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Jean-Loup Salzmann : "Le voile n’est pas un problème à l’université"

Isabelle Dautresme
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Le Cneser se prononce contre l'interdiction du port du voile à l'université
Le Cneser se prononce contre l'interdiction du port du voile à l'université // ©  Nicolas Tavernier / R.E.A
Dans une interview à Libération, Manuel Valls s’est dit favorable à une législation interdisant le voile à l’université. Pour Jean-Loup Salzmann, président de la Conférence des présidents d'université, les atteintes à la laïcité sont "extraordinairement marginales" dans l'enseignement supérieur.

Jean-Loup SALZMANN - université CPU - Avril2014- ©CSDans une interview à Libération mercredi 12 avril 2016, Manuel Valls estime "qu'il faudrait faire une loi pour interdire le voile à l'université". Qu'en pensez-vous ?

Ces propos de Manuel Valls nous ont beaucoup surpris. Nous pensions que le gouvernement avait définitivement réglé la question du voile. Que le Premier ministre revienne sur le sujet, surtout pour dire qu'il faudrait une loi interdisant le voile, tout en précisant immédiatement après que cela n'est pas possible, est pour le moins étrange.

Les principes de liberté de conscience, inscrite dans la loi de 1905, et de franchise universitaire empêchent l'interdiction du voile ou de tout autre signe religieux visible par les étudiants à l'université. Faut-il encore répéter que les étudiants sont adultes et donc en mesure d'exercer leur libre arbitre ?

La laïcité est-elle bien respectée à l'université ?

Lorsque Manuel Valls dit "'qu'il faut être intraitable sur l'application des règles de la laïcité dans l'enseignement supérieur", il laisse entendre que celles-ci sont régulièrement remises en question. Or, à ma connaissance, sur les 2 millions d'étudiants et les 200.000 agents qui travaillent à l'université, les incidents se comptent sur les doigts des deux mains. Les atteintes à la laïcité sont extraordinairement marginales. Je ne comprends pas pourquoi le Premier minsitre dit qu'il "faut être intraitable". Les règles de la laïcité s'appliquent déjà dans l'enseignement supérieur.

Sur les 2 millions d'étudiants et les 200.000 agents qui travaillent à l'université, les incidents se comptent sur les doigts des deux mains.

De quels moyens dispose l'université pour faire respecter les règles ?

En cas d'atteinte à la laïcité, l'université dispose de nombreux moyens d'action. Cela va de la discussion à la procédure disciplinaire, en passant par le rappel à l'ordre ou à la procédure disciplinaire. Ces instruments permettent de régler la quasi-totalité des problèmes, il n'y a donc nullement besoin de légiférer.

Plutôt que de s'occuper du voile, qui n'est pas un vrai problème, nous ferions mieux de nous attaquer aux réelles difficultés des universités : budget, orientation, recherche, effectifs....


Isabelle Dautresme | Publié le

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marie-pierre.

Je suis étudiante à Montpellier et ça me dérange qu'il y'a est de plus en plus de filles voilés à l'IUT. Je suis catégorisé implicitement de fille non pudique et cela me semble être une régression. De toute manière, les hommes ne comprennent pas cet enjeu. J'ai été agressé plusieurs fois par des maghrébins qui pense parce que tu portes une jupe c'est open bar. Donc le voile est un défi pour savoir dans modèle sociétal on veut vivre...Et l'université est le symptôme d'un problème plus large

quartzite.

« Faut-il encore répéter que les étudiants sont adultes et donc en mesure d'exercer leur libre arbitre ? » demande M. Salzmann. Non surtout pas puisque c’est faux scientifiquement et juridiquement. 1) Il n’y a jamais eu de preuve scientifique de l’imperméabilité des adultes à la pression (propagande, endoctrinement, manipulation, abus de confiance, dol, abus de droit, harcèlement moral, communication non verbale, publicité, …) 2) La loi de 1905 et la jurisprudence de la Cour Européenne des Droits de l’Homme (Requête n° 44774/98) s’appliquent aux adultes évidemment. Pour vous plonger dans l’ambiance des débats à la Chambre des députés en 1905, voici un extrait du 44ème débat à la Chambre des députés, le 27 juin 1905, p. 45 : « M. le rapporteur [Aristide Briand] : […] La rue, la place publique sont à tous. Pourquoi revendiquez-vous le droit, vous catholiques, en régime de séparation, de violer la neutralité confessionnelle en exposant aux regards des citoyens, qui peuvent ne pas partager vos croyances, des objets exaltant votre foi et symbolisant votre religion ? Votre conscience ne peut-elle donc être libre qu’à la condition de pouvoir opprimer celle des autres ? (Très bien très bien ! à gauche.) ». Oui, à cette époque la laïcité était de gauche et répondre à A. Briand « — Qu’est-ce que cela peut leur faire ? » (M. le comte de Lanjuinais), c’était très à droite, royaliste même et radicalement opposé à la laïcité. « Qu’est-ce que cela peut leur faire (ils sont adultes) ?» nous disent MM. Salzmann, Bianco et Cadène. Peut-être est-il temps que la presse vérifie les informations dont elle sature l’espace public. Le contribuable français est malheureusement contraint par la gauche de financer cette propagande.

Americ.

Vous avez mal lu Briand, semble-t-il. Les discussions sur les objets religieux dans le passage que vous évoquez traitaient des décors des édifices sur la voie publique, ainsi que des oeuvres d'art (statuaires, etc.). Vous conviendrez que le sujet est très éloigné des habits portés par l'être humain, disposant de droits et libre de s'habiller comme il l'entend. En revanche, vous n'évoquez pas le passage dans lequel Briand s'esclaffa lorsqu'on proposa d'interdire la soutane dans les lieux publics. Il trouvait cela d'un ridicule achevé.

quartzite.

• Les vêtements religieux font partie des manifestations extérieures des cultes par définition. « — Les Églises sont séparées de l’État… elles n’ont pas le droit d’emprunter la voie publique pour les manifestations de leur culte et d’imposer ainsi aux indifférents, aux adeptes des autres confessions religieuses le spectacle inévitable de leurs rites particuliers. L’article 25 apparaît ainsi comme la consécration du principe de liberté et de neutralité. » (43ème débat, 26 juin 1905, p. 35) • La question du port de la soutane, portée par un curé seul sur la voie publique, a été abordée par ailleurs en raison d’une interpellation du député Charles Chabert. La soutane devient dès la séparation des Églises et de l’État un vêtement comme un autre. La gauche imaginait que les citoyens ridiculiseraient le port de la soutane en la portant comme un vêtement ordinaire même si quelques visionnaires (nous le savons maintenant) doutaient de cette capacité à ôter le caractère religieux des vêtements : « Certains prétendent que laisser libre et facultatif pour tous les citoyens le port de la soutane, équivaudrait à l’interdire aux prêtres, parce que ceux-ci cesseraient bientôt de la porter, si tout le monde avait le droit de s’habiller comme eux. Laissez-moi vous dire que c’est une profonde illusion […]. » (Chabert, 43ème débat, 26 juin 1905, p. 15). • Voici la position d’Aristide Briand - « Votre commission, messieurs, a pensé qu’en régime de séparation la question du costume ecclésiastique ne pouvait pas se poser. Ce costume n’existe plus pour nous avec son caractère officiel, c’est-à-dire en tant qu’uniforme protégé par l’article 259 du code pénal. La soutane devient, dès le lendemain de la séparation, un vêtement comme un autre, accessible à tous les citoyens, prêtres ou non. C’est la seule solution qui nous ait paru conforme au principe même de la séparation, et c’est celle que je prie la Chambre de vouloir bien adopter. (Applaudissements.) » (43ème débat, 26 juin 1905, p. 21). • Les rires et les moqueries viennent du centre et de la droite qui s’opposaient à la loi de 1905. La solution d’Aristide Briand et de sa commission est radicale. La loi de 1905 interdit d’invoquer le caractère religieux d’un couvre-chef pour le garder sur la tête. Alors que s’est-il passé pour que les signes religieux revendiqués et acceptés comme tels se multiplient dans les universités laïques françaises, qu’ils soient portés en groupe de manière durable hors des lieux de culte ? La neutralisation des vêtements religieux ne s’est pas produite et la France a ratifié en 1974 la Convention européenne des droits de l’Homme, bien moins radicale que la loi de 1905 (elle s’adresse aussi à des pays non laïcs), et notamment son article 9. Il faut donc s’intéresser à la jurisprudence de la Cour Européenne des Droits de l’Homme (CEDH) pour savoir sur quoi la France a reculé. La France doit désormais « simplement » écrire noir sur blanc dans les règlements intérieurs des universités que les signes religieux ostentatoires sont interdits pour que les étudiants sachent clairement à quoi s’en tenir. Depuis 20 ans la CEDH considère que les universités laïques peuvent interdire le port du foulard islamique pour protéger la liberté de conscience d’autrui et éviter la pression religieuse. Par exemple : « […] La Commission considère que le statut d'étudiant dans une université laïque implique, par nature, la soumission à certaines règles de conduite établies afin d'assurer le respect des droits et libertés d'autrui. […] La Commission estime, compte tenu des exigences du système de l'université laïque, que le fait de réglementer la tenue vestimentaire [interdiction du foulard islamique] des étudiants ainsi que celui de leur refuser les services de l'administration, tels la délivrance d'un diplôme, aussi longtemps qu'ils ne se conforment pas à ce règlement, ne constitue pas en tant que tel une ingérence dans la liberté de religion et de conscience. La Commission ne relève donc aucune ingérence dans le droit garanti par l'article 9 par. 1 (art. 9-1) de la Convention. » (Requête n° 18783/91, Bulut c. Turquie, 3 mai 1993). • Pour retrouver Aristide Briand : les débats sur la loi de 1905 à la Chambre des députés ont été numérisés par Claude Ovtcharenko et sont gratuitement accessibles sur le site « Les classiques en sciences sociales » de l’Université du Québec à Chicoutimi (https://classiques.uqac.ca/). La jurisprudence de la CEDH est, elle aussi, gratuitement accessible sur HUDOC Cour européenne des droits de l’homme (http://hudoc.echr.coe.int/fre#{"documentcollectionid2":["GRANDCHAMBER","CHAMBER","DECISIONS"]} )

charentais.

je suis assez d'accord avec l'enseignant de Paris 13 qui considère qu'il y aurait plus d'inconvénients à interdire le voile chez les étudiantes, qu'à laisser porter celles qui ont décidé, individuellement, à en porter un.D'ailleurs, le président sortant de P13,Jean-Loup Salzmann a eu à connaître une affaire connexe, dans une de ses composantes, l'IUT de Saint-Denis, dont le Directeur, Samuel Mayol, a été suspendu pour soupçon d'alimenter des accusations de communautarisme.Les deux enseignants incriminés, Rachid Zouhhad et Abdelhamid Belhakdar, se considèrent d'ailleurs comme victime de discrimination: leur avocat s'est exprimé sur Radio Orient, dans une émission consacrée à la laïcité à l'Université et encore audible en replay!

Mérigaud.

Le voile ou le foulard ? J'ai parfois l'impression qu'on confond les 2. A l'université, le foulard ne me pose aucun problème, je n'ai pas le sentiment que les femmes qui le portent soient différentes des autres, la plupart sont par ailleurs habillées comme toutes les autres étudiantes ou tous les autres personnels. J'ai rarement vu d'autres signes distinctifs Par contre, il serait intéressant de faire une enquête pour connaître les raisons qui prévalent au port du foulard à l'université !!!

beasse.

J'ai raté un oral de concours et je pense avoir entre autre eu l'air pas professionnelle en disant que dans mon université parisienne, le voile n'etait pas interdit. j'ai déjà vu des femmes en burka, j'ai ecrit un texte sur la burka justement à cuase des questions que cela pose : le rectorat les a laissé rentrer. Puis les jurys de concours ont l'air etonné ensuite que je dise que les université n'ont pas les même obligations qu'un lycée en matière de laicité. les universite sur le site du rectorat passent-elles bien le message et les consignes à leurs travailleurs? Je me le demande. Le savoir n'est-il pas dejà une lutte contre certain enfermement? Walls, dit quelque chose de clair stp.

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