Rachid El Guerjouma (université du Maine) : "Nous sommes l'exemple indiscutable d'un déficit dû au désengagement de l'Etat"

Camille Stromboni
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Université du Maine (Le Mans) - © Ad'Hoc Photographie-Vincent Corvasier
Université du Maine (Le Mans) - © Ad'Hoc Photographie-Vincent Corvasier
Elle n'est pas dans la situation de Montpellier 3. Et pourtant. L'université du Maine, par la voix de son conseil académique, a dénoncé les difficultés financières des universités. En double déficit, l'établissement entend soutenir ses collègues montpelliérains, et démontrer que ces dérives budgétaires sont uniquement dues au désengagement de l'Etat. Entretien avec le président, Rachid El Guerjouma.

Rachid El Guerjouma - © Université du Maine (2012)Comment se porte l'université du Mans sur le plan financier ?

Notre situation, comme celle de nombreuses universités, est très tendue. Nous allons être en déficit pour la deuxième année consécutive. Nous avons, heureusement, encore un fonds de roulement qui nous permet d'envisager l'avenir de manière moins catastrophique que d'autres.

Mais nous prélevons chaque année ce qui nous manque dans ce fonds, et ce malgré les 17 postes supplémentaires qui nous ont été attribués. Notre déficit est uniquement dû au GVT (glissement vieillesse technicité qui correspond à la hausse de la masse salariale des universités, en raison de la progression des salaires des fonctionnaires, ndlr) et à des coûts qui ne dépendent pas de nous, comme la contribution au redressement productif (-4,5%) prélevée en 2013, ou encore la non-compensation des frais d'inscription dont les boursiers sont exonérés : c'est le cas de 37% de nos étudiants. Cela représente un coût évalué à 700.000€ de recettes en moins, que le ministère ne couvre pas.

Avec votre conseil académique, vous avez voté une motion dénonçant l'insuffisance des moyens et apportant un soutien à Montpellier 3, dont la situation va "rapidement devenir celle de toutes les universités"…

Nous ne sommes pas dans la situation de Montpellier 3 car nous pouvons encore piocher dans notre fonds de roulement jusqu'en 2017.

Mais je ne veux pas puiser dans les ressources de l'établissement jusqu'à plus soif. Il y a un vrai problème de financement de l'ESR et de l'université. Il n'est pas possible de continuer à nous faire réduire nos masses salariales à marche forcée. Mon GVT, c'est près de 500.000€ par an, et cela se cumule d'une année sur l'autre. A ce rythme, notre université va dans le mur.

Il faut arrêter avec l'idée du gaspillage dans l'enseignement supérieur et l'accusation de mauvaise gestion

Les universités n'ont-elles pas, elles aussi, des économies à faire, comme le souligne souvent la ministre, arguant notamment d'une offre de masters très développée, avec des effectifs parfois réduits ?

Nous sommes l'exemple indiscutable d'une situation critique due au désengagement de l'Etat. Si l'Etat nous versait ce qu'il nous doit, nous serions en total équilibre, l'IGAENR (Inspection générale de l'administration de l'éducation nationale et de la recherche) l'a elle-même constaté.

Nous sommes très raisonnables sur le recrutement des contractuels et nous l'avons été également au moment du passage aux RCE (responsabilités et compétences élargies). Nos masters sont de taille normale, avec entre 30 et 70 étudiants. Il n'y a pas eu non plus d'inflation de nos primes aux personnels, avec l'autonomie.

Il faut arrêter avec cette idée qu'il y aurait du gaspillage dans l'enseignement supérieur et avec l'accusation de mauvaise gestion. Il y a toujours des choses à améliorer bien sûr, mais nous sommes tout simplement sous-financés.

Il faut s'attaquer à ce problème de fond. Sinon un jour, ce seront les étudiants qui seront sollicités financièrement, ce qui est inacceptable. Nous sommes un service public et nous devons être financés correctement.

Quant aux économies, nous avons réduit la maintenance des bâtiments – heureusement nous sommes une jeune université –, différé des travaux ou encore demandé aux composantes de mettre en réserve 10% de leurs enveloppes. Jusqu'ici, notre offre de formation et la recherche sont préservées.

Une meilleure structuration de l'enseignement supérieur devrait permettre une optimisation des moyens, a indiqué également la ministre. Pensez-vous que la communautés d'universités et établissements et les contrats de site y participeront aussi ?

Ecoutez simplement les présidents rennais qui s'orientent vers une fusion : ils prévoient des coûts supplémentaires, et non des économies. Si le ministère pense qu'une communauté d'universités et établissements va se faire à moyens constants, ou même permettre des économies, il se trompe, ce sera forcément plus cher. Nous avons besoin d'un accompagnement de l'Etat.

La nouvelle vague des Idex (Initiatives d'excellence) pourrait-elle selon vous constituer une bouffée d'air frais ?

Il faudrait d'abord faire un bilan des premiers Idex car pour l'instant, j'ai plutôt l'impression d'avoir un certain nombre de retours assez négatifs. Ils peuvent être bien sûr utiles pour structurer au mieux ce qui peut l'être, en termes de synergies, ou encore pour apporter une certaine visibilité, mais les sommes en question ne résoudront pas le problème financier des universités.

Lire aussi
- La motion du conseil académique de l'université du Maine (pdf - 26 sept 2013)
- La biographie de Rachid El Guejouma, président de l'université du Maine (Le Mans)
- Le billet de Pierre Dubois : Montpellier 3. Fioraso et Fraisse et ses billets autour du budget

Camille Stromboni | Publié le