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Laurent Mahieu : "La CTI n'est pas l'inspection générale des écoles d'ingénieurs"

Propos recueillis par Céline Authemayou
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Colloque de la CTI février 2013
Colloque de la CTI février 2013 // ©  Sophie Blitman

Passage de six à cinq années d'habilitation, concertation renforcée avec le HCERES, refonte du référentiel... La CTI (Commission des titres d'ingénieur) remet à plat ses procédures d'évaluation des écoles d'ingénieurs. Explications avec Laurent Mahieu, à la tête de l'instance depuis juillet 2014.

Laurent Mahieu, président de la CTI // DRAnnoncée lors du colloque annuel de la CTI, en février 2014, à Grenoble, la réduction de la durée d'habilitation n'a pas encore été mise en place. Quelle est l'échéance prévue pour ce passage de six à cinq ans ?

Nous devrions préciser un calendrier par académie lors de notre colloque de février prochain. C'est pour la commission un dossier d'actualité important, qui consiste à faire converger notre agenda vers l'agenda quinquennal de contractualisation. La mécanique est complexe : notre cartographie n'est pas la même que celle du HCERES (Haut Conseil de l'évaluation de la recherche et de l'enseignement supérieur) et chaque académie a une situation particulière.

Il est indispensable de répondre à plusieurs problématiques : tout d'abord, il faut satisfaire la demande du ministère de l'Éducation nationale, de l'Enseignement supérieur et de la Recherche et ce, dans un délai raisonnable. Ensuite, nous devons mettre en place des décisions d'accréditations transitoires, qui ne porteront pas préjudice aux écoles. Nous serons sans doute amenés à accorder une ou deux années supplémentaires d'accréditation à certains établissements pour rattraper la vague de contractualisation. Enfin, il faut veiller à ne pas alourdir excessivement le travail de la CTI.

En quoi le nouveau système serait-il plus lourd pour la CTI ?

Aujourd'hui, nous visitons les écoles tous les six ans. Demain, nous les verrons tous les cinq ans. Mécaniquement, cela représente 20% de charge de travail en plus. Or, la commission restera composée de 32 membres. Autre point important, durant la dernière campagne, les écoles ont déposé beaucoup de dossiers : nous avons ainsi visité 60 établissements, soit 50% de plus que prévu par le calendrier périodique. Pour s'ajuster aux évolutions technologiques et aux besoins, les écoles ouvrent de nouvelles spécialités et des filières sous statut apprenti. Il faut pouvoir absorber cette montée en puissance en veillant à toujours fournir un travail de bonne qualité.

Si la charge de travail augmente pour la CTI, elle devrait en revanche diminuer pour les écoles, puisque le but est que CTI et HCERES se fondent sur un même dossier ?

Les cœurs de dossier seront en effet communs à la CTI et au HCERES. Nous avons expérimenté ce mode de fonctionnement cette année avec quelques écoles. Il faut désormais en tirer un bilan : pour que cela fonctionne, il est essentiel que ces cœurs de dossier soient produits et demandés au même moment. Les écoles n'auront ainsi à réaliser la collecte d'informations qu'une seule fois pour les deux organismes.

Pour s'ajuster aux évolutions technologiques et aux besoins, les écoles ouvrent de nouvelles spécialités et des filières sous statut apprenti.

Entre les différents audits – et les questionnaires de la presse pour les palmarès ! -, les écoles sont souvent surchargées de dossiers. Le but est donc clairement d'alléger cette charge ?

Oui et cela se retrouve dans des décisions que nous avons déjà prises, à la suite notamment des recommandations des instances internationales émises lors de notre accréditation. Aujourd'hui, une école qui possède une formation sous statut étudiant et qui souhaite l'ouvrir en formation continue peut le faire sans être auditionnée par la CTI. Une note d'information décrivant le projet suffit. La commission prend acte et se penchera sur le dossier lors de l'audit périodique.

Cela veut dire que vous jugez les écoles responsables pour leur permettre cette "liberté" ?

C'est l'état d'esprit. Même si on constate parfois que certaines écoles oublient de nous contacter... Par le passé, il y a eu des ouvertures de nouveaux sites qui n'avaient jamais été audités. Nous sommes garants de la qualité du système de formation, vis-à-vis des étudiants, des familles et des pouvoirs publics. À un moment donné, il faut que tout le monde joue le jeu. Globalement, c'est le cas, ce qui est plutôt satisfaisant.

Concernant les habilitations, il y a rarement de grosses sanctions émanant de la commission. Est-ce à dire que les écoles sont raisonnables ou que vous êtes "trop gentils" ?

Ce n'est pas forcément à nous de le dire ! Mais je pense que l'organisation mise en place permet d'effectuer un très bon travail d'accompagnement, en amont des audits. Ce qui permet d'arriver à un système particulièrement efficace.Même si la CTI n'est pas l'inspection générale des écoles d'ingénieurs, nous ne pouvons pas être sourds, aveugles et muets [aux questions de handicap et de mixité].

Autre grand dossier qui vous attend et qui attend les écoles : la refonte du référentiel de la CTI, intitulé le R&O pour "Références et orientations". Là aussi, ce travail a été annoncé par votre prédécesseur lors du colloque de février 2014. Où en est-il ?

Le nouveau R&O ne sera pas opérationnel tout de suite mais la réflexion autour de la future architecture du texte a déjà été menée. Le document comportera quatre registres, visant à identifier à la fois ce que la CTI attend d'une formation d'ingénieurs, mais aussi la philosophie de notre processus d'assurance-qualité. Nous intégrerons également deux ou trois aspects supplémentaires, qui viendront compléter les nombreuses délibérations prises par mon prédécesseur Philippe Massé au cours de son mandat. Mais ma préoccupation est de ne pas lancer trop de chantiers en même temps. Par le passé, nous avons inscrit beaucoup de choses dans nos documents sans mettre en place les moyens nécessaires pour nous assurer que les initiatives bougeaient dans ce sens.

Vous mentionnez des aspects supplémentaires qui seront intégrés au référentiel. Quels seront-ils ?

Je pense par exemple à la question du handicap ou encore à celle de la mixité. C'est aujourd'hui un véritable enjeu. Même si la CTI n'est pas l'inspection générale des écoles d'ingénieurs et que tout n'est pas de notre ressort, nous ne pouvons pas être sourds, aveugles et muets sur cette question. Un autre point important sera abordé dans le R&O, il concerne l'innovation. Sur ce sujet-là, l'idée n'est pas d'être prescripteur, ce serait contre-nature. L'objectif est plutôt de stimuler l'action des écoles et de leur donner un signal : c'est un sujet sur lequel nous essaierons d'en savoir plus au cours de nos audits. Il s'agit d'accompagner une dynamique, comme nous avons pu le faire sur la question de l'international par exemple. Notre rôle est de donner quelques points de repère, tout en laissant le champ libre aux écoles.

Où en est la maison des ingénieurs ?

Annoncée il y a déjà plusieurs mois, la maison des ingénieurs peine à se mettre en place. Le projet veut réunir dans un même bâtiment la Cdefi (Conférence des directeurs des écoles françaises d’ingénieurs), la CTI (Commission des titres d’ingénieur), le BNEI (Bureau national des élèves ingénieurs) et le réseau N+i afin d'unir leurs forces et de mieux collaborer.

Si les locaux actuels de la Cdefi, situés dans le 14e arrondissement de Paris, devaient abriter la future "maison", ce n’est plus d’actualité. Le bail a été renouvelé pour dix-huit mois uniquement, et la Cdefi et ses partenaires sont à la recherche d'un nouvel espace. "Cette maison des ingénieurs verra bel et bien le jour, assure Jean-Marie Chesneaux, président intérimaire de la Cdefi. Nous poursuivons notre recherche et privilégions pour le moment Paris intramuros." D’ores et déjà, deux réseaux d’écoles (Insa et Polytech) ont manifesté leur intérêt pour le projet. L'occasion pour eux de bénéficier d'une implantation parisienne. Les partenaires se donnent six mois pour trouver l'endroit idéal.


Propos recueillis par Céline Authemayou | Publié le - Mis à jour le

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