Michel Lussault : "Il faut donner du sens au groupement université de Lyon"

De notre correspondante à Lyon, Muriel Florin
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Michel Lussault
Michel Lussault // ©  M. Lussault
Michel Lussault a quitté la présidence du PRES de Lyon-Saint Etienne le 14 janvier 2013. Il revient sur les forces et les faiblesses de "l'université de Lyon" et donne sa vision de l'étape à franchir.

Dans quel état d'esprit quittez-vous la présidence du PRES (Pôle de recherche et d'enseignement supérieur) de Lyon ?

Dans un très bon état d'esprit, et même un peu d'émotion. En quatre ans, on a le temps de s'attacher à une fonction. J'estime avoir fait le boulot pour lequel on m'a engagé. Mais je souhaitais partir au moment où on arrive à une fin de cycle. Par ailleurs la direction de l'IFE (Institut français de l'éducation) et d'autres activités à Paris m'occupent beaucoup. J'ai besoin de retrouver du temps pour moi.

Une fin de cycle pour les PRES en général ?

Je partage l'avis de Jean-Yves Le Déaut lorsqu'il compare les PRES à des véhicules temporaires. On les a créés sans trop savoir à quoi on voulait qu'ils servent. Ils ont quand même réussi à mettre en place des politiques de sites. Mais c'est à partir de là qu'ils montrent leurs faiblesses. Il faut passer à une étape suivante, avec des instances plus cohérentes, plus performantes. Une étape où il faut donner du sens au groupement université de Lyon.

Cette politique de site a été compliquée à mettre en place à Lyon...

Certaines choses n'étaient pas envisageables il y a dix ans. Pourtant, on les a réalisées. Nous avons notamment construit un grand projet collectif autour du plan Campus. Nous avons aussi mis en place des projets dans le cadre des initiatives d'excellence. Nous avons montré que nous pouvions faire des choses en commun avec des doctorats, des projets de recherche...

Tout cela a pris du retard...

Tous les plans campus ont pris du retard. Ce n'est pas une particularité lyonnaise. Dans ce domaine comme sur les investissements d'avenir, les conditions de travail et le cadre fixés par le ministère ont rendu les choses compliquées partout. Un véritable imbroglio juridico-administratif dans lequel personne ne pouvait s'y retrouver. On a atteint des sommets de bureaucratie et d'incohérence !

Mais vous admettez aussi des faiblesses. Lesquelles ?

Il faut trouver un autre dispositif pour réellement coordonner l'offre de formation, lui donner du sens. Il faut aussi trouver quelque chose pour donner au premier cycle l'élan qu'il n'a pas. Le PRES ne pouvait pas le faire. C'est un outil d'agrégation, qui a permis de faire discuter les gens ensemble, mais pas un outil de choix et de décision. Le PRES n'est pas capable de prendre une décision et de l'imposer à tous. Il faut inventer une nouvelle structure qui négocie l'offre de formation avec le ministère.

On peut aussi progresser sur des sujets qui gagneraient à être pensés en commun : les conditions de travail des personnels, leur régime indemnitaire, leur formation continue ou encore la vie étudiante... La lisibilité de la formation, bien sûr, mais aussi la conception des activités éducatives. Il peut y avoir une vraie réflexion globale sur la pédagogie dans l'enseignement supérieur.


Les propositions de "collégiums" sont des initiatives intéressantes, qui peuvent contribuer à la recomposition et à l'évolution du site

On a souvent évoqué la taille du site lyonnais et des rivalités pour expliquer les difficultés. L'Ecole centrale, l'ENS, VetAgro Sup et l'IEP viennent, par exemple, de créer un Collège des hautes études, les universités de leur côté travaillent ensemble. Qu'en pensez-vous ?

La plupart des difficultés ne sont pas liées à la complexité du site et à sa taille. En réalité, peu de gens disent qu'il est impossible de travailler ensemble. Il faut simplement renforcer le groupement décisionnaire. Ensuite, mes collègues verront quels sont les thèmes de coopération. Il n'y a pas nécessité de fusion, ni d'être vingt. On peut travailler par petits groupes, c'est aussi une étape. Les propositions de "collégiums" sont des initiatives intéressantes, qui peuvent contribuer à la recomposition et à l'évolution du site.

Il y a aussi la Région qui plaide pour une alliance Rhône-Alpes, incluant Grenoble...

J'y suis favorable mais il faut d'abord être au clair sur ce qu'on veut faire sur chacun des sites métropolitains. On va entrer dans une phase de discussions, de négociations. Lyon-Saint-Etienne a un potentiel extraordinaire. La seule chose qui fragiliserait le site serait que les universités ne s'impliquent pas suffisamment. Elles doivent être motrices car quand les universités bougent, personne ne peut rester immobile.


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