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Laurent Carraro : "Sur les fonds de roulement, le ministère confond vitesse et précipitation"

Propos recueillis par Céline Authemayou
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Laurent Carraro, directeur général d’Arts et Métiers ParisTech et membre de la commission permanente de la Cdefi
Laurent Carraro, directeur général d’Arts et Métiers ParisTech et membre de la commission permanente de la Cdefi // ©  S.Meyer

La question des fonds de roulement continue de susciter le débat au sein de la communauté de l'enseignement supérieur. Laurent Carraro, directeur général d’Arts et Métiers ParisTech et membre de la commission permanente de la Cdefi, est particulièrement sensible au sujet : son école pourrait être la plus impactée par la mesure.

Les mesures annoncées en matière de ponction des fonds de roulement restent particulièrement floues, notamment sur le nombre d'établissements potentiellement concernés...

Je m'interroge vraiment sur la méthode employée par le ministère pour traiter ce dossier. À l'heure actuelle, je n'ai reçu aucune information officielle de sa part. Comme les autres directeurs des écoles d'ingénieurs potentiellement impactées, j'ai été mis au courant de la situation par la Cdefi. Je trouve cette façon de procéder particulièrement maladroite.
Autre point problématique, c'est que l'on confond vitesse et précipitation. Les fonds de roulement sont constitués de données très disparates, qu'il faut prendre le temps de trier et d'analyser pour obtenir des chiffres fiables. Ce qui n'a pas été fait. Pour cela, il aurait fallu qu'on prenne contact avec nous...

Arts et Métiers ParisTech fait partie des établissements qui pourraient être touchés par la mesure. Quelles actions comptez-vous mener pour faire entendre votre voix ?

Je suis en train de travailler sur la structure de notre fonds de roulement pour envoyer des chiffres précis au ministère et l'informer que la ponction envisagée n'est pas supportable. Je le sais, je dirige un établissement à la structure de financement atypique. Les moyens de fonctionnement issus de l'État représentent 53% de mes ressources. Si la mesure est confirmée, ma subvention sera diminuée. Vu l'hypothèse mise aujourd'hui sur la table, mes fonds émanant de l'État passeront sous la barre des 50%. Ce qui pose des questions, pour une école publique. De grands équilibres s'apprêtent à être fortement modifiés.

Au-delà des fonds de roulement, est-ce finalement la question de tout le financement des établissements qui se pose ?

Oui, car ce débat s'inscrit dans un contexte où les règles en matière de taxe d'apprentissage ont changé, où les contrats de plan État-Région ont été décalés et sont en chute libre. Toutes les capacités que peuvent développer les établissements pour se financer sont mises à mal. Si, en même temps, on nous ponctionne, la vie va commencer à être très compliquée ! Le modèle économique du système de l'enseignement supérieur est remis en question, clairement.

Dans ce contexte, que faire ?

Il faut reposer la question des droits d'inscription, du rôle éminent des établissements en matière de formation professionnelle et remettre au cœur du débat la signature de contrats de performance avec l'État. Depuis dix ans, on assiste à une réforme incessante de l'enseignement supérieur. Les choses changent sans arrêt, le personnel perd ses repères, ayant l'impression que le lendemain sera toujours pire que la veille. Dans une situation comme celle-ci, il est urgent de se réunir autour d'une table et de réfléchir à un nouveau modèle économique pour l'enseignement supérieur.

Craignez-vous comme certains de vos confrères que ce dossier déterre la hache de guerre entre écoles et universités ?

Il faut trouver 100 millions d'euros, le chiffre est clair. Aujourd'hui, le ministère dit aux écoles d'ingénieurs : vous allez contribuer à l'effort à hauteur d'un tiers, sans tenir compte de la situation particulière de chacun des acteurs. Il n'y a rien de tel pour remettre de l'huile sur le feu, c'est certain. La question qui doit être posée est la suivante : comment faire en sorte que cette somme soit répartie de façon convenable entre les différents établissements ?


Propos recueillis par Céline Authemayou | Publié le

Vos commentaires (4)

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RUMEAU CH170.

même pratique e t même non méthode que la ponction faite sur les organismes de logements sociaux -bons gestionnaires et donc excédentaires, puis investisseurs...-_ pour payer les dettes des cigales(50% des offices sont déficitaires!!!!). Ici 50% des universités sont en déficits et donc selon l'idéologie ambiante on "mutualise" pour compenser les prétendus "défavorisés" ,en fait les gestionnaires "acrobates". ceci repose aussi la question des facs grandes ouvertes , aux droits minimes et à la gabegie de gestion de certaines relevées par la cours des comptes année après année.Pour Les ARTS c'est casser l'élan de redressement et couper le s investissements tant Humains que matériels nécessaires pour rester dans la course et suivre les besoins nouveaux.Le Combat continue!

Guillermin Ai173.

La situation me rappelle bien tristement celle du "prélèvement exceptionnel de 500M€ sur le "fond de roulement des CCI". Avec une même absence d'analyse des situations très différentes de chaque CCI (disparité des ressources venant de l'état ou ressources propres entre autres...), un même mélange volontaire entre trésorerie et réserve d'investissement pour des projets déjà ciblés, ... Le résultat : un réseau divisé qui n'a pas su défendre une logique d'analyse des situations réelles de chaque entité, et en fin de compte une Loi de Finances qui a bien confirmé le prélèvement des 500M€ avec une répartition sur des critères purement comptables. Devant cette approche purement administrative qui condamnait des projets d'investissement préalablement votés par l'Assemblée Générale de ma CCI, je n'ai pu que démissionner de mes fonctions de Président de CCI du Loiret et de Vice-Président de CCI de le région Centre. Pour notre Ecole, j'espère qu'il n'est pas trop tard et qu'il y a encore reste place pour la discussion..... Bon courage à Toute l'équipe !

Busseuil Cluny 64.

ENA, sciences Po, également concernées ?

Céline Authemayou.

Sont concernées certaines universités et écoles d'ingénieurs publiques externes.

PETIT Gilbert (Cluny 64).

il est clair que ce qu'on nous prépare ce sont des campus à l’américaine avec des droits d'inscriptions exorbitants. Dans ce cas, ce sera fini du recrutement traditionnel des A & M. Bienvenue aux riches !!!