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Jean-Marc Monteil : "Il faut supprimer la sélection à l’entrée des BTS et DUT"

Camille Stromboni
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Jean-Marc Monteil dirige la mission sur la place du numérique dans l'éducation.
Pour Jean-Marc Monteil, l’université n'est pas particulièrement armée pour former les bacheliers professionnels ; en tous cas, elle l’est naturellement moins que d’autres. // ©  CPU - mars 2015

L’université a une place centrale dans la révolution numérique, Jean-Marc Monteil en est convaincu. Pour l'ancien recteur, en charge d'une mission sur le numérique dans l'Éducation nationale, ce ne sont pas les difficultés budgétaires des facs qui les empêcheront de prendre ce virage. Le professeur en sciences psychologiques et sociales défend en revanche la suppression de toute sélection à l'entrée des autres filières publiques, afin de rééquilibrer la balance.

Les difficultés des universités à accueillir tous les étudiants dans les filières demandées ont fait rejaillir la question de la sélection à l’entrée. Pensez-vous qu’il s’agisse d’une option pertinente, en temps de restrictions budgétaires ?

La question qu’il faut poser, avant toute autre, est simple : pourquoi des bacheliers viennent par défaut sur les bancs de la fac ? Pourquoi est-elle la seule filière que l’on rejoint après avoir été refusé partout ailleurs ? Cela n’est plus possible, l’université ne doit plus être un choix par défaut. Sa mission est de former, à un niveau d’exigence élevé, et pour un certain nombre d'étudiants, à des études longues. Elle est donc, par nature, plutôt destinée aux bacheliers généraux. Quand on s’élève contre l’échec en premier cycle, cela veut seulement dire qu’il demeure encore un enseignement universitaire exigeant !

Celui-ci ne doit pas pour autant être réservé à quelques-uns : je suis contre la sélection en première année à l’université. Il ne faut pas l’interdire aux profils différents qui auraient une très grande motivation, l’université doit en effet pouvoir répondre aux besoins de connaissances et de formation de tous. Mais dans un certain nombre de cas, il convient d’avoir accompli préalablement des parcours préparatoires.

Et surtout, le problème est ailleurs : il est dans les autres filières publiques, qui sont toutes… sélectives ! Si on va au bout de la logique de notre système, il faut supprimer la sélection à l’entrée des autres filières postbac –  BTS et DUT – et repenser les classes prépas.

Une mission menée par Christian Lerminiaux travaille sur la mise en place d’une voie spéciale pour les bacheliers professionnels à l’université. Est-ce également l’une des réponses possibles ?

C’est une idée… mais, dans ce cas-là, il faudra m’expliquer quelle est la mission des BTS et des DUT ! Pourquoi ces derniers n’accueillent-ils pas d’abord tous les bacheliers technologiques et professionnels qui souhaitent rejoindre leurs formations, avant d’accepter les bacheliers généraux ?

L’université ne me semble pas particulièrement armée pour former les bacheliers professionnels ; en tout cas, elle l’est naturellement moins que d’autres, sauf à accepter la mise en place de collèges universitaires et à repenser les STS.

Cela ne règle pas cependant totalement la question de certains cursus surchargés, comme les STAPS (sciences et techniques des activités physiques et sportives) ou la psychologie – dont vous êtes issu – où la demande dépasse très fortement le nombre de places… 

Il n’existe pas de système idéal qui résoudrait tous les problèmes. Cette situation est aussi la conséquence des filtres qui existent ailleurs, comme je l’indiquais précédemment. Rappelons qu’en STAPS, il y a toujours eu de très fortes variations dans les deux sens.

La seule solution, c’est un travail en amont sur l’orientation et le "-3/+3". Il faut donner les clés de l’enseignement supérieur à tous, en les informant sur la réalité des filières. C’est ce qu’on fait aujourd’hui concernant les classes prépas, dès la seconde, car les lycées connaissent ces cursus, il faut le faire aussi pour l’université.

Expliquer aux lycéens, aux familles, aux chefs d’établissement, aux enseignants... Pour que demain, un bachelier qui rejoint "psycho" parce qu’il a adoré Freud soit bien conscient qu’il aura aussi – et parfois surtout – des cours de maths et de physiologie !

L’enseignant n’a pas à être un coach. Il doit être… un enseignant !

Vous êtes en charge d'une mission sur le numérique à l'école. L’université a-t-elle aussi pris le virage du numérique ?

Il y a un véritable intérêt pour le numérique à l’université. Elle est en effet profondément concernée par ce virage. Avec en premier lieu l’utilisation du numérique dans l’enseignement. Mooc, équipements, pédagogie… Il s’agit de réfléchir à comment former les étudiants, mais aussi à quoi : avec la question des formations du futur.

La révolution numérique aura une part destructrice, avec des emplois menacés. Des tensions vont naître de l’automatisation d’un certain nombre de tâches. Comme toute transition technologique, elle déplace les frontières entre les métiers qui peuvent être automatisés et les autres. Il faut donc une profonde réflexion sur la formation initiale et continue pour répondre aux nouveaux besoins.

L’université a aussi un rôle crucial en matière de recherche. Avec le big data, les plates-formes du futur, les enjeux scientifiques et technologiques sont immenses. Sans oublier l’objet de recherche que constitue le numérique en soi, pour toutes les disciplines.

En ouvrant à tous l’accès aux connaissances, le numérique ne remet-il pas aussi en cause l’université, institution incontournable pour délivrer le savoir ?

L’université, c’est avant tout des enseignants-chercheurs et des chercheurs. Et au contraire, elle a plus que jamais sa place dans la profusion d’informations actuelle. Car oui, il est possible de trouver une réponse avec un clic, mais celle-ci n’est pas toujours pertinente ! La transformation de l’information en connaissance est un processus complexe, qui nécessite de trier, de comparer, de hiérarchiser.

Et c’est justement la force de l’université. Les universitaires sont à la fois producteurs du savoir et diffuseurs des connaissances. Ils sont en mesure de délivrer la façon dont on produit la connaissance, et c’est cela qui est crucial, pour développer l’esprit critique. Le savoir n’est pas un produit fini, c’est le résultat d’un processus long et rigoureux. Faire de la science, c’est aussi discuter la façon dont on produit le savoir.

Avec Paris 4, Paris 1 est l'université la plus réputée de France selon le nouveau classement du THE

Cette formation à la recherche est-elle primordiale dès la licence ?

Oui, c’est important dès la première année ! Il ne s’agit pas de former les étudiants à la recherche et à une méthodologie complexe immédiatement, mais d’expliquer simplement comment on fait pour en arriver à produire de la connaissance. C’est en tout cas ce que doit faire un enseignant-chercheur et cela ne nécessite pas d’entrer dans la complexité mais d’éclairer le savoir dispensé par le dévoilement des démarches qui ont conduit à sa production.

L’association organique de l’enseignement et de la recherche est fondamentale et c’est ce qui fait du métier d’enseignant-chercheur un métier merveilleux.

La dimension collective est très importante et l’université demeure le lieu incontournable de la confrontation directe. Le virtuel ne peut être qu’un complément.

À l’heure des Mooc et autres outils pédagogiques en ligne, le rôle de l’enseignant à l’université n’est-il pas voué à évoluer vers celui de coach ?

Cette idée me fait toujours rire. Le coaching est très à la mode. Mais non, l’enseignant n’a pas à être un coach. Il doit être… un enseignant ! Cela réclame des connaissances, un savoir et des méthodes d’enseignement, une compétence pédagogique. Être capable de dire comment un savoir a été obtenu, c’est justement une démarche pédagogique qui peut être entraînante pour les étudiants. Le numérique, là aussi, est très utile, comme une technologie au service de la présentation d’un savoir.

Alors, bien sûr, le cours magistral classique a vocation à évoluer drastiquement. Les enseignements peuvent être en partie dispensés en ligne, chacun peut travailler directement de chez lui ou en réseau. Mais tout ne peut être traité à distance. La dimension collective est très importante et l’université demeure le lieu incontournable de la confrontation directe. Le virtuel ne peut être qu’un complément, certes formidablement nécessaire, mais un complément.

L’université a-t-elle les moyens de réaliser ces bouleversements, alors que les budgets sont de plus en plus serrés ?

Oui, j’en suis convaincu. Bien sûr qu’il n’y a jamais assez de moyens dans les universités, mais il ne s’agit pas de créer un nouvel écosystème scientifique, il existe déjà ! Les équipes sont là, elles sont nombreuses à s’être emparées de ces problématiques.

Il faut sans doute une accélération de l’Histoire, car nous sommes à un moment charnière, avec une compétition internationale très forte.

Le parcours de Jean-Marc Monteil
Jean-Marc Monteil a été nommé par le Premier ministre, Manuel Valls, à la tête d'une mission sur la politique numérique pour l'éducation nationale, en mars 2015. Cet ancien président de l’université Blaise-Pascal (Clermont-Ferrand) et ancien président élu de la CPU (Conférence des présidents d’université), professeur en sciences psychologiques et sociales, a été recteur des académies de Bordeaux et d’Aix-Marseille avant d’occuper la fonction de DGES (directeur général de l’enseignement supérieur, ex-Dgesip).

Il a également été chargé de mission auprès de François Fillon à Matignon, de 2007 à 2010, et chargé de mission dans le cadre du projet du plateau de Saclay.

Lire la biographie EducPros de Jean-Marc Monteil.
Lire aussi
- La tribune de quatre présidents d'université (Jean Chambaz, Christine Clérici, Barthélémy Jobert et Bruno Sire) sur la sélection à l'université (Le Monde - 25/08/2015)
- Notre débat sur la sélection en licence
- Notre débat sur la sélection en master

Camille Stromboni | Publié le

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Pierre.

La sélection à l'entrée des BTS... Pas dans tous les BTS en tous cas, il y a eu tellement d'ouvertures, qu'aujourd'hui on prend tout le monde si on veut garder sa formation. Je parlerai pour ma formation technique. j'ai des gamins qui ne savent pas compter, qui découvrent que multiplier par 1 ne change pas le résultat, qui ne savent pas combien il y a de centimes dans un euro, qui ne savent pas faire 50 + 50 de tête, etc. L'on voudrait donc que ces étudiants, maintenant majoritairement issus de BAC PRO aillent FAC et on nous enverra qui à la place ? Mon niveau de formation aujourd’hui en BTS n'est pas celui d'un BEP il y a 20 ans. C'est même pire. Car un BEP, il y a 20 ans, n’était pas fort en théorie (il savait tout de même compter) mais il avait un savoir-faire manuel de qualité. Aujourd'hui mes BTS ne comprennent rien en théorie, ne savent pas compter, et n'ont aucun savoir pratique... Je parle pour la majorité d'entre eux, il y en a tout de même 4 ou 5 qui survolent largement tout cela. Cette année, à Paris Créteil Versailles. Moyenne en math 5, en Physique 6, en Technologie 7... Et après ajout des contrôle en cours de formation (CCF) et harmonisation 70 % de réussite...

Messerschmidt.

Quelle surprise, j'aurai pu écrire exactement la même chose que vous. Du coup, vous avez fait le travail pour moi. Je suis prof de Sciences Appliquées en BTS Électrotechnique au Lycée Condorcet de Saint-Quentin dans l'Aisne. Je suis passé par un CAP et BEP Électrotechnique(1981), et comme vous, je peux dire que depuis près de 10 ans, aucun de mes élèves n'atteint le niveau de mon BEP (1981) toutes matières confondues. Chez mes élèves, 1/2+1/2= 2/4, 4²=8, U=R*I alors R= U*I........ et j'en passe.Le résultat que l'on obtient après leur avoir dispenser un enseignement de grande qualité serait le même avec des élèves recrutés en fin de cinquième Collège. One retrouve ce niveau dans toutes les matières enseignées, math, sciences, enseignement technique, anglais, français....... Le niveau est le même partout...... une vraie catastrophe...... L'an dernier au conseil de classe, tous les collègues avaient évalué nos BTS en considérant que nous formions des CAP.....Du coup, nous avions presque tous de belles moyennes..... Jusque où va aller l'institution????

François Vatin.

Alphonse Allais proposait de construire les villes à la campagne, car l'air y était plus pur. Dire que l'on veut supprimer la sélection dans les IUT et BTS plutôt que l'introduire à l'université me semble relever d'une logique comparable. Je rappelle que cela fait vingt ans que le nombre de places dans les filières sélectives publiques n'augmente plus. Le résultat en est la croissance exponentielle de l'enseignement supérieur privé. Je rappelle aussi que sélectionner ne veut pas forcément dire "prendre les meilleurs", mais peut seulement signifier : prendre les personnes ayant le niveau minimal requis. Le système d'enseignement supérieur français est extrêmement sélectif en fonctionnant, pour la plupart des formations, sur le principe du concours (ie "prendre les meilleurs"), sauf pour l'université à qui on impose d'accueillir une population dont on sait qu'elle ne pourra y réussir. Je rappelle en effet que 5 % à peine des bacheliers professionnels qui s'inscrivent à l'université y obtiennent une licence, non en trois, mais en quatre ans. Sont-ils tous en demande d'études ? Croient-ils vraiment en leur capacité de réussite ? On peut en douter. Il y a bien d'autres motifs pour s'inscrire à l'université. Il ne s'agit pas de stigmatiser cette jeunesse, mais de demander aux pouvoirs publics d'arrêter d'utiliser l'université pour ce pourquoi elle n'est pas faite : endiguer statistiquement le chômage des jeunes.

LB.

Le problème majeur ce n'est pas les IUT et les STS si jalousement enviés, des filières à preserver car au moins ellles fonctionnent mais la stupidité des 98 % de taux de réusssites au BAC. Eh oui nécessairement beaucoup de ces bacheliers ne sont pas en mesure de suivre les cours et le niveau dans les filières post doc ....mais bon continuons à faire semblant et tapons sur les IUT et les STS que l'on souhaitent malheureusement détruire ....vive le nivellement par le bas pour Mr Monteil

michel billaud.

Pour les IUT, une raison non-dite, c'est que le taux d'élèves qui poursuivent leurs études au dela du DUT est maintenant très élevée. Ce qui donne l'impression aux compteurs de haricots que les IUT ne réalisent plus leur mission de former des techniciens sup. à bac+2, et que le DUT est utilisé par les étudiants comme une alternative plus facile que le passage par la licence, parce que mieux encadrée. Et qui coute plus cher au contribuable. D'où l'idée d'en virer les bacheliers généraux, tout simplement. Au nom de la non sélection, qui présente mieux que les considérations budgétaires. Et en supposant que les bacs. techs. qui y rentrent réussiront forcément, puisque les bacs généraux y arrivent, ce qui parait assez optimiste, vu qu'ils ne partent pas des mêmes bases, mais c'est sans doute un détail qu'on peut régler d'un coup de menton, en fixant des taux de succès, comme au bac ? Ah, il y a quand même un truc. Si les bacs tech. réussissent aussi bien, pourquoi ne poursuivraient-ils pas leurs études, eux aussi ? Mais pour en revenir aux taux de poursuites, il y a un détail : beaucoup se font en Licence Professionnelle qui est très souvent proposée par .... les IUT. Donc ce n'est pas tant que ça une fuite vers "l'université" (dont les IUT font d'ailleurs totalement partie, mais il semble utile de le rappeler) Ce qui serait plus sérieux, c'est de revoir le modèle IUT pour aligner le diplôme de sortie à BAC + 3. Que ça soit une licence technologique en 3 ans, Pas 2 ans de je-sais-pas-quoi (DUT machin ou BTS truc) , suivi par un an de Licence Pro, où on passe la moitié du temps à combler les lacunes de ceux qui sont rentrés en venant d'autres formations que le DUT. En sortie on aurait des professionnels mieux formés, à bac + 3, sans perdre de temps.

LB.

Monsieur Michel Billaud que valent les licences universitaires, pro ou pas ? des diplômes pour des futurs chômeurs ou permettant des poursuites d'études pour former des futurs chômeurs très diplômés à l'Université....alors que les DUT et les BTS sont encore une garantie professionnelle ....

Michel BIllaud.

Monsieur LB, les licences ont des objectifs divers et variés, et on ne juge de leur qualité que par rapport à la réalisation de leurs objectifs. Pour ce qui est des DUT, la "garantie professionnelle" est indéniable, mais elle ne s'applique qu'aux DUT qui cherchent du travail à l'issue de leur DUT, qui ne sont désormais qu'une faible minorité. Ceux qui poursuivent en Licence Pro, d'une part n'y restent pas longtemps (c'est un an de formation), d'autre part ont de très bons taux 1) de réussite 2) d'insertion professionnelle. Qu'il n'en soit pas de même dans des licences "classiques" dont le but n'est pas l'insertion professionnelle, mais la poursuite en mastere, c'est une autre histoire.

Martha Darmon.

Il serait intéressant, s'il n'y a plus de sélection à l'entrée dans les BTS et les IUT, de voir combien de bacheliers généraux insisteraient pour y entrer. Comment peut-on prôner la suppression de la sélection sans accepter que si des bacheliers des filières générales souhaitent aller en BTS ou à l'IUT ils y ont droit? A voir le nombre de candidatures, le nombre de refusés, et les relances insistantes de la part des bacheliers généraux pour savoir si entre mi-juillet et fin août une place ne se serait pas libérée, il faudrait aussi accepter que ce sont des formations que ces élèves recherchent et que certains de ces bacheliers aussi arrivent sur les bancs de l'université faute de place dans les formations IUT et BTS.

Michel BIllaud.

Je m'étonne quand même que M. Monteil aie besoin qu'on lui explique la vocation des IUT, qui est explicitée dans le décrêt de janvier 1966 : << pourront être admis dans les [IUT] les titulaires d'un baccalauréat de l'enseignement secondaire ou d'un baccalauréat de technicien ainsi que les candidats reçus à un examen d'entrée >> http://www.legifrance.gouv.fr/jopdf/common/jo_pdf.jsp?numJO=0&dateJO=19660109&pageDebut=00274&pageFin=&pageCourante=00274 On est vraiment très loin de "tous les bacs professionnels et technologiques avant les bacheliers généraux".

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