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Olivier Gerval, directeur d’OGFDI : «Beaucoup d’écoles de mode françaises forment toujours des modélistes et des stylistes alors que le niveau de formation pour réussir nécessite une forte valeur ajoutée »

Propos recueillis par Sophie de Tarlé
Publié le
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Olivier Gerval, directeur d’OGFDI : «Beaucoup d’écoles de mode françaises forment toujours des modélistes et des stylistes alors que le niveau de formation pour réussir nécessite une forte valeur ajoutée »
C’est en rentrant du Japon qu’Olivier Gerval a créé une école de mode à Paris à son nom, Olivier Gerval Fashion & Design Institute (OGFDI), en 2003 . En quelques années, il a réussi à obtenir un titre certifié niveau II (bac+4) de « concepteur mode, espace et produits dérivés ». Une exception parmi les écoles de mode privées. Suite de notre série « Les entrepreneurs pédagogiques ».

Après 12 ans au Japon, vous créez votre école. Pourquoi ?

Á Tokyo, j’étais directeur artistique pour des grandes marques comme Jean-Charles de Castelbajac, Nike, Penny Black, Judith Leiber... Mes missions consistaient, selon les contrats,  à favoriser leur implantation, leur développement et/ou leur communication dans la zone Asie-Pacifique. Diplômé de l’école Duperré à Paris en DSAA [diplôme supérieur d’arts appliqués], j’appréhende la mode dans sa globalité. A mon retour en France, en 2003, j’ai noté que la façon d’enseigner la mode n’avait pas évolué alors que le secteur était en complète mutation et j’ai créé OGFDI (Olivier Gerval Fashion & Design Institute). Beaucoup d’écoles françaises forment toujours des modélistes et des stylistes alors que le niveau de formation pour réussir nécessite une forte valeur ajoutée. Les écoles étrangères, plus en phase avec cette réalité, se sont spécialisées dans des formations intégrant le management au processus de création.

Comment le secteur de la mode a-t-il évolué ?

Les entreprises qui rencontrent un succès aujourd’hui ne considèrent plus le vêtement comme une finalité. Il est un produit qui s’intègre dans un univers au même titre que l’accessoire, le parfum, les produits dérivés, etc. Cela suppose la mise en place d’un design de communication fort qui reprend les valeurs de la marque dans un message clair et facile à comprendre dans toutes formes de développements. Le message est décliné dans les produits, le site Internet, le packaging et tout autre moyen de communications. Par ailleurs, j’ai écris des ouvrages sur la mode, comme « Studio et produits », « Accessoires de mode », « Concept store » (Eyrolles) qui sont conçus pour aider les étudiants à comprendre les notions fondamentales des métiers de la mode.

Avez-vous apporté une pédagogie particulière aux élèves de votre école ?

Mes élèves apprennent non seulement à créer un vêtement mais ils suivent également des cours d’anthropologie, de sociologie, d’histoire du costume, d’économie appliquée, d’illustration, de design de communication, de management, de multimédia et de design d’espace. La culture générale est très importante. Les sciences appliquées, la technologie et l’ingénierie sont aussi nécessaires. La compréhension des matières et la connaissance des dernières techniques conjuguées à l’analyse de l’évolution des comportements permettent de concevoir le vêtement de demain. L’ergonomie y est capitale. Les cours sont dispensés sous forme de cours magistraux, de travaux dirigés et de cours interactifs. Les travaux pratiques réalisés par l’étudiant doivent être rendus sous forme de devoirs. Ils travaillent comme dans un studio de création et sont libres d’utiliser les matériels mis à disposition. Les projets de fin d’études sont conclus par un mémoire. L’équipe pédagogique transmet des connaissances et  un savoir-faire et propose une méthode avec un encadrement très personnalisé qui est mis en place pour de très petits effectifs.

Justement comment avez-vous réussi à obtenir la certification niveau II (bac +4) alors que beaucoup d’autres écoles plus importantes et plus anciennes n’ont qu’un niveau III (bac +2) ?  

Ce n’est pas un hasard car obtenir la certification auprès de la CNCP (commission nationale de la certification professionnelle) est le fruit d’un travail intense. J’ai décrypté les référentiels des programmes d’écoles françaises comme ceux de l’École nationale supérieure des arts décoratifs (ENSAD), l’École supérieure des arts appliqués, Duperré, de grandes écoles étrangères (Ecole de La Cambre, l’Académie royale d’Anvers…). Par ailleurs j’ai analysé les codes ROM [Répertoire Opérationnel des Métiers et des Emplois, NDLR] afin de comprendre quelles compétences étaient requises pour tel ou tel type d’emploi, afin de relier enseignement de fondamentaux et compétences requises pour un métier. La plupart des écoles ne comprennent pas ce que demande la CNCP, et confondent référentiel des fondamentaux (soit la base du programme d’enseignement) avec le référentiel des activités (les tâche qu’effectuent les titulaires de la certification pendant leur travail). A cet effet, certaines écoles, comme Esmod, font appel à mes services pour les aider à obtenir une certification.  

A quels types de difficultés avez-vous dû faire face ?

Créer une école est très difficile, racheter une école déjà existante est plus courant et plus facile. Il faut se déclarer au rectorat, à la préfecture. Tout le monde a voulu me décourager. Il est très rare qu’une personne seule veuille créer son école, c’est souvent un groupe. Il y un grand nombre de normes à respecter qui ne sont pas forcément nécessaires pour une petite école comme la mienne. Mais finalement, on m’a poussé à être irréprochable. J’ai dépensé 200 000 euros par an pendant trois ans, et pour l’instant  je ne me verse pas de salaire. Mais je suis content quand je vois mes élèves trouver du travail. A l’avenir, j’espère m’agrandir et m’installer dans un grand loft. Mais le but n’est pas pour moi d’avoir une énorme école. Mon objectif à plus long terme est plutôt de fédérer les écoles de mode françaises, afin d’accroître notre visibilité à l’étranger et créer un pôle de compétences sur la mode.
 

Olivier Gerval Fashion & design Institute en bref
Création : 2003
Budget annuel : 350 000 €
Nombre d’élèves : 35
Nombre de professeurs : 5 permanents et environ 10 intervenants extérieurs.
Frais d'inscription : 5900 €/an


Propos recueillis par Sophie de Tarlé | Publié le

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Lucas Monnier.

Petite école très dynamique. On est suivi et bien encadré. Les profs nous connaissent. Et le réseau des anciens étudiants est vraiment soudé et utile, je collabore encore avec certains d'entre eux, aujourd'hui que je suis diplômée ! En plus l’école est ouverte sur l’international, elle soutient l’apprentissage de langues étrangères et permet une insertion professionnelle dans le marché mondialisé du design, je peux en témoigner.

Lucas Monnier.

Petite école très dynamique. On est suivi et bien encadré. Les profs nous connaissent. Et le réseau des anciens étudiants est vraiment soudé et utile, je collabore encore avec certains d'entre eux, aujourd'hui que je suis diplômée ! En plus l’école est ouverte sur l’international, elle soutient l’apprentissage de langues étrangères et permet une insertion professionnelle dans le marché mondialisé du design, je peux en témoigner.

pierrot955.

Il faut reconnaître que M. Gerval a bien compris les tares des formations en design et en mode que propose la France, trop segmentées et trop ponctuelles pour permettre une insertion professionnelle satisfaisante ; ce qui explique que son école ait facilement obtenu la reconnaissance de ses diplômes, très complets et polyvalents dans leurs contenus, par l’État !