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Stephan Martens (recteur de l’académie de la Guadeloupe) : "Nous nous dirigeons vers une seule université des Antilles"

Camille Stromboni
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Stephan MARTENS - recteur de l'académie de la Guadeloupe
Stephan MARTENS - recteur de l'académie de la Guadeloupe

Recteur de l’académie de la Guadeloupe depuis décembre 2011, l'universitaire Stephan Martens fait le point sur la situation de l'université des Antilles et de la Guyane, suite à la prise d'indépendance du pôle guyanais. Et dresse les grandes lignes de l'avenir du site guadeloupéen, avec la Martinique.

L’antenne guyanaise de l’UAG (université des Antilles et de la Guyane) va devenir une université de plein exercice. C’est un choc important pour l’UAG, qui perd ainsi l’un de ses trois pôles…

L’UAG est née en 1982 [il s’agissait auparavant d’un centre universitaire]. Les discussions ont été permanentes sur la question d’avoir une seule université avec trois pôles, ou bien plusieurs universités distinctes. En 2011 a été voté un schéma de l’université pluriterritoriale, qui développait l’autonomie de chaque pôle.

S’en est suivie une pression de plus en plus forte des partisans d’une université de plein exercice par pôle, avec des arguments géographiques, historiques ou politiques. C’est le cas en Guyane, où beaucoup avaient en outre le sentiment de ne pas être traités de manière aussi équitable.

Le système s’est très vite grippé et, suite aux Assises de l’enseignement supérieur et de la recherche en 2012, la Guyane a demandé la création d’une université de plein exercice, ce que la ministre Geneviève Fioraso a accepté.

L’impact pour la Guadeloupe et la Martinique reste faible en soi : le pôle guyanais représente 2.500 étudiants qui suivaient des formations qui existent également chez nous. L’enjeu est surtout la réorganisation qui en découle pour l’université des Antilles : il va falloir repenser l’ensemble de nos structures et notre gouvernance. Mais aussi l’équilibre entre nos formations et le redéploiement des services administratifs, jusqu’ici principalement situés en Guadeloupe, siège de l’UAG. Les inquiétudes portent là-dessus. Mais nous n'en sommes qu’au stade de la discussion. 

Les pôles martiniquais et guadeloupéen ont-ils vocation à rester liés dans un même établissement ?

En tant que recteur, je suis en charge d’accompagner les débats. Si rien n’est acté pour l’instant, la tendance dominante aujourd’hui est claire : nous nous dirigeons vers une seule université des Antilles, ce qui est une bonne chose. C’est ce qui ressort du côté des collectivités, c’est-à-dire de la Région, et de l’université, où la présidente s’est exprimée.

Il y a également la volonté de renforcer l’autonomie de chacun des pôles, qui auraient un pouvoir décisionnel sur l’organisation, l’administration et la finance, sans oublier les formations. Reste à trouver la gouvernance collective la plus adaptée, pour éviter que chaque pôle ne puisse partir dans tous les sens.

Pourquoi cette solution vous semble-t-elle préférable à la création de deux universités séparées ?

Il s’agit de penser à l’intérêt stratégique de notre université. Étant donné nos petits effectifs – 4.500 étudiants en Martinique, 6.000 en Guadeloupe –, il serait plus que risqué de nous séparer. Nous sommes d’ailleurs dans un mouvement inverse, actuellement, de regroupements d’établissements. Il faut travailler en synergie pour offrir des formations dignes de ce nom, dans un monde concurrentiel.

Cependant, les débats sont ouverts. Ils sont parfois tendus. Certains souhaitent aller vers deux universités. Mais à la différence de la Guyane, où les élus ont fortement défendu une université de plein exercice, il y a en Guadeloupe et en Martinique une volonté politique inverse. Les ministères de l’Outre-Mer et de l’Enseignement supérieur sont également en faveur d’une seule université commune.

Étant donné nos petits effectifs, il serait plus que risqué de nous séparer

Envisagez-vous une association avec l’université de Guyane en cours de constitution ?

La coopération avec la Guyane va bien sûr se poursuivre, mais aucune structure commune n’est à l’ordre du jour.

En ces temps de difficultés budgétaires, faudra-t-il répartir le budget entre les Antilles et la Guyane ?

C’est une question sensible. La Guadeloupe et la Martinique s’inquiètent à ce sujet, ne voulant pas que les moyens attribués à la Guyane leur soient ponctionnés. Sachant que la situation financière de l’université est déjà très difficile, notamment en termes de manque de personnel. Cela ne semble, heureusement, pas le scénario vers lequel le ministère s’oriente.

Quelles sont les prochaines échéances ?

D’ici à avril, il faudra remettre des propositions au ministère. Le Conseil d’État sera ensuite saisi, avant que l’ordonnance sur les Antilles ne soit prise, à la fin juillet 2014.

Concernant l’enseignement scolaire maintenant, quelles sont les particularités de votre académie ?

Avec 110.000 élèves, de la maternelle au lycée, et 8.000 enseignants, l’académie a un fort potentiel, mais aussi des faiblesses. L’insularité, qui est double car la Guadeloupe se compose d’un archipel de cinq îles, ce qui pose des problèmes de logistique et d’isolement. D’où notre objectif d’ouverture au monde pour les élèves : nous voulons donner la chance au plus grand nombre de sortir éventuellement du cadre guadeloupéen pour qu'ils y reviennent mieux armés.

La question de la langue est également spécifique : nous tentons de développer une meilleure maîtrise de la langue française, tout en valorisant la langue maternelle créole et donc la maîtrise de deux langues, en expérimentant des classes bilingues.

Nous bénéficions enfin d’un taux d’encadrement tout à fait favorable, allant contre le préjugé de beaucoup sur notre académie. Nos classes comptent entre 24 et 28 élèves, et même si nous perdons des postes enseignants depuis cinq ans, l’effectif des élèves diminuant également, nous conservons un ratio positif.

Beaucoup considèrent ici que la voie professionnelle est la meilleure solution, car le marché du travail est bouché

Et vos priorités actuelles ?

Nous développons plusieurs leviers d’action en faveur d’une meilleure réussite de nos élèves. Avec des innovations pédagogiques et administratives. Nous avons notamment mis en place un inspecteur référent pour chaque collège et chaque lycée, depuis 2012, qui travaille avec le chef d’établissement pour repérer les élèves en difficulté et choisir les meilleures stratégies.

Nos résultats au bac 2013 sont plus qu’encourageants, puisqu’ils ont augmenté de 10 points pour le bac général, passant de 78,6% en 2012 à 88,2% en 2013. Le bond est plus que satisfaisant ! La progression concerne aussi les bacheliers professionnels – 83,3% en 2013 contre 80,1% en  2012 – et technologiques – 84,9% de réussite en 2013, soit 3 points d’augmentation.

Sur l’orientation également, nous avons beaucoup discuté avec les proviseurs et les professeurs principaux afin qu’ils poussent encore plus les élèves vers des études longues. Beaucoup considèrent ici que la voie professionnelle est la meilleure solution, car le marché du travail est bouché. Toutes les filières sont tout à fait dignes, mais nous voulons emmener chacun le plus loin possible dans ses études, en fonction de son potentiel.

Nous luttons aussi contre l’idée répandue que les voies comme les classes préparatoires ne seraient destinées qu’aux élèves excellents. Il nous reste ainsi chaque année des places libres en CPGE ! Des élèves perçus comme "moyens" peuvent pourtant avoir toutes leurs chances d’y réussir.


Camille Stromboni | Publié le

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