Newsletter

Maurice Renard (UPMC) : "Président d'université par intérim, c'est un peu frustrant"

Propos recueillis par Camille Stromboni
Publié le
Envoyer cet article à un ami
Maurice Renard (UPMC)
Maurice Renard (UPMC)

Elu à l'été 2011 à la présidence de la prestigieuse UPMC (université Pierre et Marie Curie - ex-Paris 6), le professeur de géologie Maurice Renard quittera ses fonctions... dès mars 2012. Un mandat de transition - entre le départ de son successeur, Jean-Charles Pomerol, et l'élection des conseils de l'université - qui intervient en pleine compétition du Grand emprunt pour l'Initiative d'excellence (IDEX).

Est-il difficile de se faire accepter comme président par intérim ?

"Le budget et les RH sont une très bonne formation avant de devenir président : cela permet de connaitre les contraintes de ses ambitions"

Il s’agit en effet d’une situation temporaire : je quitterai mes fonctions en mars 2012, suite au renouvellement des conseils et de la présidence de l’université, et je ne me représenterai pas à cette fonction, étant atteint par la limite d’âge [68 ans].

Cela ne pose aucun problème avec la communauté universitaire, la situation était connue dès le départ. Mais c’est évidemment un peu frustrant, lorsque nous préparons des projets à long terme, dont je ne pourrai suivre la réalisation.

Devenir président, est-ce le prix Nobel d’une carrière universitaire ?

Non. Si j’avais voulu être président, je me serais présenté plus tôt (rires) ! Cela a surtout été un concours de circonstances. Il fallait assurer la fonction entre le départ de Jean-Charles Pomerol et les élections début 2012, j’ai accepté cette mission très intéressante.

Vous étiez vice-président aux ressources humaines . Etes-vous un président « DRH » ?

Cela colore forcément mon action. Le budget et les RH sont d’ailleurs une très bonne formation avant de devenir président : cela permet de connaitre les contraintes de ses ambitions.

Prendre la tête de la « meilleure » université française. C’est une pression supplémentaire ?

Oui, car quand on est premier on ne peut que redescendre (rires). Mais il ne faut pas non plus être dupe des classements, comme celui de Shanghai, dont les critères sont très particuliers. Nous observons surtout les indicateurs qui nous paraissent les plus pertinents, comme le nombre de publications - un chiffre sur lequel nous sommes toujours premier !

Succéder à une personnalité comme Jean-Charles Pomerol , ça fait quoi ?

Nous travaillons ensemble depuis longtemps et je me situe dans la continuité. C’est d’ailleurs ce qui fait la réussite de l’UPMC : une vision commune mise en œuvre depuis plus de 10 ans, sous trois présidents : Jean Le Merle [1996-2001], Gilbert Béréziat [2001-2006], et Jean-Charles Pomerol [2006-2011].

Gilbert Béréziat était vice-président de Jean Le Merle, Jean-Charles Pomerol et moi-même étions vice-présidents sous le mandat de Gilbert Béréziat, et j’étais vice-président sous Jean-Charles Pomerol. C’est véritablement un travail d’équipe.

Avez-vous rencontré des surprises lors de ces deux premiers mois de mandat ?

"Les tensions sociales dans les services sont fortes. Le passage aux RCE a constitué un changement de culture important"

Non. En tant que président, je suis simplement plus sollicité. Les décisions se prennent collectivement chaque semaine, au sein du comité exécutif, où les discussions peuvent être toujours aussi animées !

Nous sommes en plein milieu du processus de sélection des IDEX. Comment gérez-vous ce dossier ?

Nous poursuivons la préparation du projet, que nous rendrons début décembre 2011. Le jury de l’Initiative d’excellence (IDEX 1) ne nous a rien reproché sur le fond , mais a émis des réserves sur notre gouvernance et notre feuille de route [un échéancier à 10 ans]. Nous retravaillons donc sur les étapes de transformation du PRES Sorbonne universités en université globale, à une échéance de quatre ans.

Pensez-vous réussir à faire voter votre premier budget sans encombre ?

Par définition, ce vote n’est jamais simple. Nous sommes dans un budget très contraint, avec peu de marges de manœuvre. Heureusement, le ministère a lâché un peu de lest sur le GVT (Glissement Vieillesse Technicité), même si ce n’est pas tout à fait à la hauteur de nos besoins.

Nous avions la chance d’avoir un fond de roulement important, nous avons été obligé d’en utiliser une partie. Nous sommes en train de terminer les arbitrages. Mais l’UPMC reste relativement épargnée par rapport aux nombreuses universités en grande difficulté budgétaire .

Quel est le projet que vous comptez lancer sous cette courte présidence ?

Tout d’abord, je suis conscient que l’université est un grand paquebot, dont on ne change pas les orientations en quelques semaines. Il y a tout de même une politique qui me tient à cœur : l’amélioration de l’organisation des services. Il faut rendre le travail des personnels des fonctions « support » (NDLR : communication, RH, budget, etc.) plus fluide et efficace.

Depuis quelques temps, les tensions sociales dans les services sont fortes. Le passage aux RCE a constitué un changement de culture important, et l’organisation n’était pas forcément la priorité de l’ancien directeur général des services . Avec l’arrivée de Martine Ramond à ce poste il y a six mois, nous nous attelons à cette tâche.

Aller plus loin

La biographie de Maurice Renard
La biographie de Jean-Charles Pomerol et son interview (mai 2010) : "Il ne faut pas un pilotage dirigiste du ministère"

- Notre article : 2011-2012 : année présidentielle dans les universités , avec un retour sur le cadre de la LRU, à l'origine de ces situations de transition, et un zoom sur d'autres université concernées (par exemple à Evry).
- Le billet de Pierre Dubois : « 2012. L’élection des présidents »


Propos recueillis par Camille Stromboni | Publié le

Vos commentaires (0)

Nouveau commentaire
Annuler
* Informations obligatoires