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Lauren Woodman (directrice de Partners in Learning, Microsoft) : "Les enseignants transmettent les compétences du XXIe siècle lorsqu’ils intègrent les nouvelles technologies à leur enseignement"

Propos recueillis par Fabienne Guimont
Publié le
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Lauren Woodman
Lauren Woodman
Le programme de Microsoft « Partners in Learning » (PIL) va s’étendre au supérieur, a annoncé Jim Ptaszynski, directeur de la stratégie sur l’enseignement supérieur de l’éditeur américain au cours d’un voyage de presse, le 10 mars 2011, à Redmond (État de Washington). L’idée est d’impliquer les enseignants et responsables de l’enseignement supérieur et d’étudier les environnements numériques de travail des étudiants et leurs attentes. PIL est engagé depuis 2004 dans des programmes d’accompagnement des écoles primaires et secondaires dans l’intégration des pratiques innovantes. Le budget alloué est de 500 millions de dollars sur dix ans. Quelque 120 écoles sont ainsi accompagnées et 3.000 diffusent ces pratiques dans une cinquantaine de pays. Rencontre avec Lauren Woodman, directrice de « Partners in Learning » à Microsoft.

Vous avez réalisé une étude intitulée « Innovative Teaching and Learning » . Quelle en était la méthodologie ?

L’étude a été effectuée dans quatre pays pilotes : la Finlande, l’Indonésie, la Russie et le Sénégal, choisis pour leurs systèmes d’éducation très différents. Quelque 300 écoles primaires et secondaires ont été concernées par l’enquête, à laquelle des enseignants et des responsables d’établissement ont répondu. Trois questions étaient posées. Est-ce que les enseignants sont en train d’intégrer les TICE et jusqu’à quel niveau (usage des technologies dans les cours, au-delà de la classe, avec un rôle actif de l’élève) ? Est-ce que les élèves apprennent les compétences du XXIe siècle ? Celles-ci comprenaient la communication efficace, l’esprit critique, la résolution de problèmes, la capacité d’avoir une vision globale de leur apprentissage. En se fondant sur cette méthodologie, l’étude va être étendue à quatre autres pays : l’Australie, les États-Unis, la Grande-Bretagne et le Mexique. Elle sera poursuivie dans les quatre États pilotes sur des échantillons plus larges. Nous allons nous appuyer sur les gouvernements ou sur des ONG selon les pays.

Quels sont les résultats mis en lumière par cette étude ?

La plupart des enseignants n’utilisent pas les nouvelles technologies et restent sur des pratiques classiques. Ils se cantonnent à leurs disciplines et n’apprennent pas aux élèves les compétences du XXIe siècle. Les élèves ne les acquièrent donc pas. Nous avons en effet remarqué que si elles ne sont pas enseignées aux enfants, ils ne peuvent les acquérir seuls. Les enseignants n’utilisent pas les nouvelles technologies dans l’enseignement non parce qu’ils ne le veulent pas, mais parce qu’ils ne savent pas le faire ou n’en ont pas l’opportunité. Le seul fait de leur demander s’ils avaient des pratiques innovantes les a incités à se poser la question de savoir s’ils enseignaient ou pas les compétences du XXIe siècle.

Les pratiques sont-elles différentes dans les quatre pays étudiés ?

La proportion d’enseignants qui n’utilisent pas les nouvelles technologies est la même quels que soient les pays. Les différences les plus marquantes concernent la proportion d’enseignants qui a recours aux nouvelles technologies dans la mesure où les infrastructures jouent un rôle important. Les différences sont également sensibles dans les manières d’intégrer des technologies dans l’enseignement selon les pays. En Russie, par exemple, il y a beaucoup d’interactions avec les élèves après la classe. Il est toutefois difficile de tirer des conclusions de cette étude sur ce point, car entrent en jeu des facteurs liés notamment à la démographie, au système d’enseignement et de formation des enseignants.

Quels étaient les objectifs visés en lançant cette étude ?

Nous cherchions à examiner l’impact entre l’utilisation des TICE et l’apprentissage des compétences du XXIe siècle, ce que nous avons démontré avec cette étude. Et que les enseignants, sans vouloir forcément consciemment les transmettre aux enfants, les transmettent lorsqu’ils enseignent avec les nouvelles technologies. Aujourd’hui, la question de l’employabilité constitue un enjeu sociétal pour l’économie, et les entreprises cherchent à recruter des personnes dotées de ces compétences. L’intégration des nouvelles technologies dans l’enseignement développe l’esprit critique des élèves. Avant, quand on apprenait, on développait son esprit critique à partir de quelques sources d’information en apprenant à décider de leur pertinence. Aujourd’hui, avec la multitude des informations mises à disposition, il faut un accompagnement des enseignants pour développer l’esprit critique des élèves dans cet environnement.

Les enseignements innovants développés dans les écoles du programme « Partners in Learning » peuvent-ils être standardisés ?

Ce n’est pas le rôle de Microsoft, mais, au travers de forums sur les enseignants innovants, nous travaillons avec des gouvernements. À terme, nous pouvons imaginer que les programmes développés dans le cadre de PIL pourront être transmis à d’autres établissements. C’est ce qui s’est passé en Australie où des écoles y ayant participé ont fait connaître leurs pratiques à d’autres établissements pour l’accompagnement au changement vers des enseignements innovants. Des collectivités, comme le district de Bellevue dans l’État de Washington [juste à côté du siège de Microsoft], veulent aussi se les approprier pour les diffuser dans leurs écoles. Avant d’intégrer ce genre de programme, il faut impérativement que l’école ait un projet pédagogique, un projet d’administration et les moyens de le faire.

Avez-vous changé votre manière de concevoir l’intégration des nouvelles technologies dans les écoles depuis le démarrage du programme PIL ?

Oui. En 2004, nous pensions que ça allait être très simple. Nous pensions repérer trois, quatre ou douze exemples d’institutions à succès qui serviraient de modèles aux autres. Nous savons aujourd’hui que toutes les écoles sont différentes. Certaines n’ont pas assez d’argent, d'autres pas assez de bons enseignants, des élèves ou des personnels administratifs différents. Les nouvelles technologies peuvent être intégrées pour faire des économies d’échelle, pour servir aux infrastructures, mais c’est différent dans le rapport entre élèves et enseignant. Les nouvelles technologies sont un outil, et il faut savoir comment s’effectue leur apprentissage. L’autre chose qui a changé, pour moi plus personnellement, c’est que je m’aperçois, à travers les exemples d’enseignants partout dans le monde, à quel point l’acte d’enseigner est un art. J’ai le meilleur poste de la compagnie, car j'ai la possibilité d'observer ce processus. Comment Microsoft peut-il faire plus ? Challengez-nous !

Microsoft veut aider les établissements à mesurer l’intégration des compétences du XXIe siècle

En janvier 2011, « Partners in Learning » a mis à disposition des établissements du primaire et du secondaire un instrument de benchmark en ligne pour « mesurer leurs propres pratiques innovantes en matière d’enseignement ». Le site fournit des définitions des compétences du XXIe siècle et des exemples de pratiques innovantes intégrant ces compétences dans l’enseignement. Il doit bientôt proposer une version en français.


Propos recueillis par Fabienne Guimont | Publié le

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