Patrick Gonthier (secrétaire général de l'UNSA Education) : "Avec la crise, le besoin de service public d'enseignement est très fort et le gouvernement se retrouve en porte à faux"

Propos recueillis par Fabienne Guimont
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Patrick Gonthier (secrétaire général de l'UNSA Education) : "Avec la crise, le besoin de service public d'enseignement est très fort et le gouvernement se retrouve en porte à faux"
Au-delà du Plan d’urgence pour l’emploi des jeunes, lancé fin avril 2009 par Nicolas Sarkozy, l’UNSA Education souhaite élargir le débat en lançant des assises pour l'emploi des jeunes. Son secrétaire général, Patrick Gonthier, défend la nécessité d'un service public d'orientation et d'éducation fort en temps de crise.

Le plan d’urgence Emploi des jeunes n'est pas la bonne réponse, selon vous, à la crise actuelle. Vous dénoncez des mesures uniquement tournées vers les entreprises... Qu'attendez-vous de ces assises pour l'emploi des jeunes ?

Les jeunes paient le prix fort des restructurations et du chômage depuis des années avec des invariants préoccupants : intérimaires, stagiaires, sorties sans qualification... Ces assises seraient l’occasion de remettre à plat les dispositifs existants en leur faveur. Si des retours en formation sont prévus, cela suppose de prévoir des crédits de formation. Si des jeunes sortent précocement du système scolaire, quels sont les retours à prévoir. L’insertion professionnelle est surtout préoccupante pour les jeunes sans qualification. Cela repose le problème du service public d’orientation et d’accompagnement. Il faut des structures délocalisées autres que celles du pôle emploi. Celles des missions locales pourraient être renforcées. Il faut penser un plan sur le long terme, pas dans l’urgence comme celui présenté par le gouvernement, avec, en arrière plan, le congrès de l’UNEF et la crainte d’une révolte « à la grecque ».

Etes-vous favorable aux dispositifs en alternance que le plan d'urgence veut utiliser ?

A l'UNSA, nous sommes plutôt pour l’alternance. Le problème est de savoir quel est le statut des jeunes : est-ce de l’alternance qualifiante ou un mi-temps pour les entreprises ? Si on parle des jeunes sortis du système éducatif, l’alternance ne doit pas être un substitut à l’emploi. Il faut des adultes référents, des formateurs, des plans programmés pour savoir ce que la personne doit faire. Les contrats devraient être clairement établis et qu’une partie formation soit reconnue et évaluée.  

Quel rôle le système éducatif peut-il jouer en période de crise économique ?
 
Les discours de Nicolas Sarkozy étaient très hostiles au service public, avant la crise, avec des coups très durs comme le non-renouvellement d’un fonctionnaire sur deux partant en retraite, une déréglementation sans contrôle avec la RGPP (Révision générale des politiques publiques). L’idéologie du privé était complètement inattendue dans ce pays alors qu’il y a une fierté à être fonctionnaire. Aujourd’hui, le besoin de service public est très fort, par rapport à l’accès à l’enseignement, à la qualification. Malgré les critiques, il n’y a pas de décrochage, de dénonciation sociale du service public d’éducation, gratuit, qui donne une formation de qualité. Et le gouvernement se retrouve en porte à faux. Il a des difficultés pour revenir en arrière : son objectif de faire des économies est toujours plus fort que d’améliorer les choses. Si la crise s’accélère, le gouvernement pourrait être tenté d’accentuer sa pression sur le service public. Dans certains pays européens, on commence à diminuer les salaires des enseignants. Il faut aller vers un moratoire des suppressions de postes et que le ministère fixe des directions très claires.

L’UNSA Education a réagi contre l’accord de reconnaissance des diplômes signé entre la France et le Vatican et qui vient d’être publié au JO. Qu’est-ce qui vous gêne le plus ?

Cet accord a été signé dans la clandestinité, sans débat au Cneser ni communication aux syndicats et le texte reste dans un flou persistant. Dans sondiscours à Saint Jean de Latran [décembre 2007], Nicolas Sarkozy avait déjà parlé de dommages causés à l’Eglise catholique. A l’annonce de l’accord en décembre 2008, nous avons réagi pour avoir des éclaircissements auprès des cabinets de Pécresse et de Kouchner. Le texte du communiqué « technique » du ministère des Affaires étrangères parlait, pour la première fois, des universités catholiques comme relevant de l’autorité du Vatican. Les établissements privés catholiques ont-ils un statut extraterritorial ? Le saint-Siège est-elle leur autorité supérieure ? En France, depuis 1905, on n’a jamais entendu dire que ces instituts relèvent du Vatican. Selon le cabinet de Valérie Pécresse, l’accord ne concernait que des diplômes canoniques et devait leur permettre un alignement dans le cadre du LMD. C’était concevable pour nous. Ce n’est pas ce que le texte officiel stipule en incluant également les diplômes profanes ! Là, c’est un affront. Cela relève d’une concession politique de l’Etat français, avec la volonté de lancer des signaux à l’électorat catholique.

Pourquoi le rapprochement de l’UNSA avec la CGC a-t-il échoué ?

La CGC a rompu les discussions il y a un mois. Elle pense pouvoir tirer son épingle du jeu [avec les futures règles de représentativité syndicale] grâce à des alliances locales à géométrie variable. Le prochain congrès de l’UNSA va donc être tourné vers le développement de l’organisation, avec une quête d’adhérents et de voix d’ici à 2013, et posera le problème de la stratégie syndicale. Dans le mouvement universitaire, nous avons poussé avant la négociation à la mobilisation. Cela a créé un rapport de force pour négocier. On ne durcit pas la ligne, mais on conteste.

A lire sur l'Observatoire Boivigny un papier suite à l’accord de reconnaissance des diplômes signé entre la France et le Vatican, intitulé Ces universités catholiques qui intriguent .


Propos recueillis par Fabienne Guimont | Publié le

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