J-G. Bernard : "Mon bilan est le fruit d'une réussite collective"

Dahvia Ouadia
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J-G. Bernard : "Mon bilan est le fruit d'une réussite collective"
L'EM Normandie s'apprête à changer de directeur en début d'année 2020. // ©  EM NORMANDIE
Après plus de 15 ans passés à la tête de l'EM Normandie, Jean-Guy Bernard s'apprête à tirer sa révérence pour laisser la place à son poulain, Elian Pilvin, qui doit prendre la direction de l'école normande le 1er février 2020. L'heure est donc au bilan de son action depuis 2004 mais aussi à l'analyse des évolutions qui ont pu avoir lieu dans l'univers des grandes écoles de commerce.

Vous quittez prochainement votre fonction à la tête de l’EM Normandie que vous occupiez depuis 2004. Quel bilan tirez-vous de vos mandats ?

Jean-Guy Bernard, directeur général de l'EM Normandie et président de la banque commune de concours Passerelle // © Jean-Richard De Vesvrotte/EM Normandie

On n’est jamais complètement satisfait de ce qu’on fait, sinon on arrête d’avancer. L’EM Normandie est le fruit du rapprochement des écoles du Havre et de Caen. Elle a été une des premières fusions réussies avec un modèle encore unique puisqu’elle recrute pour un même programme via trois voies : post-bac ; post-prépa et en AST.

Ce modèle a fait ses preuves aujourd’hui. Par ailleurs, l’EM Normandie a beaucoup progressé jusqu’à obtenir deux grandes accréditations internationales AACSB et Equis ce qui montre l’excellence de l’école.

Enfin c’est une école qui s’est beaucoup développée géographiquement. L’EM Normandie s’est développée sur site en faisant grandir les campus du Caen et prochainement du Havre qui va être livré dans quelques mois. Nous avons aussi ouvert un campus de 4.500 m2 qui ne cesse de se croître à Paris.

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A l’étranger, nous avons ouvert un vrai campus à Oxford où nous prenons des mètres carrés supplémentaires. Nous avons aussi une antenne à Dublin depuis 2017. Tout cela montre la vitalité de l’école et la reconnaissance de ses territoires.

Comment a évolué l’école ?

L’EM Normandie a, depuis son premier grade de master en 2007, multiplié par 5,5 le nombre d’étudiants. Elle est passée d’un budget de 8 M € à plus de 40 M €. Et de 30 professeurs permanents à près de 82.

C’est un beau bilan, une belle évolution alors que ce n’était pas gagné dans un univers concurrentiel. Et c’est aussi le fruit d’une réussite collective, le même président du CA, François Raoul-Duval, est à mes côtés depuis 15 ans.

Quels sont les enjeux à venir pour votre école ?

Nous devons répondre aux injonctions de la pression qui pèse sur l’univers des grandes écoles. Nous devons aussi renforcer les quatre piliers sur lesquels sont assises les grandes écoles, à savoir :

– Le volet académique avec un corps professoral international et des activités de recherche avec des chaires, etc.

– Assurer la dimension réellement internationale de l’école que ce soit concernant la mobilité entrante ou sortante. Nous envoyons près de 1.000 étudiants par an pendant un semestre à l’étranger et nous en accueillons beaucoup sur nos campus. Nous avons aussi des partenaires académiques étrangers de qualité.

-La professionnalisation : c’est ce que les étudiants et les familles viennent chercher. Nous devons anticiper les formations pour les métiers de demain dans un contexte où le numérique a bouleversé beaucoup de métiers. Nous développons également le volet alternance avec 40 apprentis sur 840 contrats d’alternance à l’école.

-Le développement des soft skills à travers la vie associative et des échanges avec nos alumni.

Nous évoluons dans un univers où il y a clairement une course à la taille.

Aussi, l’un des enjeux pour l’EM Normandie c’est d’assurer sa visibilité tout en combinant ces quatre piliers. Nous évoluons dans un univers où il y a clairement une course à la taille avec une prime donnée aux grosses machines. Mais une école comme la nôtre continue d’évoluer et de grossir à son rythme.

Nous devons chercher des débouchés à l’international et développer notre portefeuille de formation que ce soit la formation continue qui fait partie des ressources autres des grandes écoles et participe du lien avec les entreprises, mais aussi le développement d’autres programmes comme les bachelors.

Nous avons un bachelor qui fonctionne très bien et pour lequel nous allons demander le grade licence dès son ouverture.

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L’ouverture sociale est au cœur des enjeux pour les grandes écoles aujourd’hui. Comment l’EM Normandie répond-elle aujourd’hui à cet enjeu ?

Notre modèle payant est un modèle parfaitement justifié. L’école coûte environ 10.000 € pour un PGE. Je pense que les grandes écoles sont capables de répondre aux challenges sociétaux. Aujourd’hui, faire une partie de son cursus en apprentissage est une réponse non démagogique à des étudiants qui ont des difficultés financières.

Cette solution permet par ailleurs aux étudiants d’avoir un emploi et développer leur expérience. A l’EM Normandie, nous avons par ailleurs une cellule dédiée et un fonds de solidarité qui exonère bon nombre d’étudiants qui connaissent des difficultés. Nous avons entre 20 et 22% d’étudiants boursiers qui proviennent notamment de la voie d’admission parallèle.

Il existe aussi des dispositifs très visibles comme les Cordées de la réussite.

En tant qu’établissement Eespig avez-vous une obligation d’intégrer un certain quota d’étudiants boursiers ?

Oui, tout à fait. Tous les établissements labellisés Eespig doivent intégrer un certain quota d’étudiants boursiers. Si nous comptons 30% de candidats boursiers au concours, l’école doit intégrer la même proportion d'étudiants boursiers.

Ce système recherche l’ouverture sociale mais ce n’est pas une mesure d’équité puisque cela signifie que quels que soient les résultats du candidat, certains étudiants boursiers pourront passer avant des candidats non boursiers et cela nous pose problème.

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Le modèle économique des écoles de commerce évolue, avec l’entrée de fonds d’investissement dans le capital de certaines écoles. Comment les différents modèles cohabitent ?

Chaque école peut avoir ses orientations et sa ligne de conduite. Une école labellisée Eespig ou consulaire n’a pas les mêmes objectifs, ni le même fonctionnement qu’une école soutenue par un fonds d'investissement. Ce sont des modèles qui vont forcément diverger de plus en plus.

Une fusion est complexe, elle peut générer des tensions au sein de la structure.

Dans le modèle d'écoles consulaires ou associatives, nous réinjectons l’ensemble de nos entrées financières dans le système et nous ne recherchons pas la rentabilité contrairement aux fonds d'investissement qui injectent de l’argent et vont demander un retour sur investissement.

Dans ce contexte l’intégration d’un fonds au capital de l’emlyon a défrayé la chronique en passant du consulaire au privé mais il n’y a pas de modèle meilleur que l’autre.

Les fonds d'investissement privés, avenir des écoles de commerce ?

Les fusions d’établissement ont aussi marqué ces dernières années. Comment analysez-vous ces mouvements ?

Le choix de fusionner des écoles a souvent été une réponse à une question de taille et une envie de peser plus lourd dans l’univers. Beaucoup d’écoles chassent à l’international et doivent avoir une offre conséquente à proposer.

Cependant la fusion est complexe, elle peut générer des tensions au sein de la structure, des réorganisations fortes qui déstabilisent l’ensemble d'une organisation. Dans l’univers des écoles de commerce, il y a eu des fusions qui sont des exemples de réussite, dont notamment Skema, mais il y a eu des échecs tels que France business school qui a vu la disparition de deux écoles ESC Amiens et l’Escem en tant que grande école de commerce.

Ces dernières années, on assiste à une perte de vitesse d'écoles de petite taille qui ont des difficulté à recruter, d’autant que les écoles de haut de tableau augmennt leur nombre de places. Pensez-vous que des écoles vont disparaître ?

Effectivement, nous voyons que certaines écoles de tête ouvrent leur recrutement. Même HEC Paris a augmenté son nombre de places, même si ça reste modéré. C’est un moyen de s’approprier le marché autour de certaines écoles et donc au détriment d’écoles moins attractives.

Je pense que cette volonté de pousser toujours plus loin le recrutement est dangereux d’autant qu’on assiste à ce mouvement aussi en post-bac et en AST. Je ne me réjouis pas de voir des écoles disparaître ou s’isoler comme l’ESC Pau. Avec ce mouvement, nous autres écoles de commerce finissons par moins peser dans l’enseignement supérieur national et mondial.

Les écoles de management surfent de plus en plus sur les sujets de RSE, d'éthique… Pensez-vous qu'il y a un réel mouvement de fond ?

Oui, bien sûr. Il nous appartient de donner du sens aux enseignements. Les étudiants d'aujourd'hui seront les managers de demain, ce sont eux qui vont transformer la société et c'est à nous de leurs transmettre des valeurs fortes et de les impliquer dans ces changements vers plus d'éthique.

Lire la biographie Educpros de Jean-Guy Bernard et de son successeur Elian Pilvin


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