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Jean-François Lhuissier : "Nous souhaitons une orientation plus prescriptive"

Morgane Taquet
Publié le - Mis à jour le
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Jean-François Lhuissier, président de la Courroie
Jean-François Lhuissier, président de la Courroie // ©  Courroie

Statu quo de la sélection par l'échec, impact des restrictions budgétaires sur les formations, difficulté d'application de la loi sur les stages... Jean-François Lhuissier, président de la Courroie, l'association des responsables de l'orientation et de l'insertion professionnelle, fait le point sur ces enjeux après les Journées nationales de l'orientation et de l'insertion professionnelle, organisées à l'université d'Aix-Marseille début juillet 2015.

En tant que professionnels de l'orientation, quel regard portez-vous sur le débat sur la sélection qui agite à nouveau la communauté universitaire ?

Nous ne voulons pas prendre position sur la sélection en tant que telle. Mais nous constatons que le statu quo actuel, à savoir la sélection par l'échec, est extrêmement sélectif. Sans aller jusqu'à demander une sélection formelle, nous souhaitons une orientation plus prescriptive qui aide les étudiants à construire leur projet. Il faudrait pouvoir leur dire clairement qui réussit où, et comment s'y prendre pour aller d'un point à un autre, statistiques à l'appui. Aujourd'hui, nous le faisons plutôt mal car les universités ne vont pas voir les étudiants qu'elles ne savent pas faire réussir. L'ensemble des initiatives que nous mettons en place sont faites pour faire venir les étudiants que nous voulons attirer. 

Quel est l'impact de la réorganisation en Comue [Communauté d'universités et d'établissements] sur les services d'orientation et d'insertion professionnelle ?

Les situations sont extrêmement diverses et dépendent essentiellement de l'aire géographique que recouvre la Comue. Dans nos missions, certaines compétences peuvent être mutualisées comme le partage du réseau ou les relations avec les entreprises. Mais l'accompagnement à l'insertion professionnelle s'inscrit dans la proximité avec les étudiants. Dans une Comue trop étendue, cet accompagnement ne peut pas être mutualisé.

Comment les contraintes budgétaires auxquelles font face les universités touchent-elles vos services ?

Nous sommes touchés comme tous les services universitaires. Typiquement, nous le voyons lors de nos journées : nous étions 400 il y a quatre ans, cette année nous étions plutôt autour de 260, les collègues viennent moins nombreux par service. En période de tension budgétaire, nous voyons certains parcours fermés. Je pense notamment aux parcours spécifiques d'accompagnement des étudiants comme le semestre de réorientation, le semestre décalé ou encore l'année spéciale pour des bacheliers non scientifiques pour intégrer une filière scientifique. C'est dommage, car même s'ils ne concernent que quelques dizaines d'étudiants, ils sont efficaces. Mais, dans cette période, la priorité va aux filières dites principales qui vont concerner plusieurs centaines d'étudiants. Et puis, ces parcours ne préparent pas forcément à poursuivre ses études à l'université mais à rejoindre d'autres filières comme les BTS, donc l'établissement n'y trouve pas forcément son compte.

Comment jugez-vous la mise en place du continuum bac-3 bac+3, prévu par la loi ESR ?

Beaucoup de dispositifs existaient déjà, mais la loi nous donne un cadre. Je pense aux échanges d'enseignants sur une discipline, à la préparation en amont d'une poursuite d'études pour des bacheliers professionnels en DUT, aux événements conjoints autour de l'orientation, etc.

Le débat s'est focalisé sur les conventions avec les CPGE [Classes préparatoires aux grandes écoles], alors que ce n'est pas central. C'est intéressant quand une prépa est dans une ville universitaire, car les préparationnaires vont avoir accès à tous les services universitaires. Mais finalement, nous avons toujours eu des relations avec les CPGE... Si cela ne change pas grand-chose sur le plan pédagogique, ces conventions permettent toutefois de créer un environnement favorable. Par exemple, nous avons plus de facilités à discuter avec des rectorats pour former les profs principaux à l'orientation. Sans compter que nous disposons désormais de correspondants qui jouent le rôle d'interface dans les rectorats, et qui nous permettent d'avoir plus facilement accès aux enseignants.

Quel regard portez-vous sur la loi sur les stages ?

La loi prévoit qu'un tuteur universitaire encadre 16 stagiaires maximum. C'est la principale difficulté, car si ce nombre semble parfaitement dimensionné pour un lycée professionnel, certaines filières universitaires très attractives et peu encadrées se trouvent dans l'impossibilité d'appliquer la loi. C'est particulièrement vrai en STAPS, en psychologie, en gestion ou en droit, où il peut arriver que le nombre de titulaires ne permette pas de placer tous les étudiants d'une même année en stage simultanément, alors que la formation prévoit un stage obligatoire. Rien n'interdit de confier l'encadrement à des vacataires, même spécifiquement recrutés pour cette mission, mais cela aurait pour effet de distinguer l'accompagnement des stages de la vie de l'équipe pédagogique, ce qui n'est certainement pas l'objectif de cette réglementation.


Morgane Taquet | Publié le - Mis à jour le

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Lionel.

Bonjour, juste une petite correction, pour les DUT, il ne s'agit pas des bacs professionnels mais technologiques.