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Jean-Marc Monteil : "Nous voulons créer une communauté scientifique de référence sur le numérique dans l’éducation"

Erwin Canard
Publié le
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Jean-Marc Monteil dirige la mission sur la place du numérique dans l'éducation.
Jean-Marc Monteil dirige la mission sur la place du numérique dans l'éducation. // ©  CPU - mars 2015
Jean-Marc Monteil dirige depuis dix-huit mois la mission sur la place du numérique dans l'éducation. L'ancien recteur espère intégrer dans la pédagogie des outils numériques dont le bénéfice aura été prouvé scientifiquement.

Dans le cadre de la mission Monteil pour le numérique à l’école, une expérimentation, baptisée Profan, associe les lycées professionnels à la recherche. En quoi consiste-t-elle ? 

Le numérique va continuer à avoir des conséquences, positives et négatives, sur le monde du travail, et notamment entraîner la disparition d’emplois (on parle dans certains secteurs de 30 à 40 % des emplois). Nous savons aussi que le numérique va créer des emplois mais dont on ne connaît vraiment ni la nature ni le contenu. En revanche, nous commençons à savoir que ces emplois vont réclamer des compétences nouvelles, qui seront non seulement techniques mais aussi sociales, comme la collaboration ou la prise d’initiative. L’idée m’est donc venue de mettre en place une action de recherche et d’intervention notamment avec les lycées professionnels.

Pourquoi ces lycées ? Ce sont ceux qui pratiquent déjà, à travers la pédagogie par projets, des approches collaboratives. Il y a là un terreau. Nous avons donc recruté une dizaine de chercheurs seniors, de haut niveau, pour expérimenter à grande échelle de nouvelles pratiques d’enseignement et d’apprentissage. L’expérimentation va concerner 80 établissements dans cinq régions académiques et dix académies. L’opération va durer trois ans, pendant lesquels nous allons accompagner une cohorte d’élèves à qui nous allons faire suivre des apprentissages, en complément des programmes actuels, dans des situations susceptibles de favoriser le développement de nouvelles compétences.

Nous allons en quelque sorte utiliser une rigueur de laboratoire sur le terrain. Nous allons dans le même temps créer une plate-forme numérique qui permettra au monde enseignant d’utiliser les différentes modalités d’enseignement expérimentées.

Qui sont ces chercheurs qui participent à l’expérimentation dans les lycées professionnels ? 

Ce sont des universitaires et des chercheurs du CNRS dans les disciplines des sciences de la cognition, du comportement, de l’économie, de l’ergonomie, de l’éducation. Ils dirigent ou appartiennent à des laboratoires ou des équipes de recherche reconnus, répartis en France (Aix-Marseille, Clermont-Ferrand, Grenoble, Rennes) et en Suisse (Genève et Lausanne).

L’expérimentation va concerner 80 établissements dans cinq régions académiques et dix académies.

Est-ce que ce sont les prémices du renforcement de l’enseignement des compétences par rapport à celui des connaissances ?

Cette expérimentation ne se fait pas au détriment des connaissances car il s’agit d’acquérir des compétences nouvelles dans le cadre des programmes actuels. Ce n’est pas substitutif et nous ne comptons pas modifier les contenus de la formation. L’objectif est de permettre à l’Éducation nationale d’anticiper certaines exigences des emplois de demain et de rendre les élèves capables de s’adapter à une organisation du travail bouleversée par le numérique.

Ainsi, dès janvier prochain, il y aura une phase pilote pour coconstruire et tester des tâches avec les enseignants, les corps d’inspection et les responsables d’établissement concernés. Puis, à compter de septembre 2017, débutera l’implantation pour suivre la nouvelle cohorte.

Pouvez-vous rappeler en quoi consiste votre mission pour le numérique à l’école ?

Le numérique est là, il a envahi notre vie, c’est un fait. Aussi, on ne saurait se contenter de dire qu’on est pour ou contre. Nous partons du constat que les effets du numérique sur l’enseignement doivent être mesurés. L’idée est alors de tester les outils sur les performances en ayant le souci d’obtenir des données scientifiques. Pour cela, nous allons manipuler des outils dans le champ de l’école, des populations vont être "traitées", de manière contrôlée et non invasive.

Nous ne faisons pas une étude : nous allons produire des résultats. Nous souhaitons regarder comment le numérique peut intervenir pour améliorer et optimiser l’apprentissage. Le numérique fournit certains supports qui peuvent mieux correspondre à la diversité des élèves et donner la possibilité de personnaliser davantage l’enseignement. De même que la santé ne peut se pratiquer sans être implantée dans la science, la pédagogie est une pratique qui doit être adossée à la science.

Nous ne devons pas faire des enseignants des chercheurs, mais les enseignants doivent avoir une connaissance de la façon dont sont produits les savoirs.

L’objet principal de votre mission est l’appel à projets e-Fran. Où en est cette initiative ?

E-Fran a pour objectif de répondre à la question : quel peut être l’impact du numérique sur le couple enseigner et apprendre ? Sur cette base-là, nous avons lancé un appel à projets auprès de start-up, d’équipes de recherche, d’établissements scolaires et de collectivités territoriales. Sur 122 projets reçus, nous en avons retenu 22. Il s’agit donc d’une opération très sélective, pour un budget de plus de 20 millions d’euros pendant trois ans.

Les équipes de recherche ont en outre la possibilité de recruter de jeunes doctorants. Nous estimons entre 30 et 40 le nombre de ces doctorants. Nous voulons créer une communauté scientifique de référence sur le numérique dans l’éducation, qui, je le souhaite, deviendra une référence non seulement nationale, mais aussi européenne voire internationale.

Vous insistez sur le lien entre la recherche et le monde de l’éducation. Quel doit être le rôle et la place de la recherche dans les Espé et la formation des enseignants ?

Nous ne devons pas faire des enseignants des chercheurs, mais les enseignants doivent avoir une connaissance de la façon dont sont produits les savoirs. Dès lors, la formation dans les Espé ne doit pas être une formation à la recherche mais par et à travers la recherche et ses méthodes. Il n’y a pas d’autre façon de procéder pour que les professeurs, notamment, permettent à leurs élèves de faire la différence entre croyance et savoir dans un monde en apparence surinformé, et donc de développer leur esprit critique. Les Espé n’ont pas d’avenir si elles ne sont pas adossées à la recherche.

La biographie de Jean-Marc Monteil

Erwin Canard | Publié le

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