P. Grassaud (3E) : "L’apprentissage donne accès aux études supérieures à d’autres profils"

Sarah Nafti
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P. Grassaud (3E) : "L’apprentissage donne accès aux études supérieures à d’autres profils"
// ©  leslie ann/adobe stock
Philippe Grassaud est président d’Eduservices, un groupe qui rassemble des écoles privées du supérieur. Il est également le président de l’association des entreprises éducatives pour l’emploi (3E) qui rassemble 11 écoles dont le groupe IGS, Galileo, Eduservice, ou encore GES. Il plaide pour une meilleure prise en compte des acteurs privés dans l’enseignement supérieur, qui, avec la libéralisation de l’apprentissage, forment toujours plus de jeunes.

Quel est le rôle des associations des entreprises éducatives pour l’emploi ?

 // © Diane Arques

L’association des 3E (entreprises éducatives pour l’emploi) regroupe des écoles privées du supérieur, qui forment environ 150.000 apprenants chaque année, dont la moitié sont des apprentis. Les 3E ont pour but de mettre en valeur l’activité des entreprises du secteur et d’être un "think tank" pour faire vivre l’initiative privée dans le supérieur.

Notre savoir-faire est reconnu et nous sommes un relais très important de l’apprentissage dans l’enseignement supérieur. Il y a beaucoup d’idées reçues sur l’enseignement privé, que ce serait cher notamment, alors que nous formons des milliers d’élèves et que nous contribuons à la société avec une mission de quasi service public.

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Quel est le rapport entre l’enseignement privé et l’apprentissage ?

Nous sommes un intermédiaire entre l’école et l’entreprise. Nous permettons à ces deux mondes de se parler. Avant la réforme de 2018, il y avait une politique de limitation du nombre de places d’apprentis. La libéralisation a permis de l’ouvrir à bien plus de jeunes, et nous étions prêts à répondre à la demande, nous avons gagné en visibilité.

Nous sommes un intermédiaire entre l’école et l’entreprise. Nous permettons à ces deux mondes de se parler.

L’apprentissage donne accès à l’enseignement supérieur à un public qui n’y a habituellement pas accès. Ce sont notamment les populations défavorisées qui sont loin des études, les titulaires de bacs professionnels, ceux qui ne sont pas forcément à l’aise dans le système "classique". Ils découvrent une autre façon d’apprendre, qui peut davantage leur correspondre. Et ils poursuivent leurs études alors qu’ils ne l’auraient pas forcément envisagé auparavant.

Comment concilier le monde du travail et celui des études supérieures ?

La plus grande difficulté est d’adapter l’entreprise à l’apprenti. Un jeune avec le bac n’est pas tourné vers l’entreprise, il faut le former, d’où la nécessité d’accompagnement. Contrairement à ce que pensent certains employeurs, le problème n’est pas juste d’offrir une formation pour donner accès à un emploi mais de faire en sorte d’attirer les jeunes vers des branches, des métiers qui sont amenés à évoluer. Il faut donc un diplôme qui donne une certaine ouverture, plutôt qu’une formation "trou de serrure" qui certes, donnera accès à un emploi donné, mais ne vivra pas avec le temps.

Les jeunes ont besoin de rêver, ils ont l’ambition d’aller au-delà de leur premier job, la seule formation technique n’est pas suffisante. L’enseignement professionnel forme les jeunes dans la perspective de l’évolution de leur carrière. En tant qu’agent d’intermédiation, nous permettons de réunir ces deux mondes qui ne parlent pas la même langue. Nous voulons à la fois faire comprendre le monde de l’entreprise aux jeunes et être ambitieux en matière d’enseignements.

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Quel est l’intérêt pour les étudiants d’opter pour l’alternance ?

C’est une autre façon d’enseigner qui rappelle que le savoir seul ne suffit pas, l’expérimentation compte. Cette pédagogie a fait ses preuves, il serait incompréhensible de ne pas la proposer. Les jeunes apprennent en travaillant, se font du réseau tout en gardant un pied dans le monde académique. Cela facilite leur insertion professionnelle car l’une des difficultés du système actuel est de sortir au bout de cinq ans, et de parvenir à subvenir à ses besoins dans un milieu très différent de celui des études. L’alternance évite ce "traumatisme" du passage du système scolaire à l’emploi.

L’alternance évite le "traumatisme" du passage du système scolaire à l’emploi.

Cette modalité pédagogique est plus performante, les jeunes l’ont bien compris et la plébiscitent. Elle a en outre un intérêt financier puisque c’est l’entreprise qui prend en charge le coût des études. Il est important d’y penser quand on dit que les écoles privées sont chères, car in fine, avec l’alternance, le coût est nul.

Pourquoi toutes vos formations ne sont-elles pas accessibles via Parcoursup ?

Deux logiques continuent de s’opposer. Celle qui prévaut du côté des ministères de l’Education nationale et de l’Enseignement supérieur valorise le temps d’études par des diplômes nationaux. En revanche, le ministère du Travail réfléchit en termes de compétences acquises. On parle donc de formation tout au long de la vie, et on certifie les compétences acquises peu importe quand et comment.

L’apprentissage est à cheval entre ces deux conceptions. Nos formations sont accessibles via Parcoursup s’il s’agit par exemple de préparer un BTS, mais elles n’y figurent pas pour un titre RNCP (Répertoire national de la certification professionnelle). Nous souhaiterions que toutes les formations soient sur Parcoursup, mais il y a encore des réticences du monde académique à cette approche par compétences, même si le mouvement semble irréversible. L’apprentissage met en cause la conception professorale du savoir, il faut connaître le monde de l’entreprise pour avoir une expérience à partager. Dans le monde universitaire seul l’enseignant dispense le savoir, or, dans l’apprentissage ce n’est plus le cas.

L'association 3E en bref
L’association des entreprises éducatives pour l’emploi a été créée à l’automne 2020, à l’initiative des dirigeants des principaux groupes indépendants d’enseignement supérieur et de formation professionnels et techniques. Ils sont désormais 11 à en faire partie : Ynov Campus, groupe IGS, Galileo, Eduservices, GES, Compétences et Développement, Mediaschool, Talis Business School, Omnes Education, ISPS, Eureka Education.

L’association se positionne comme un think tank et une plateforme de discussion et de réflexion sur les thématiques de l’enseignement supérieur, la formation professionnelle et l’apprentissage. Faisant le constat d’un cloisonnement entre les dispositifs législatifs et réglementaires de l’enseignement supérieur technique privé et de la formation professionnelle, elle souhaite contribuer aux réflexions sur le sujet et être force de proposition pour les pouvoirs publics. Elle vise notamment à accompagner la réforme de la formation professionnelle grâce à l’expertise acquises par ses membres en matière d’alternance.


Sarah Nafti | Publié le