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Marine Roche : "L'usage du numérique a un très faible impact sur la réussite en licence"

Natacha Lefauconnier
Publié le
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Marine Roche : "L'usage du numérique a un très faible impact sur la réussite en licence"
Les étudiants n’utilisent guère leur ordinateur dans le cadre de leurs études.
Étudiante de 24 ans en sciences de l’éducation à l’université de Nantes, Marine Roche s'est intéressée au lien entre l’utilisation d'outils numériques comme les ordinateurs ou les tablettes et la réussite universitaire. Résultat : bic ou clic ont peu d'influence sur les notes en premier cycle.

Marine Roche sur le campus Tertre, à l'université de Nantes, juillet 2016.Pourquoi avoir choisi l’usage du numérique à l’université comme objet d’étude ?

L’idée m’est venue en constatant qu’à la fac certains de mes amis n’utilisaient plus du tout de feuilles mais seulement leur ordinateur. Je me suis demandé quelle influence cela pouvait avoir sur les résultats. J’ai donc choisi d’étudier, dans le cadre de mon mémoire de master 2 en sciences de l’éducation, les usages numériques des étudiants et la place qu’ils occupent dans les manières d’étudier.

Quelles conclusions en avez-vous tiré sur les usages que font les étudiants des outils numériques ?

Il ressort de l’étude des 625 questionnaires envoyés que les étudiants sont quasiment tous bien équipés en ordinateurs et smartphones avec une connexion à Internet, et que pourtant ils n’utilisent guère le numérique dans le cadre de leurs études : en moyenne moins de 30 minutes par jour.

Près d’un étudiant sur trois (29 %) passe moins de 15 minutes par jour à travailler sur Internet. En revanche, ils sont 58,5 % à travailler plus de 1 heure par jour sans utiliser Internet (et même plus de 3 heures par jour pour 26 % des répondants).

En comparaison, pratiquement la moitié (45,9 %) d’entre eux passent plus de 1 heure par jour à surfer sur Internet ou à regarder des vidéos/la télévision (53,3 %), plus de 30 minutes par jour à envoyer des SMS (50,4  %) ou sur les réseaux sociaux (46,5 %).

À noter que les étudiants en lettres utilisent davantage leur PC en cours que les étudiants en sciences. Mon hypothèse : il est plus difficile d’entrer des formules de maths dans un ordi !

Les étudiants en lettres utilisent davantage leur PC en cours que les étudiants en sciences.

D’après vos recherches, l’usage du numérique a-t-il une influence sur la réussite en licence ?

Pour le savoir, j’ai pris en compte les différentes variables : la manière d’étudier, l’usage du numérique, la scolarité antérieure... Le résultat m’a un peu déçue sur le coup : contrairement à ce que je pensais, l’usage du numérique comme outil de travail a un très faible impact sur les notes en licence. C’est en fait la scolarité antérieure qui explique la réussite en licence, ce qui rejoint les résultats des chercheurs qui ont travaillé sur la réussite universitaire.

En fait, ce qui est intéressant, c'est de savoir comment les étudiants utilisent le numérique dans le cadre de leur études (communication, recherche d'informations...) et de constater qu'il n'a pas une place importante dans les manières d'étudier.

Les résultats montrent aussi que ceux qui ont un fort usage ludique du numérique passent moins de temps à étudier et ont donc de moins bons résultats en licence. Notamment, les étudiants qui envoient des SMS pendant les cours ont moins bien réussi que les autres !

Quel enseignement les universités peuvent-elles en tirer ?

D’après mes recherches, les services numériques développés par les universités, comme les plates-formes en ligne où les enseignants déposent des documents, les étudiants leurs travaux…, n’ont pas d’influence sur la réussite universitaire. Peut-être une piste à explorer pour améliorer les services proposés…

La méthodologie de Marine Roche

Marine Roche a exploité 625 questionnaires remplis par des étudiants en L1, L2 et L3 inscrits dans différentes UFR d’une université publique : en santé, en sciences et techniques ou en lettres, sciences humaines et sociales. Les formulaires avaient été envoyés entre le 6 mars et le 8 avril 2015.

Les sondés devaient répondre à des questions portant sur quatre thèmes : les usages numériques dans la sphère personnelle (SMS, réseaux sociaux...) et dans le cadre des études (prise de notes, services proposés par l'université...) ; les manières d'étudier (temps de travail personnel, assiduité...) ; les résultats aux examens (moyenne du premier semestre) ; les caractéristiques scolaires (moyenne et série du bac), universitaires (niveau et filière d'études) et sociales (genre, âge...).

Pour aller plus loin
Le  mémoire de Marine Roche a obtenu le 3e prix ex aequo du 25e concours de l'Observatoire de la vie étudiante en juin 2016.

Le palmarès du 25e concours de l'Observatoire de la vie étudiante

Natacha Lefauconnier | Publié le

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Emmanuel LE CLAINCHE.

Cette étude conforte les résultats d'autres études précédentes, mais pose-t-elle les questions essentielles ? Est-ce le numérique qui influence les résultats ou plutôt la nature et le contexte des usages que l'on en fait ? En quoi utiliser le numérique pour faire sensiblement ce que l'on a toujours fait sans serait-il de nature à progresser ? Par contre, les questions de fond ne sont-elles pas plutôt dans la recherche de ce que le numérique permet de faire aujourd'hui et qu'il n'était pas possible de faire avant ? Cela pose aussi la question de l'évaluation, doit-elle se limiter à comparer des résultats d'observations de situations classiques avec ou sans utilisation du numérique ou doit-elle intégrer dans la comparaison ce que le numérique permet et qu'il n'était pas possible de faire avant ? Ne doit-elle pas intégrer également les apprentissages liés au numérique entant qu'objet d'apprentissage aujourd'hui dignes d'intérêt pour comprendre et se situer dans la société ? Peut-on envisager cette comparaison sans interroger les modèles pédagogiques de référence et en prenant en compte le fait que des situations difficiles à mettre en œuvre sans le numérique sont aujourd'hui facilitées grâce au numérique ? Autrement dit, replaçons les éléments à leur place, n'est-ce pas plutôt la démarche pédagogique et le contexte retenu qui sont facteurs de progrès plus que l'outil qui permet ces changements de méthodes et d'approches ?

Yves Epelboin.

Merci pour cette intéressante étude sur le comportement des étudiants. En ce qui concerne la réussite et la diminution du taux d'échec, nombreux sont ceux qui se bercent de l'illusion en France, que le numérique serait la solution du problème du L1. Pourtant, cela est connu depuis 2006 environ. Nos collègues américains le disaient à Educause et nous mêmes, à l'UPMC, l'avions constaté dans une section expérimentale de L1. Par contre la conclusion unanime a été que ceux qui réussissaient réussissaient mieux. L'apport du numérique est donc intéressant même s'il n'est pas ce que les décideurs auraient voulu. Aujourd'hui la controverse est autour de l'adaptive learning. Les premiers résultats sont contradictoires. Pour certains cela améliore le taux de réussite, pour d'autres non. Nous l'avons mentionné dans le rapport que la délégation française à Educause 2015 a publié : http://formation.unpidf.fr/fr/mediatheque/media-54