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Frédéric Sawicki : "L'enseignement supérieur n'est pas prioritaire pour ce gouvernement"

Olivier Monod
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Frédéric Sawicki, professeur de sciences politiques à Paris 1 est le porte-parole du collectif Langevin. Il représente "une quinzaine de professionnels de l’enseignement supérieur et de la recherche", proches du PS, mais très opposés à loi proposée par Geneviève Fioraso.

Quel est votre principal mécontentement vis-à-vis du projet de loi sur l'enseignement supérieur et la recherche ?

Le manque de moyens financiers. Les choix budgétaires montrent que l’ESR n'est pas prioritaire pour ce gouvernement. La plupart des universités sont obligées de geler des postes pour boucler leur budget et on leur demande un effort supplémentaire ! La LRU avait sous-estimé le transfert de charges. Les universités n’avaient pas suffisamment de moyens pour assumer toutes leurs nouvelles missions. Et la loi rajoute des responsabilités sans augmenter le budget…

Dans votre tribune, vous critiquez aussi un projet qui met l’ESR "au service du redressement national".

Dans l’article 4, il est dit que les universités contribuent à la croissance, la compétitivité et la politique de l’emploi. Cela n’a pas à figurer dans la loi. C’est potentiellement très dangereux. Il y a là un risque d’orientation des recherches et des formations vers le court terme. Nous voulons préserver l’autonomie scientifique des universités.

Vous êtes contre les rapprochements entre l’université et le monde économique ?

Nous sommes pour l’indépendance des universités vis-à-vis des pouvoirs économiques. En ce sens, le fait que les personnalités extérieures, nommées, puissent voter pour l’élection du président nous semble une erreur. Les questions actuelles sur les conflits d’intérêt entre politique et milieu économique montrent que ce débat n’est pas théorique. La recherche et les formations doivent être indépendantes et protégées des pressions économiques.

Les communautés d’université ne trouvent pas non plus grâce à vos yeux.

Non, on crée un échelon de type "intercommunal" opaque qui sera le principal interlocuteur du ministère mais qui est une nébuleuse. Que devient l’autonomie des universités ? Au moins, les PRES (Pôles de recherche et d'enseignement supérieur) partaient du principe du volontariat. En plus, cela rend la vie quotidienne très compliquée par la multiplication des réunions.


La recherche et les formations doivent être indépendantes et protégées des pressions économiques.


Vers quoi auriez-vous voulu aller ?

D’autres orientations sont possibles. Au lieu de remplacer l’AERES (Agence d'évaluation de la recherche et de l'enseignement supérieur) par une haute autorité, on pourrait s’appuyer sur les structures existantes et élues, comme le comité national du CNRS et le CNU. On peut redistribuer autrement l’argent du grand emprunt attribué de manière contestable. On peut revoir le crédit impôt recherche qui ne profite qu’aux grandes entreprises. Le discours officiel consiste à dire qu’il n’y a pas d’argent mais des choix politiques ont été faits et mériteraient d’être discutés.

Rien dans la loi ne vous satisfait ?

Si, bien sûr. Inciter les STS et IUT à prendre des bacheliers technologiques et professionnels est une bonne chose, mais le gouvernement ne va pas assez loin. Insérer les CPGE aux communautés d’universités c’est une bonne chose, mais cela profite surtout aux étudiants des CPGE. Il s’agit d’un rapprochement à sens unique qui incite à aller en CPGE plutôt qu’à l’université. Enfin, les licences pluridisciplinaires sont satisfaisantes mais elles me semblent très difficiles à mettre en place sur certains sites pour des raisons logistiques.


Olivier Monod | Publié le

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