des Espé // DRDepuis février 2014, les Espé sont organisées en réseau. Pourquoi avoir choisir ce mode de regroupement plutôt qu'une conférence, comme il en existait une des IUFM (instituts universitaires de formation des maîtres) ?

La mise en place des Espé est extrêmement complexe et fait appel à des compétences très larges. Pour cela, nous avons besoin d'associer l'ensemble des équipes de direction de ces écoles, et pas seulement leurs directeurs, comme le suppose une conférence. En effet, nous souhaitons mutualiser les expériences et bonnes pratiques à tous les niveaux de responsabilité. Le réseau a également vocation à être un espace de réflexion.

Pour remplir ces différentes missions, nous avons mis en place trois commissions permanentes : la première a en charge la recherche et l'innovation, la seconde la formation, tandis que la troisième s'occupe des ressources et partenariats. Chacune de ces commissions est composée de 10 directeurs d'Espé sur les 30 exisantes, et d'un référent de chacune des écoles non représentées par leur directeur.

Au sein de ces commissions, des groupes de travail seront chargés de réfléchir à des points bien spécifiques tels que l'usage du numérique dans la formation.

Quel bilan tirez-vous des six premiers mois d'existence des Espé ?

Les débuts ont été difficiles. Il nous a fallu élaborer des maquettes de formation dans l'urgence, sans nécessairement avoir toujours bien appréhendé les contraintes de terrain. C'est une chose de rédiger un projet, c'en est une autre de le mettre en œuvre.

Aujourd'hui, la situation des Espé varie fortement d'une académie à l'autre, leur fonctionnement dépendant étroitement de la situation locale. Là où ça coince, c'est dans les académies où il existe plusieurs universités qui peinent à s'entendre. Mais, globalement, on peut dire que le bilan est positif. De son côté, le ministère a clairement joué le jeu de la réforme au niveau des concours de recrutement des enseignants : les premières épreuves d'admissibilité s'avèrent très professionnalisées, ce qui n'était pas le cas auparavant.

Il nous a fallu élaborer des maquettes de formation dans l'urgence, sans nécessairement avoir toujours bien appréhendé les contraintes de terrain

Quelles sont les principales difficultés auxquelles les Espé ont été confrontées ?

Il a fallu tout d'abord gérer l'inquiétude d'étudiants destabilisés par une formation qui n'a plus pour seul objectif la préparation à un concours académique, mais également l'acquisition d'une culture professionnelle. Certains, comme à Aix- Marseille, sont même allés jusqu'à faire grève.

Autre point d'achoppement : faire travailler ensemble des gens issus d'institutions différentes et aux cultures parfois très éloignées. Le défi a été d'autant plus difficile à relever que l'on sort d'une longue période caractérisée par une forte opposition, voire une défiance, entre les tenants d'une formation exclusivement académique et ceux qui sont favorables à une dimension professionnelle.

Il faut donc que les Espé instituent des moments d'échanges qui peuvent prendre la forme de conseils de perfectionnement. Dans ces instances, composées de représentants des équipes pédagogiques, des employeurs (académiques et associatifs), des professionnels et des étudiants, tous les points de vue peuvent s'exprimer et se confronter. Là encore, à chaque école de trouver l'organisation qui lui convient le mieux. A Aix-Marseille, par exemple, nous avons fait le choix de mettre en place des conseils de perfectionnement au plus près des formations (Capes d'histoire, de maths...). Dans d'autres écoles, ces conseils se situent au niveau des mentions (premier degré, second degré...). Tout l'intérêt du réseau des Espé est d'échanger sur ces choix, de voir les aspects positifs et les limites de chacun d'entre eux.

Puisque les Espé sont installées dans les universités, ce sont elles qui en sont le moteur

Qu'attendez-vous du ministère de l'Education nationale, de l'Enseignement supérieur et de la Recherche ?

Certainement pas d'établir un cadre national trop rigide. Puisque les Espé sont installées dans les universités, ce sont elles qui en sont le moteur. Or les logiques universitaires s'accommodent mal des prescriptions nationales. Imaginer que toutes les Espé de France vont avoir le même fonctionnement est totalement illusoire. Charge au ministère d'encourager l'échange et la coordination entre Espé. Il lui revient également de leur fournir les moyens d'élaborer des formations qui tiennent compte des spécificités locales. Ce qui suppose un dialogue permanent entre le national et le local.

Quels défis les Espé devront-elles relever dans les prochains mois ?

Les questions qui restent en suspens concernent d'abord les étudiants. Que vont devenir ceux d'entre eux qui ont obtenu le master MEEF mais ont échoué au concours ? Quelle formation leur proposer et comment les accompagner ?

Une autre interrogation porte sur le modèle financier. Le budget des Espé concerne des partenaires aux logiques différentes et cristallise de nombreuses tensions. Toutes ces questions trouveront une solution. A condition que, pour une fois, on nous laisse du temps pour nous organiser et nous structurer.

Aller plus loin
Consulter les résultats de l'Enquête nationale sur la mise enplace des Espé (Ecoles supérieures du professorat et de l'éducation), menée du du 1er décembre 2013 au 15 janvier 2014 par le bureau de liaison du Réseau des Espé.

Isabelle Dautresme | Publié le

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