Nathalie Mons (sociologue) : "La professionnalisation de la formation des enseignants reste à définir"

Olivier Monod
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Nathalie Mons (sociologue) : "La professionnalisation de la formation des enseignants reste à définir"
Pour Nathalie Mons, professeure de sociologie à l’université de Cergy-Pontoise et membre du comité de pilotage de la concertation autour de l’école qui a entériné la création des ESPÉ, la refonte de la formation des enseignants est un pas en avant, mais il reste des chantiers. Entretien à la veille de l'examen du projet de loi sur l'école au Sénat.

Le système éducatif français est caractérisé par la sortie de 150.000 élèves sans diplôme chaque année. Quelles sont les causes de ce mal ?

C’est un phénomène très complexe dont les causes sont multiples, elles touchent à la vie des jeunes eux-mêmes mais l’école en porte aussi une responsabilité, notamment à la fin du collège avec des orientations non souhaitées qui conduisent à la démotivation, l’absentéisme et finalement au décrochage. L’échec scolaire est aussi une des composantes fortes du décrochage scolaire. Une des manières d’y remédier est de s’intéresser très tôt aux acquisitions des élèves et d’investir puissamment dans le primaire, alors que jusqu’à présent, par rapport aux autres pays de l’OCDE, la dépense unitaire pour ce niveau d’enseignement est plus faible en France.

Ceci permet de donner davantage de ressources, comme le dispositif "Plus de maîtres que de classe", qui doit permettre d’envisager un suivi plus individualisé des élèves et offre les moyens aux enseignants de développer de nouvelles pédagogies.  Dans le secondaire, des approches transdisciplinaires, coopératives doivent aussi être développées. La maîtrise de ces méthodes pédagogiques passe par la formation initiale, la formation continue des enseignants et l’encadrement des conseillers pédagogiques.

En quoi la loi actuelle va-t-elle faire évoluer la pratique de l’enseignement ?

Nous avons fait un énorme pas en avant en affirmant qu’enseigner est un métier qui s’apprend. Et pas seulement par une approche disciplinaire. Il faut aussi intégrer des dimensions psychologiques, didactiques, sociologiques. Voilà la mission des futures ESPÉ (Ecoles supérieures du professorat et de l'éducation). Il s’agit d’une première étape primordiale, mais il faut poursuivre notre réflexion.

C’est-à-dire ?

Il reste à réfléchir au modèle de professionnalisation que nous voulons. Il existe différents exemples internationaux. Le modèle anglais est plus axé sur le compagnonnage et  le tutorat. Le modèle écossais privilégie les échanges en groupe et la création d’une équipe de tuteurs plutôt que la prise en charge individuelle. En Finlande, la professionnalisation privilégie la mise en activité de l’étudiant dans le cadre de recherches. Le jeune professeur fait des allers-retours entre l’université et l’école, entre la recherche et la pratique.

Durant leur carrière, les jeunes enseignants devront être capables certes de s'enrichir des pratiques réussies de leurs aînés mais aussi d'innover

Quel est l’intérêt d’une approche liée à la recherche, avec des allers-retours entre théorie et pratique ?

L’intérêt d’une professionnalisation par la recherche est qu’elle permet une évolution des pratiques professionnelles des enseignants qui sont confrontés aujourd’hui à des besoins et des exigences qui n’existaient pas hier : introduire les nouvelles technologies à l’école avec notamment l’exigence d’une nouvelle "littératie" numérique, faire travailler leurs élèves sur des projets et sur un mode de collaboration, en écho avec les exigences du monde professionnel, s’ouvrir à l’international et au multiculturel dans le cadre de la mondialisation. Durant leur carrière, les jeunes enseignants devront être capables certes de s’enrichir des pratiques réussies de leurs aînés mais aussi d’innover. La démarche d’une professionnalisation par la recherche le permet.

Le modèle français de professionnalisation reste à définir. Il faut à la fois que les enseignements dispensés par les ESPÉ mais aussi les contenus des concours prennent position sur le modèle de professionnalisation précis. C’est un processus qui se fera sur le moyen terme.


Olivier Monod | Publié le