L'Insa Strasbourg teste le financement de programme par le mécénat

Isabelle Maradan
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Plate-forme de génie mecanique où travaillent des élèves ingénieurs de l'Insa Strasbourg ©I.Maradan
Plate-forme de génie mecanique où travaillent des élèves ingénieurs de l'Insa Strasbourg ©I.Maradan
Financer une formation grâce au mécénat : c'est ce que s'attache à faire l'Insa Strasbourg, avec son programme DeutschINSA, en s’appuyant sur la Fondation de l’université de la capitale alsacienne. Explications avec Philippe Leroy qui dirige le service INSA entreprises depuis 2007, après une carrière dans des PME.

Philippe Leroy, directeur du service service relations entreprises de l'Insa Strasbourg ©I.MaradanUn appel à financement à hauteur de 100.000 euros a été lancé début 2014 pour développer votre programme DeutschINSA, qui vise à former des ingénieurs franco-allemands biculturels. Où en êtes-vous ?

100.000, c’est la campagne à destination des particuliers. Le véritable budget global se monte à 200.000 euros par an sur cinq ans, nécessaires pour financer le programme dans son ensemble. Pour l’instant, nous avons récolté un peu plus de 14.000 euros en 2013, plus de 20.000 euros en 2014, dont une moitié vient des entreprises, une autre, des particuliers. Pour ces derniers, il s’agit surtout d’anciens de l’école. Nous avons une convention avec Arts et Industries, l’association des diplômés qui est très dynamique et en regroupe 8.000.

Côté entreprises, deux ont signé, d'autres ont donné leur accord de principe. Et d’autres encore se sont engagées pour l’an prochain. Aujourd’hui, l’école investit plus que les dons, mais il y a une montée en puissance et le mécénat ne se fait pas en un mois. D’autant que cette culture n’est pas française, mais américaine.

DeutschINSA existait déjà. Pour quelles raisons devez-vous désormais recourir au mécénat ?

Lancé il y a six ans, il a d’abord été financé par un Interreg franco-allemand [programme de financement européen, ndlr] d’une durée de trois ans, puis par les fonds propres de l’école. Il concernait alors 24 élèves par an, qui passaient trois semaines en Allemagne en première et deuxième année.

Nous souhaitons désormais toucher 50 % des diplômés, soit 150 étudiants, avec différents cursus, adaptés au niveau de langue et drainer les meilleurs candidats germanistes vers notre Insa. Cela nécessite des ressources supplémentaires et le mécénat, que nous développons à l'école depuis trois, quatre ans peut nous aider à les obtenir. D'autant que le premier des axes prioritaires définis dans le cadre de notre politique est de former des ingénieurs franco-allemands biculturels.

DeutschINSA prévoit des cours dispensés par des professeurs allemands, des modules d’interculturalité, des stages, des séjours en mobilité en Allemagne… Nous sommes par ailleurs en relation avec une dizaine de Hochschulen et universités de technologie allemandes. Le programme sera développé en fonction des moyens que nous aurons.

Pourquoi avez-vous choisi de vous appuyer sur la Fondation de l’université de Strasbourg ?

Nous avons envisagé un temps le lancement d’une fondation ou d’un fonds de dotation, mais l’Insa Strasbourg n’avait pas les moyens financiers pour lancer une fondation. Même chose pour le fonds de dotation. Entre un chargé de mission, la communication et un consultant, il aurait fallu autour de 100.000 euros pour se lancer.

C’est alors qu’est née l’idée de se rapprocher de la Fondation Unistra. Il a été déterminant de pouvoir nous appuyer sur cette structure existante pour recevoir les fonds et prospecter sur certains axes stratégiques que nous leur déléguons, comme ce projet. Nous avons notamment mis en commun des contacts de financeurs éventuels.

L’avantage, pour un particulier, c’est qu’au moment de l’impôt sur la fortune, Unistra lui fournit son reçu fiscal en moins d’une semaine, alors que nous mettrions plus de trois mois pour le valider par le conseil d'administration.

L’Unistra prend la main sur ce projet pour solliciter les entreprises, mais avec le directeur de la formation DeutschINSA, nous conservons une relation directe avec elles. Par ailleurs, la CCI (Chambre de commerce et d’industrie) joue également un rôle déterminant dans tout cela puisqu'elle finance un équivalent temps plein de chargé d’affaires pour la part du travail de la Fondation Unistra sur notre projet. De même que, si la région Alsace ne finançait pas la moitié de mon service, on ne pourrait pas mener la recherche de mécènes.

L’objectif des filiales d’entreprises allemandes – nombreuses en Alsace  est de recruter nos ingénieurs

Que gagnent les entreprises en devenant mécènes de DeutschINSA ?

Nous créons des événements, comme des conférences métiers, qui permettent aux élèves ingénieurs suivant le programme et aux entreprises de se rencontrer. Celles qui sont intéressées sont plutôt dans l’industrie et il s’agit notamment de filiales d’entreprises allemandes. Car leur objectif – et il y en a beaucoup en Alsace – est de recruter nos ingénieurs.

Les entreprises, elles, gagnent en visibilité en étant affichées en tant que partenaire, voire grand partenaire, selon le montant de leur don.


Isabelle Maradan | Publié le

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