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Olivier Sagna : "Au Sénégal, l’université publique n’a plus le monopole de l’enseignement supérieur"

Sarah Masson
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USAGE UNIQUE - Des étudiants à l'université Cheikh Anta Diop à Dakar au Sénégal.
Au Sénégal, les conditions d'études restent difficiles, avec pour conséquence un fort taux d'échec en licence. // ©  Ludovic / R.E.A

Professeur à l’université Cheikh Anta Diop de Dakar et directeur des études et de la coopération au ministère de l'Enseignement supérieur et de la Recherche sénégalais, Olivier Sagna décrypte pour EducPros le paysage en plein essor de l’enseignement supérieur africain, en marge du forum citoyen organisé par Libération à Libreville, au Gabon, les 9 et 10 octobre.

Olivier Sagna, professeur à l’université Cheikh Anta Diop de Dakar et directeur des études et de la coopération au ministère de l'Enseignement supérieur et de la Recherche sénégalaisSeulement 7% des jeunes ont accès à l'enseignement supérieur en Afrique. À votre avis, pourquoi ?

Le faible taux d'enrôlement dans l'enseignement supérieur s'explique par différents facteurs. Au Sénégal, même si d'importants progrès ont été réalisés en matière de scolarisation qui dépasse aujourd'hui les 95% en primaire, le taux d'achèvement des études primaires reste inférieur à 70%. Dans le secondaire, les résultats sont encore plus catastrophiques : 35% des élèves achèvent le premier cycle du secondaire.

Pour couronner le tout, ces dernières années, le taux de réussite au baccalauréat a baissé, passant de 38% à 31,7% entre 2011 et 2015. Un très faible pourcentage d'élèves obtient donc le baccalauréat, qui est le passeport pour l'enseignement supérieur. Pour des raisons économiques et sociales, nombre de nouveaux bacheliers ne sont pas en mesure d'entreprendre des études supérieures. Et, malgré les efforts des autorités pour construire de nouveaux établissements publics et diversifier les filières, les conditions d'études restent difficiles, avec notamment pour conséquence un fort taux d'échec en licence.

Les jeunes diplômés ont-ils un avenir en sortant de l'université au Sénégal ?

En la matière, il reste beaucoup à faire. C'est tout le sens de la politique gouvernementale visant notamment à créer de nouvelles filières professionnalisantes (licences et masters professionnels par exemple). Dans les établissements privés, les taux d'insertion sont généralement meilleurs, même si les effectifs concernés sont beaucoup moins importants. Cependant, il est clair que l'université publique n'a plus le monopole de l'enseignement supérieur et encore moins celui de la qualité. Elle est confrontée à des effectifs beaucoup plus importants, dans un climat social plus tendu.

Une nouvelle approche vise à former les étudiants au leadership et à l'entreprenariat afin qu'ils soientdes créateurs d'emploi et donc de richesses



Les jeunes diplômés sont confrontés à un important taux de chômage, qui découle de l'étroitesse du marché de l'emploi formel. En effet, au Sénégal, la majorité des entreprises évoluent dans le marché informel. Ce dernier emploie peu, voire pas du tout, de diplômés de l'enseignement supérieur. Pour faire face à cette situation, une nouvelle approche vise à former les étudiants au leadership et à l'entreprenariat, afin qu'ils ne soient pas uniquement des demandeurs d'emplois, mais potentiellement des créateurs d'emploi, et donc de richesses.

Seules deux universités francophones sont classées parmi les 100 meilleures africaines et aucune ne figure dans le classement 2015 du Times Higher Education des 30 meilleures universités Africaines. Pourquoi l'Afrique francophone notamment n'arrive pas à décoller ?

Il faut d'emblée souligner que, dans ces classements internationaux, les publications scientifiques en anglais sont privilégiées par rapport à celles publiées dans d'autres langues. Ces classements prennent également en compte les budgets consacrés à la recherche. Sans surprise, les budgets les plus importants sont ceux des pays les plus riches comme l'Afrique du Sud, l'Egypte ou le Nigeria.

En Afrique francophone, à l'exception de la Côte d'Ivoire, qui se relève à peine d'une situation de guerre civile, il n'existe pas de grandes puissances économiques. Par conséquent, la plupart des universités publiques doivent fonctionner, tant bien que mal, avec des budgets insuffisants. Cela se caractérise souvent par l'absence d'une ligne budgétaire consacrée à la recherche et par des équipements obsolètes, voire inexistants.

Dans ces conditions, il n'est pas surprenant que les universités considérées comme les meilleurs en Afrique, selon le classement du Times Higher Education en 2015, soient sud-africaines (douze sur trente), égyptiennes (six sur trente), ou marocaines (trois sur trente). Il n'en reste pas moins que des pays comme le Sénégal, la Côte d'ivoire, le Cameroun et le Burkina Faso disposent d'un système d'enseignement supérieur de qualité. Les diplômés issus de ces pays qui poursuivent des études supérieures en dehors du continent africain, obtiennent souvent de brillants résultats.

L'offre de formations supérieures au Sénégal
Le Sénégal dispose de six universités publiques (dont l'université Cheikh Anta Diop de Dakar, l'une des principales universités d'Afrique francophone et l'université virtuelle du Sénégal, l'UVS, entièrement en e-learning), d'une École polytechnique et d'un Institut supérieur de formation professionnel (Isep) à Thiès. Deux autres universités sont en construction et devraient ouvrir leurs portes à la rentrée 2016.

L'enseignement privé se développe depuis quelques années. Il accueille aujourd'hui un quart des étudiants. Les principales écoles de commerce sont l'Institut africain de management, l'institut supérieur de management de Dakar ou des filiales d'écoles françaises (Sup de Co Dakar ou Bordeaux école de management). Une centaine d'autres établissements privés délivrent des diplômes du secteur tertiaire (banque, assurances, informatique...).

Enfin, il existe des établissements techniques et professionnels, que le gouvernement souhaite développer. À l'image de l'Institut supérieur d'enseignement professionnel (Isep) de Thiès, qui propose des formations courtes (à bac + 2) adaptées aux réalités socio-économiques de la région.

Sarah Masson | Publié le

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