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Patrick Bouet (Conseil national de l’ordre des médecins) : "Personne en France n’a anticipé le flux important de médecins formés à l’étranger"

Virginie Bertereau
Publié le
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Patrick Bouet, président du Conseil national de l’ordre des médecins // DR
Patrick Bouet, président du Conseil national de l’ordre des médecins // DR

Chaque année, de plus en plus d’étudiants français partent se former à la médecine dans un pays de l’Union européenne et contournent ainsi le numerus clausus. Parallèlement, de plus en plus de médecins titulaires d'un diplôme étranger viennent s’installer en France. Patrick Bouet, le président du Conseil national de l’ordre des médecins, s’inquiète des conséquences de ces flux sur l’évolution de la démographie médicale et avance des solutions.

Récemment, vous avez mis en garde contre un futur "trop-plein" de médecins en France sur le site de santé Egora.fr. À quel point la situation est-elle préoccupante ?

Les prévisions ont sous-estimé l’évolution de la démographie médicale. À partir de 2020, le nombre de médecins inscrits à l’Ordre devrait augmenter, notamment grâce au flux d’étudiants et de praticiens formés à l’étranger. L’État fixe un numerus clausus chaque année en PACES (première année commune aux études de santé), en fonction des besoins. Celui-ci est actuellement de 7.500 étudiants.

Mais il faut ajouter à ce nombre les 2.000 à 2.500 médecins formés chaque année hors de notre territoire. Soit il s’agit de jeunes Français partis étudier dans un autre pays européen – la Roumanie, l’Espagne, la Belgique, bientôt la Croatie… – dont le nombre va grossir au fil des ans. Soit ce sont des médecins étrangers qui s’installent en France. Aujourd’hui, ces derniers représentent près d’un quart des nouveaux inscrits au Conseil de l’Ordre chaque année. En effet, d’une part, les réalités économiques dans certains autres pays poussent à s’expatrier ; de l’autre, notre système de soins et notre territoire sont attractifs.

Les médecins étrangers qui s'installent en France représentent près d'un quart des nouveaux inscrits au Conseil national de l'ordre chaque année

Le gouvernement a-t-il entendu votre avertissement ?

Ces questions ont été lancées depuis peu de temps et commencent à interpeller. Nous sommes en contact avec Geneviève Fioraso, secrétaire d’État à l’Enseignement supérieur et à la Recherche, et Marisol Touraine, ministre des Affaires sociales et de la Santé. Des réunions s’organisent à ce sujet.

Le problème ne vient-il pas du numerus clausus ?

C’est complexe. Nous ne disons pas que le numerus clausus ne doit pas exister. Il revient à l’État de fixer le nombre de médecins formés. Mais ce mode de sélection, son organisation, ainsi que le devenir des étudiants qui ont échoué posent problème. En outre, nous craignons que ce numerus clausus puisse paradoxalement baisser un jour pour compenser le nombre de médecins inscrits formés à l’étranger.

Faut-il limiter le nombre d’étudiants français formés à l’étranger ?

Le Traité sur l'Union européenne s’impose à tous les pays. La France ne peut aller contre. Nous plaidons plutôt pour une harmonisation des conditions d’accès aux études de médecine à l’échelle européenne. Cela a été fait sur le contenu et la durée des études, cela peut se faire également sur la sélection. Mais il s’agit d’un travail de long terme…

Les étudiants sont-ils bien formés selon vous ?

L’Ordre, conformément à une directive qui vise à faciliter la mobilité des professionnels – dont les médecins – au sein de l’Union européenne, s’assure de la vérification de leurs compétences. Quand il inscrit un médecin à son tableau, c’est qu’il a le niveau requis. Toutefois, une remarque : des difficultés d’insertion peuvent exister du fait des différences entre les systèmes de santé nationaux que les étrangers ne connaissent pas toujours. Réfléchir à une formation sur le système de soins français ne serait pas inutile…

Puisque l’inscription à l’Ordre est indispensable pour exercer légalement la médecine, l’Ordre ne peut-il pas être amené à jouer le rôle de "régulateur" du nombre de médecins ?

Il revient à l’État de réguler les populations formées. Il revient à l’Ordre de l’éclairer sur les conditions et les conséquences de ses décisions et de vérifier les formations des médecins inscrits dans le but d’assurer la sécurité des soins dispensés.


Virginie Bertereau | Publié le

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