S. Bilot (Animafac) : "Les jeunes s’engagent de façon citoyenne"

Amélie Petitdemange
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Les associations étudiantes ont organisé la distribution de paniers alimentaires aux plus précaires pendant la crise sanitaire.
Les associations étudiantes ont organisé la distribution de paniers alimentaires aux plus précaires pendant la crise sanitaire. // ©  Mathilde MAZARS/REA
Le réseau d’associations Animafac accompagne 5.000 associations et compte 300 adhérents par an. Il a mené une consultation sur la vie étudiante auprès de 1.500 lycéens et étudiants au plus fort de la crise sanitaire, du 29 mars 2020 au 7 juin 2021*. Sarah Bilot, déléguée générale d’Animafac, livre les résultats de cette enquête réalisée en prévision de la présidentielle.

En vue de la présidentielle de 2022, Animafac a mené une consultation auprès des étudiants. Comment s'organise-t-elle ?

 // © Photo fournie par le témoin

Avec cette consultation, nous voulions voir comment la crise sanitaire affecte les associations étudiantes et demander leur avis à des étudiants qui ne sont pas forcément engagés. Les résultats ont été dévoilés samedi à l’occasion de notre université d’été.

En novembre, nous réunirons une trentaine de jeunes avec des experts. Ils construiront une quinzaine de propositions à partir de notre enquête. Ce livre blanc sera porté aux candidats à l’élection présidentielle lors d'un évènement fin janvier/début février 2022.

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Quels en sont les grands enseignements ?

Je peux déjà vous donner quelques chiffres frappant de cette consultation. Près de 35% des jeunes déclarent que la crise a affecté leurs aspirations futures : certains se sont réorientés, d'autres font une pause dans leurs études ou ont abandonné. La moitié des répondants estime par ailleurs ne pas pouvoir se projeter dans l’avenir. Ils se sentent oubliés alors que la crise aura un plus fort impact sur eux que pour des personnes déjà installées. La recherche d’emploi les inquiète particulièrement. Finalement, 60% ont l’impression de faire partie d’une génération sacrifiée.

C’est aussi une génération précarisée par la crise. Un quart des répondants ont eu recours à de l’aide alimentaire avec une forte majorité d’étudiants internationaux. Et pour la grande majorité, ils y recourraient pour la première fois.

Finalement, 60% ont l’impression de faire partie d’une génération sacrifiée.

La consultation a aussi permis d'aborder plus spécifiquement la question de la santé mentale. Trois quarts des répondants ont éprouvé un sentiment de mal-être et 40% se disent en détresse psychologique. Et clairement, les étudiants ont regretté l'absence de lieux de sociabilité, le manque de lien avec leurs amis, et même les cours en présentiel, pendant cette période de crise sanitaire. Nous sommes loin du stéréotype des jeunes qui veulent juste faire la fête…

Les étudiants ont aussi la sensation de ne pas avoir été entendus. Pendant une période, les jeunes ont été perçus comme les transmetteurs du Covid. Puis les institutions ont fini par entendre un peu plus cette détresse. Les collectivités territoriales et les universités ont soutenu les assos qui menaient des actions sociales.

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Cette consultation a été menée dans un contexte particulier de crise sanitaire. Votre livre blanc sera-t-il constitué de propositions pérennes ?

Ce n’est pas parce que la crise va s'arrêter que la vie étudiante ne doit pas être prise en compte. Par exemple, un renforcement de l’accompagnement psychologique des jeunes est aussi valable hors temps de crise. Si on dit que les villes doivent considérer les étudiants comme des habitants et leur permettre de s'engager, c’est pérenne aussi.

L’abstention des moins de 24 ans a atteint un record lors des dernières élections régionales et départementales, en juin 2021. Les jeunes s’engagent-ils par d’autres biais que les urnes ?

Les jeunes s’engagent de façon citoyenne. Ils ne se sentent aujourd'hui ni entendus ni compris par les politiques, donc ils ne ressentent pas le besoin de voter. Ils se disent que leur vote ne changera rien, donc ils agissent par eux-mêmes en s'engageant dans des associations et des collectifs.

Les jeunes ne se sentent aujourd'hui ni entendus ni compris par les politiques, donc ils ne ressentent pas le besoin de voter.

Ils ne sont pas moins engagés, au contraire, mais ils ne se sentent pas reconnus dans les discours politiques. D’autre part, beaucoup d’étudiants ne connaissent pas l'impact de la région ou du département, il y a une problématique de vulgarisation. Et ils ne se sentent pas légitimes car ils ne connaissent pas toujours les programmes. Lors des élections présidentielles, l'information est centralisée et importante.

D’après vos échanges avec les étudiants, les élections présidentielles vont-elles davantage les mobiliser ? Pour quelles raisons ?

Oui, ces élections vont plus les mobiliser. Le rôle de l'État est plus clair auprès des étudiants. Cela dit, le "tous pourris" ressort beaucoup chez les jeunes qui n’iront pas voter. Ce sera tout un challenge pour les candidats et candidates de réconcilier les jeunes avec la politique.

Chez Animafac, nous voulons des échanges sur la façon dont les projets de loi impactent les jeunes, comment les décisions politiques impactent leur vie étudiante par exemple.

*Avec 7 associations nationales, E&D, ESN France, Jets d’encre, les Jeunes Européens, Nightline, le Parlement Européen des Jeunes et le RESES.


Amélie Petitdemange | Publié le