Jean-Charles Pomerol, président de l’UNF3S (Université numérique francophone des sciences, de la santé et du sport) : "Le ministère a engagé une réflexion sur les modèles économiques des universités numériques thématiques"

Propos recueillis par Fabienne Guimont
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Jean-Charles Pomerol, président de l’UNF3S (Université numérique francophone des sciences, de la santé et du sport) : "Le ministère a engagé une réflexion sur les modèles économiques des universités numériques thématiques"
Diffusion gratuite des ressources pédagogiques sur Internet, contrôle des connaissances et délivrance de diplômes par les universités numériques thématiques (UNT), basculement de l’enseignement en sciences de la santé et du sport vers le numérique... Alors que vient de s’achever le XI sup>e congrès Internet et pédagogie des sciences de la santé et du sport à Bordeaux, Jean-Charles Pomerol, président de l’UNF3S , revient sur les réflexions en cours.

Président de l’UPMC, vous êtes aussi à la tête de l’UNF3S depuis un an. Comment se positionne cette UNT avec le basculement d’une partie de l’enseignement des sciences médicales vers le numérique ?
Pour l’instant, on est dans un choix de mise à disposition gratuite de contenus. Ce modèle français est battu en brèche par la concurrence américaine avec des prestataires qui attaquent notamment avec des offres payantes proposées pour la préparation du concours aux étudiants de la première année de médecine, et le nombre d’acheteurs augmente. Les cours sont de plus en plus multimodaux avec des images, de la 3D permettant de tourner autour d’un genou par exemple en anatomie, des serious games sur la médecine d’urgence avec un mannequin interactif… Ce sont des dimensions pédagogiques très efficaces, mais est-on capable de faire les investissements nécessaires ? Le serious game présenté au congrès de Bordeaux, par exemple, était en partie financé par une société américaine. Le modèle actuel de notre UNT, subventionnée par le ministère de l’Enseignement supérieur, va peut-être rencontrer des limites. Le ministère a engagé une réflexion avec les UNT sur ces modèles. On se trouve à un tournant car on voit que technologiquement les serious games, les logiciels à retour d’effort sont mûrs, mais il faut savoir quels modèles pédagogiques on met derrière.

Le modèle des UNT doit-il évoluer sur d’autres points ?
Une fois posée la question du modèle économique, il faut s’interroger sur l’enseignement réel dispensé par les UNT. L’Open University en Angleterre ou la TeluQ au Canada proposent des cursus complets avec des exercices et du contrôle des connaissances. En France, seul le CNED fait du contrôle des connaissances, contrairement aux UNT qui ne diplôment pas. Si l’on veut une plus grande visibilité et attirer plus d’utilisateurs, il faut aller vers ce modèle. Cela demande des moyens supplémentaires et le ministère de l’Enseignement supérieur se pose aussi ces questions. Pour l’instant, il subventionne l’UNF3S à hauteur de 700.000 € pour 2011, contre 800.000 € en 2010, et notre budget est également alimenté par une subvention de 2 millions d’euros du ministère des Affaires étrangères.

Quelles orientations donnerez-vous à l’UNF3S pour l’année à venir ?
Nous devons conforter l’intégration des trois disciplines : sciences, odontologie et sport avec des appels d’offres sur des contenus de qualité. Un de nos axes reste l’aide aux pays du Sud avec la diplômation des programmes FSP et la reconstruction de l’offre de formation de médecine à Haïti avec le ministère des Affaires étrangères. Nous allons par ailleurs lancer une enquête sur l’usage par les étudiants des ressources de l’UNF3S. Mon sentiment, c’est que le site est surtout visité par les étudiants de première année quand les ressources sont directement en rapport avec leurs cours.


Propos recueillis par Fabienne Guimont | Publié le