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Shimon Amar : "Sans pédagogie innovante, l'aménagement d'un campus n'a pas de sens"

Morgane Taquet
Publié le
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Le Ohalo Academic College en Israël
Le Ohalo Academic College en Israël // ©  Ohalo Academic College

Dans la lignée d'un plan national de modernisation du système éducatif, le Ohalo Academic College en Israël a lancé, en 2010, un programme de pédagogie innovante autour du blended learning, qui l'a amené à repenser l'organisation de son campus. Retour d'expérience avec Shimon Amar, le directeur de cette université qui forme essentiellement de futurs enseignants.

Shimon Amar - Ohalo Academic CollegeLes innovations pédagogiques sont au cœur des stratégies actuelles des universités. Quel lien peut-on faire entre enseignement et aménagement de campus ?

L'aménagement d'un campus du futur n'a de sens que s'il accompagne une pédagogie innovante. L'enseignement tel qu'il a été conçu lors des révolutions industrielles avait besoin d'amener les futurs adultes à appliquer un savoir théorique. Ce n'est plus le cas. L'enseignement comme on le dispense aujourd'hui n'est plus adapté et n'apporte pas les compétences du XXIe siècle telles que la capacité de collaborer, d'apprendre tout le temps et partout, de s'adapter à un monde incertain. Ces compétences ne s'apprennent pas en histoire ou en mathématiques, et leur apprentissage ne se fait plus entre les quatre murs d'une salle de classe. C'est la raison pour laquelle nous repensons les espaces de travail, car l'université est le lieu où doit éclater cette révolution pédagogique.

Quel est, dans cette logique, l'avenir des cours en présentiel ?

Bien sûr que les étudiants auront encore besoin de voir leurs professeurs ! À l'Ohalo Academic College, après trois ans de refonte des programmes, tous les cursus se font à 20% en blended learning, et notre objectif est d'arriver à 50%. Ainsi, les étudiants acquièrent le savoir par des cours en ligne, puis viennent travailler dans un espace de 500 m2 que nous avons réaménagé spécialement à cet effet.

Des étudiants en environnement travaillent ainsi avec des étudiants de mathématiques à résoudre des problèmes. Sur cinq jours d'enseignement, chaque étudiant passe au minimum une journée dans cet espace qui accueillait autrefois 6 ou 7 salles de classe. Les professeurs, dont certains étaient un peu réticents au début, sont présents pour mettre en pratique avec les étudiants ce qu'ils ont appris en ligne.

L'enseignement comme on le dispense aujourd'hui n'est plus adapté et n'apporte pas les compétences du XXIe siècle telles que la capacité de collaborer, d'apprendre tout le temps et partout, de s'adapter à un monde incertain.

Comment avez-vous introduit ces nouvelles méthodes d'enseignement ?

C'est un processus relativement lent et difficile, qui pour être efficace devrait être appliqué durant tout l'apprentissage, du jardin d'enfants à l'université. À l'Ohalo, nous avons commencé par introduire des méthodes d'enseignement différentes dans un cours, puis dans la moitié d'un cursus pour enfin les distiller dans tous les départements. En outre, il n'y a plus de programme, nos étudiants peuvent suivre des cours d'une ou deux heures comme un seul cours pendant trois jours. À chaque fin de cours, les étudiants inscrivent également sur un tableau tout ce qui leur paraît positif et négatif dans leur apprentissage. Toutes les deux semaines, les enseignants revoient en conséquence leurs cours pour s'assurer qu'ils sont bien adaptés à leurs étudiants. Et d'une manière classique, les enseignants évaluent l'évolution de chacun des étudiants à la fin de chaque semestre.

E-learning, MOOC, espaces de collaboration... Toutes les universités doivent-elles passer au blended learning  ?

Je ne crois pas au modèle unique, je pense que tous les établissements ont pris conscience du tournant éducatif dans lequel nous nous trouvons, mais tous ne savent pas comment prendre ce virage. Si on prend l'exemple des MOOC, c'est une opportunité d'enseignement pour une population très précise, mais je ne crois pas que cela révolutionne l'enseignement universitaire. En revanche, le system thinking (pensée systémique et pluridisciplinaire) et le design thinking rentrent petit à petit dans les esprits.

Shimon Amar intervient lors de la conférence EducPros du 20 novembre 2014 "Campus du XXIe siècle : comment adapter son campus à sa pédagogie"

Morgane Taquet | Publié le

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