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Pascal Brier (Altran) : "Le niveau en anglais des jeunes ingénieurs français est très insuffisant"

Propos recueillis par Isabelle Maradan
Publié le
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Pascal Brier, DGA du groupe ALTRAN ©REA
Pascal Brier, DGA du groupe ALTRAN ©REA

Les écoles françaises savent former des ingénieurs capables de s’adapter aux évolutions du métier, selon le directeur général adjoint du groupe Altran. Mais Pascal Brier s'alarme du niveau en anglais des jeunes ingénieurs français pour mener des carrières à l'international, alors que l'entreprise s'apprête à recruter 4.000 ingénieurs partout dans le monde.

Quel secteur voyez-vous particulièrement se développer dans les années à venir ?

Il y a une vraie problématique avec le big data, notamment autour de l’exploitation et de la commercialisation des données. On sait qu’il faudra des gens pour innover, donner de l’intelligence et de la valeur à ces données. C’est le sens de la vague technologique des dix prochaines années, mais on ne sait pas exactement ce qu’on va inventer comme métiers à partir de cela. Les technologies vont plus vite que l’imaginaire.

Les écoles d’ingénieurs sont-elles suffisamment en prise avec les évolutions du métier ?

Elles essaient de dialoguer avec les entreprises et d’écouter pour s’adapter. Certaines intègrent des cadres d'entreprises dans leurs conseils d’administration. Cela se développe de plus en plus et leur permet d’avoir un avis extérieur, plus neutre et complémentaire de celui des anciens élèves, qui ont un rapport plus affectif avec leur école. Elles font également une veille technologique. Dans le design industriel, domaine qui correspond à des besoins croissants, des établissements comme l’UTC de Compiègne ou l’UTBM Belfort-Montbéliard, par exemple, mènent un travail formidable. Globalement, mon regard est positif sur les écoles d’ingénieurs françaises qui ont généralement peu de moyens comparés aux écoles de management, puisqu’on est dans un rapport de 1 à 6 et même de 1 à 10.

Les ingénieurs français n’auraient donc pas de souci à se faire…

Notre système de formation des ingénieurs a longtemps été un modèle. Il en a inspiré d’autres. Et même s’il reste très bon, nous ne formons que très peu d’ingénieurs en France. La Chine en forme chaque année autant que la France en 30 ans. L’Inde autant que nous en 23 ans. Et selon l'enquête de la Duke University, la moitié des diplômés de ces deux pays ont un niveau tout à fait comparable aux 33.000 ingénieurs formés chaque année en France.

Le problème des ingénieurs français, c’est leur niveau en anglais. Il est très insuffisant pour faire carrière à l’international. Si l’on regarde ailleurs, les ingénieurs espagnols, par exemple, ont un anglais incroyable et leurs homologues portugais maîtrisent généralement le français et l’anglais. J’observe tout de même que les écoles d’ingénieurs commencent à découvrir des pratiques répandues en écoles de management comme l’année de césure, et s’ouvrent de plus en plus à l’international. C’est absolument indispensable !

Le baromètre des industries créatrices d'emploi ingénieurs en 2014 (source Altran)

©Altran


Propos recueillis par Isabelle Maradan | Publié le

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