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Marie-Christine Lemardeley : "La ville a un rôle à jouer dans l'enseignement supérieur"

Sylvie Lecherbonnier
Publié le
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Marie-Christine Lemardeley
"Le logement étudiant est LA priorité de la mairie", assure Marie-Christine Lemardeley, adjointe à l'enseignement supérieur et à la recherche de la mairie de Paris. // ©  Ville de Paris

Rédactrice en chef invitée d'EducPros en septembre 2015, Marie-Christine Lemardeley met en avant le rôle de facilitateur que peut avoir une ville pour développer l'enseignement supérieur et la vie étudiante. La collectivité peut agir aussi bien sur l'accueil des réfugiés, le bien-être étudiant que sur la construction de nouveaux espaces dédiés à la pédagogie innovante, selon l'adjointe à la mairie de Paris en charge de l'enseignement supérieur et de la vie étudiante.

"Il existe beaucoup de leviers sur lesquelles les villes peuvent agir"

"La vie étudiante et l'enseignement supérieur ne sont pas de la compétence de la ville normalement. C'est un choix politique délibéré de s'y engager. Un choix qui démontre que les collectivités misent sur la jeunesse, la richesse intellectuelle et la créativité. Et qu'elles ont un rôle à jouer. Il existe beaucoup de leviers sur lesquels les villes peuvent agir.

À Paris, par exemple, et le classement de l'Etudiant-EducPros le montre bien, le logement est notre point faible. Il est devenu LA priorité de la mairie. Nous allons construire 6.000 logements étudiants. Nous travaillons également à répondre encore mieux à la demande d'équipements sportifs des étudiants. La candidature aux Jeux olympiques de 2024 peut nous y aider.

Mais, il n'y a pas que la question des équipements. La ville peut aussi jouer sur l'accueil et l'accompagnement. Nous avons par exemple organisé un forum étudiant sur le parvis de l'Hôtel de Ville à la rentrée 2015. Plus de 8.000 étudiants ont pu y trouver les services de la CAF, du Crous, des universités et des Comue mais aussi toutes les associations étudiantes. Ce soutien à l'engagement associatif est un autre moyen pour la ville de participer à la vie étudiante. Là encore, les associations permettent de rompre l'isolement de certains jeunes et surtout d'en faire des citoyens.

Enfin, nous travaillons à créer des lieux de rencontres. C'est ainsi qu'est né le projet d'espaces de coworking dans le cadre du premier budget participatif de la ville en 2014.

J'ai été surprise de l'engouement des internautes pour cette initiative : près de 15.000 Parisiens ont voté pour ce projet. C'est la preuve que les étudiants sont en demande d'espaces un peu différents."

"Les universités ont toute compétence pour accueillir des étudiants réfugiés"

"Les universités ne vivent pas en vase clos, dans une tour ou sur une montagne isolée, elles font partie de la société et c'est tout à fait normal qu'elles participent à l'accueil des réfugiés. Les établissements d'enseignement supérieur ont toute compétence pour le faire grâce à leur expérience en matière d'accueil des étudiants étrangers.

La ville, en lien avec la préfecture, peut jouer un rôle de facilitateur pour que la bonne université soit appelée au bon moment.

Nous devons identifier les logements disponibles, bien sûr, mais aussi se mettre en ordre de marche pour bien accompagner ces populations : trouver des étudiants qui peuvent servir d'interprètes, pourquoi pas recruter des jeunes en service civique pour accompagner les étudiants réfugiés les premiers jours.

Avec ses sigles et son parcours administratif un peu labyrinthique, l'arrivée à l'université est déjà difficile pour n'importe quel étudiant... alors si en plus il y a un problème de langue... Il faut trouver des relais auprès des étudiants pour qu'ils servent de guide aux étudiants réfugiés."

"Il y a une volonté de décloisonner les espaces pour que chercheurs et étudiants se croisent"

"Le Edlab de l'université de Columbia, comme le Rolex Center de l'EPFL que j'ai eu l'occasion de visiter, sont des bibliothèques du 21e siècle où il y a des livres, bien sûr, mais aussi des espaces de repos, de travail et d'autres dédiés aux pédagogies innovantes. L'architecture influe sur le mode de travail. Il y a dans ces nouveaux lieux une volonté de décloisonner pour que chercheurs et étudiants se croisent.

Le déménagement de mon université Paris 3 Sorbonne-Nouvelle à Nation a été pensé en ce sens. Dès le départ, la vie étudiante a été placée au cœur du projet. Avant, lorsqu'on construisait une université, c'était une boîte avec des salles de classes et des couloirs. Après, on a poussé les murs pour créer des cafétérias, des lieux de rencontre. Maintenant, on pense l'université comme un tout.

Ce qui est intéressant dans le Edlab, c'est qu'il mêle nouvel espace et pédagogie numérique. J'ai arrêté d'enseigner entre 2008 et 2014, lorsque j'étais présidente de Paris 3. À ma reprise des cours à la rentrée 2014, j'ai vu un changement extraordinaire. J'enseigne la littérature américaine.

Moby Dick n'a pas changé depuis l'avènement du numérique mais ce qui a changé, c'est le rapport des étudiants à l'écrit, à l'auteur.
Il faut réussir à faire les liens entre un article que les étudiants ont trouvé sur Internet et un fond de connaissances qu'ils n'ont pas."

Carte blanche : "le bien-être des étudiants, une préoccupation permanente"

"Comme enseignante puis comme présidente, j'ai constaté qu'il y avait beaucoup de souffrance chez les étudiants, notamment chez les étudiants en situation de handicap, mais pas seulement... Une enquête récente a montré que les étudiants renoncent de plus en plus souvent à se soigner.

En mettant l'accent sur cette question, la ville peut coordonner les actions car il existe beaucoup de structures mais les étudiants ne s'en saisissent pas. Améliorer l'accès aux soins passe aussi par une meilleure information.

Le fait que les étudiants ne se soignent pas est un sujet de préoccupation car il peut constituer un facteur d'échec dans les études. Pour rompre l'isolement dans lequel certains peuvent s'enfermer, pour développer leur bien-être, la ville est là pour aider les universités à devenir de véritables lieux de vie."

Consulter la biographie EducPros de Marie-Christine Lemardeley

Sylvie Lecherbonnier | Publié le

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