Pierre Tambourin (Genopole) : "La politique française d'innovation nécessiterait une démarche plus volontariste"

Propos recueillis par Frédéric Dessort
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Pierre Tambourin
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Remis le 5 avril aux trois ministres Fioraso, Pellerin et Montebourg, le rapport Beylat-Tambourin sur les enjeux du transfert et de l’innovation rebat les cartes de ce secteur crucial pour la France. Pierre Tambourin, directeur de Génopole, technopole dédiée à la génomique et aux biotechnologies, revient dans Interface sur les principales préconisations adressées au gouvernement.

Pierre TambourinQuelles sont les lacunes de la France en matière d'innovation ?

C'est un double constat : la France, classée 6e, est très bien placée sur la scène mondiale de la recherche. Mais, en termes d'innovation, pour son impact économique, soit le passage de la technologie à l'emploi, nous sommes au 15e rang. Une des explications est que la politique française d'innovation pâtit d'une dispersion entre plusieurs ministères et nécessiterait une démarche plus intégrée et volontariste. Autres problèmes de fond : le sous-financement des entreprises innovantes et la faiblesse de la culture de l'innovation. Les jeunes, les enseignants et, pire encore, les chercheurs en ont une vision caricaturale.

Comment lutter contre le clivage entre les mondes de l'enseignement, de la recherche et de l'entreprise ?

Nous devons, dans notre système éducatif assez normatif, favoriser la culture de la créativité si présente dans les entreprises. Dans notre rapport, nous ouvrons quelques pistes pour sensibiliser à l'entrepreneuriat et ce, dès le plus jeune âge. Les programmes du secondaire et même du primaire devraient valoriser la prise de risque, l'initiative personnelle, la notion de démarche projet. Les rencontres avec de jeunes entrepreneurs dans les lycées pourraient être étendues à tous les élèves, de même que les notions d'entreprise, de pédagogie active mais aussi de propriété intellectuelle intégrées aux cursus universitaires.

Nous proposons de diriger une partie de l'assurance-vie vers le capital d'entreprises innovantes


Vous estimez à 2 milliards d'euros les besoins des entreprises innovantes...

L'épargne existant sous forme d'assurance-vie atteint environ 120 milliards d'euros. Or, cet argent est investi de manière souvent peu risquée et trop financière, c'est-à-dire sans se préoccuper de savoir s'il va induire des emplois. Nous proposons d'en diriger une petite partie en flux, et non en stock, soit 2 milliards d'euros, vers le capital d'entreprises innovantes. Certes les revenus seront assez faibles, 0 à 2% par an des sommes investies par les particuliers mais il faut y voir une réponse aux besoins de croissance et d'emploi de notre pays. Il s'agit aussi de protéger les entreprises innovantes de la prédation de fonds étrangers, prêts à les racheter quand elles ont besoin de capitaux pour se développer. Dans cette perspective, la BPI (Banque publique d'investissement) devrait devenir l'opérateur d'un fonds de capital-innovation issu de la redirection de 2% de la collecte des contrats d'assurance-vie.

Une entreprise qui veut s'appuyer sur des compétences publiques se trouve confrontée à une jungle d'acteurs...

La BPI devrait d'abord chapeauter tous les opérateurs existants en matière de financement de la recherche publique-privée : ANR, Ademe... Elle aurait pour mission d'évaluer leurs actions puis de mettre de l'ordre dans ces nombreux dispositifs, qui peuvent se recouper. Puis les régions prendraient en charge, certaines le font déjà bien, l'orien­tation des entreprises vers les structures d'accompagnement au transfert de technologies et d'aides à l'innovation. Un débat qui devra être tranché au cours de l'acte III de la décentralisation.

Pierre Tambourin est directeur général de Genopole® depuis 1998. Ancien élève de Polytechnique, directeur de recherche à l'INSERM, il est également président du Pôle scientifique d'Evry-Val d'Essonne et président de l'association Centre de recherche clinique et translationnelle depuis mars 2009.

La "vallée de la mort" technologique
Une fois que le premier prototype industriel a été mis au point, l'entreprise doit franchir une nouvelle étape cruciale : la "vallée de la mort" technologique. L'enjeu ? La rencontre du produit avec son marché. Ce qui s'avère à la fois difficile et onéreux : adaptation de la technologie suivant les premiers retours clients, optimisation des coûts de production, embauches, campagnes marketing... Le rapport Beylat-Tambourin recommande à l'État de porter une attention particulière à cette problématique.

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